Édition du 10 mars 2026

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États-Unis

« ICE dehors » : des dizaines de milliers de personnes manifestent au Minnesota lors d’une grève générale contre les rafles migratoires

Des dizaines de milliers de personnes ont bravé le froid glacial à Minneapolis vendredi pour exiger « ICE dehors ». La marche a été organisée par des responsables religieux et syndicaux, et accompagnée d’appels à un boycott économique. Environ 700 entreprises auraient fermé leurs portes en signe de solidarité. Le journaliste de *Democracy Now !*, John Hamilton, a couvert l’événement sur le terrain. John Reuss, enseignant d’anglais, affirme que ses élèves ont peur. « La peur est tellement palpable, dit-il. Si on ne bloque pas tout maintenant, votre ville sera la prochaine. »

6 janvier 2026 | democracy now !
https://www.democracynow.org/2026/1/26/minnesota_strike_ice_out

AMY GOODMAN :Nous allons conclure avec ces dizaines de milliers de personnes qui ont bravé le froid glacial vendredi pour exiger le départ d’ICE du Minnesota. John Hamilton de Democracy Now ! était sur place.

MANIFESTANTS :ICE dehors ! ICE dehors ! ICE dehors !

JOHN HAMILTON : Il faisait –23 °C vendredi après-midi lorsque des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans le centre-ville de Minneapolis pour exiger qu’ICE quitte le Minnesota. Il s’agissait de la plus grande mobilisation en une seule journée depuis le début de l’affrontement entre les communautés locales et l’administration Trump, après le déploiement, il y a plusieurs semaines, de quelque 3 000 agents de l’ICE, de la police des frontières et d’autres agences fédérales dans le cadre de l’« Opération Metro Surge », semant chaos, peur et violence.

JENNA SHERRICK : Je m’appelle Jenna Sherrick. Je suis originaire du Minnesota, j’ai grandi ici toute ma vie. Ce qui se passe n’est pas normal, et nous devons tous être ici pour dire que ce n’est pas acceptable. Quand la cruauté devient la norme, la compassion devient un acte radical.

SARAH SHEA  : Je m’appelle Sarah Shea. Je suis du Minnesota. Je suis ici pour soutenir nos voisins immigrés, nos amis, nos familles, des gens qui ne méritent pas ce qu’ils vivent actuellement. C’est révoltant. Nous sommes frustrés. En colère. Et nous devons être ici pour protéger nos voisins et faire sortir l’ICE de notre ville. ICE dehors. Et nous nous protégeons nous-mêmes, parce qu’en ce moment, c’est tout ce que nous avons : la communauté. Nous sommes les seuls à nous défendre les uns les autres.

MANIFESTANT  : Rester sans rien faire n’aide pas. Tout le monde a peur. Tout le monde. Alors il faut parler, il faut agir.

JOHN HAMILTON : La journée d’action a été organisée par des responsables religieux et syndicaux sous la bannière « ICE Out : A Day of Truth and Freedom » (« ICE dehors : une journée de vérité et de liberté »). L’AFL-CIO du Minnesota, qui représente plus d’un millier de syndicats dans l’État, a soutenu la mobilisation, tout comme de nombreuses autres organisations. John Reuss est professeur d’anglais et membre de la Fédération des enseignants du Minnesota.

JOHN REUSS  : Nous sommes ici pour tout bloquer. Tous les enseignants, de Minneapolis à Saint Paul, de Duluth à Rochester, nous sommes ici pour tout arrêter, pour nos élèves et leurs familles, et pour chasser l’ICE de nos communautés. Chaque enseignant a aujourd’hui des histoires terribles à raconter.
La semaine dernière, un élève s’est connecté à mon cours en ligne et, en plein milieu de ma leçon — j’enseigne l’anglais — il m’a écrit : « L’ICE est devant chez moi. Que dois-je faire ? » J’ai immédiatement arrêté le cours. Tous les élèves ont entendu. Heureusement, ses voisins étaient dehors et ils ont fait partir les agents. Ils tournaient autour de sa maison depuis le matin. Cela montre à quel point notre communauté est organisée, à quel point nous nous protégeons les uns les autres — y compris cet élève, qui est sain et sauf.
La peur est réelle. Elle est palpable. C’est notre dernier recours. Nous devons tout arrêter. J’appelle donc tous les enseignants de cet État et de ce pays à se joindre à nous. Si nous ne bloquons pas tout maintenant, votre ville sera la prochaine. Nous ne voulons pas que cela arrive. Nous voulons protéger nos élèves et les ramener à l’école. Et la seule façon d’y parvenir, c’est de tout arrêter jusqu’à ce que l’ICE dégage.

JOHN HAMILTON : Parmi les manifestants figuraient des membres de la communauté hmong, comme Julie, dont la famille est arrivée aux États-Unis comme réfugiée après avoir aidé l’armée américaine pendant la guerre secrète au Laos. Elle tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Hmong Against ICE ».

JULIE  : C’est terrifiant, parce que, citoyen ou non, ils ne posent pas de questions. Ils supposent que vous êtes illégal, que vous êtes un criminel. Ce n’est pas juste pour les personnes racisées. Mes parents sont citoyens. Moi aussi. Et pourtant, nous vivons tous dans la peur. Mes enfants ont peur d’aller à l’école, parce qu’ils entendent parler d’enfants arrêtés. On nous avait promis la sécurité. On nous avait promis la liberté. Mais aujourd’hui, on voit que ces promesses sont retirées. Pourquoi ? Pourquoi sommes-nous maintenant ciblés comme des criminels ? Aujourd’hui, nous avons arrêté de travailler, de consommer, d’aller à l’école. Nous sommes tous ici contre l’ICE.

JOHN HAMILTON : Alors que les manifestations paralysaient certaines parties des Twin Cities, plus de 700 entreprises ont fermé leurs portes dans tout l’État dans ce que certains ont appelé une grève générale ou un boycott économique. La brasserie Insight Brewing, à Minneapolis, a fermé ses portes au public mais est restée ouverte pour soutenir les manifestants. Joey Steinbach, responsable marketing, explique :

JOEY STEINBACH : Nous sommes un lieu pour la communauté, et la communauté souffre. Le mieux que nous puissions faire, c’est d’aider directement les familles. Nous avons des bénévoles formidables. On prépare des pancartes, on distribue des collations, des chauffe-mains. On sert d’espace de refuge temporaire.

JOHN HAMILTON : Les manifestants ont également ciblé des entreprises collaborant avec l’ICE, notamment à l’aéroport de Minneapolis–Saint Paul.

MANIFESTANT·ES : À qui l’aéroport ? À nous l’aéroport !

JOHN HAMILTON : Ils protestaient contre les vols de déportation.

MANIFESTANT·ES  : Delta, Delta, on te voit ! On voit ton côté ICE !

JOHN HAMILTON : La foule brandissait des pancartes indiquant « Le business as usual ne passe pas » et « Renee Good était bonne ». Des responsables religieux ont témoigné d’arrestations de travailleurs de l’aéroport.

MEMBRE DU CLERGÉ : Nous pensons à Pedro, concierge, qui aidait sa sœur incapable de travailler et qui a été arrêté. Il a choisi de se faire expulser volontairement, car il ne supportait plus les conditions de détention au Texas.

JOHN HAMILTON : Le syndicat des travailleurs de l’aéroport affirme qu’au moins 12 de ses membres ont été arrêtés par l’ICE. Les religieux se sont ensuite donné la main, ont chanté et prié avant que la police n’intervienne et procède à une centaine d’arrestations.

MANIFESTANT·ES : Pour chaque personne arrêtée, mille autres viendront !

JOHN HAMILTON : Selon les organisateurs, plus de 70 000 personnes ont manifesté à Minneapolis vendredi, et plusieurs milliers se sont rassemblées au Target Center. La comédienne et militante originaire du Minnesota, Lizz Winstead, a pris la parole.

LIZZ WINSTEAD  : Je suis fière de vous appeler mes voisins. Et oui, nous sommes au Target Center — ce qui est ironique — mais souvenez-vous que ce lieu est financé par nos impôts. Alors répétez avec moi : À qui le stade ?

FOULE : À nous le stade !

LIZZ WINSTEAD  : À qui le stade ?

FOULE : À nous le stade !

MANIFESTANTS  : Nous sommes nombreux ! Nous sommes un !

JOHN HAMILTON : Le lieu appartient à l’entreprise Target, basée au Minnesota, que les militants accusent d’avoir permis à l’ICE d’opérer sur ses sites et d’arrêter des employés sans mandat.

LIZZ WINSTEAD  : Quand cette journée sera terminée, engageons-nous à soutenir les entreprises qui nous ont soutenus, car le silence des grandes entreprises est assourdissant.

JOHN HAMILTON : Les dirigeants syndicaux et religieux ont appelé à poursuivre la mobilisation. Voici Claude Cummings, président du syndicat CWA.

CLAUDE CUMMINGS JR. :Nous faisons face à un dictateur en devenir. Nous nous dressons contre les entreprises et les milliardaires qui financent sa campagne pour démanteler la Constitution. L’histoire montre que lorsque les peuples ont résisté à l’autoritarisme, les syndicats ont joué un rôle central. Comment y parvenir ? En restant unis, en ciblant les entreprises qui rendent le fascisme possible. Notre unité est notre force.

JOHN HAMILTON : Ils ont également rendu hommage à des victimes de la violence de l’ICE.

RABBI ARIELLE LEKACH-ROSENBERG : Je veux rappeler le nom de Victor Manuel Díaz, enlevé sur son lieu de travail au Minnesota le 6 janvier et mort en détention au Texas le 14 janvier.

FOULE : Honte !

RABBI ARIELLE LEKACH-ROSENBERG : Je veux aussi rappeler le nom de Renee Macklin Good, poète queer, épouse et parent, tuée à Minneapolis le 7 janvier par l’ICE alors qu’elle observait une arrestation dans son quartier.

FOULE : Honte !

RABBI ARIELLE LEKACH-ROSENBERG : Que leur mémoire soit une bénédiction.

JOHN HAMILTON : Le lendemain, un autre habitant du Minnesota, Alex Jeffrey Pretti, a été tué.
Pour Democracy Now !, ici John Hamilton à Minneapolis.

AMY GOODMAN : Des voix venues de cette immense mobilisation au Minnesota, où syndicats et Églises ont organisé un boycott économique contre l’ICE. Merci à John Hamilton et Sam Alcoff, ainsi qu’à notre équipe spéciale à New York.

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