Édition du 27 janvier 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Asie/Proche-Orient

Soulèvement iranien et menace d'intervention américaine

On part du principe de solidarité entre les peuples et leurs luttes par en bas ? Ou du point de vue du « campisme des bloc contre bloc » et des rivalités par en-haut qui nous invite à appuyer le régime devant l’intervention étrangère ?

Je vous avertis : ça sera un peu long… Mais il faut qu’on essaie ensemble d’y voir clair. Et cela demande un peu de patience si on veut comprendre les points de vue qui s’opposent.

Depuis deux semaines le peuple iranien est de nouveau en soulèvement. L’étincelle est venue cette fois du bazar de Téhéran, où les commerçants plus modestes ont lancé la ronde des premières manifestations qui ont rapidement tourné d’abord en révolte contre la cherté du coût de la vie. En quelques semaines, la dévaluation de la monnaie nationale a vu le coût des denrées de base être multiplié par quatre.

J’ai affiché la semaine dernière sur cette page un appel à manifester en solidarité avec le peuple iranien et contre la dictature des mollahs. Plusieurs - dont Khalil, Hussein, Marianne, Caroline et quelques autres – ont soulevé des interrogations pertinentes. Comment se porter en appui à un soulèvement qui semble donner prétexte à une intervention américaine, en parfaite complicité avec Israël ? Comment articuler une solidarité face à un mouvement foncièrement populaire en Iran, dans un contexte où des puissances étrangères hostiles (États-Unis, Israël) pourraient chercher à instrumentaliser cette lutte à leurs propres fins géopolitiques ou même impériales ?

Ce n’est pas depuis deux semaines mais depuis 135 ans que le peuple iranien lutte contre le despotisme monarchique et religieux.

Le peuple iranien possède une longue tradition de lutte pour la liberté et la justice, forgée au cours de plus d’un siècle de confrontations avec des régimes autoritaires. Au XIXe et au début du XXe siècle, la dynastie Qadjare, affaiblie et corrompue, a dû faire face à des mouvements populaires, dont la révolte contre l’octroi du monopole de la production et de la vente du tabac en 1891. Puis la Révolution constitutionnelle de 1905-1911, première révolution majeure du monde musulman, qui a imposé la création d’un parlement et une monarchie constitutionnelle, marquant une aspiration profonde à l’État de droit et à la souveraineté nationale, bien que ses acquis aient été par la suite sans cesse remis en cause par des figures autoritaires monarchiques ( Reza Pahlavi, puis son fils) ou religieuses (Khomeyni et son successeur Khamenei). L’instauration de la dynastie Pahlavi par Reza Chah en 1925 a remplacé le pouvoir féodal prévalent par un État-nation attaché à une modernisation accélérée mais ultra-autoritaire. Son fils, Mohammad Reza Pahlavi, a poursuivi cette politique de modernisation par le haut, réprimant toute opposition politique. Le mécontentement généralisé face à la dictature séculière, à l’injustice sociale, à la corruption et à l’aliénation culturelle a conduit à une coalition hétéroclite autour de la figure Khomeiny.

La Révolution de 1979 a ainsi renversé la monarchie, portée par une mobilisation populaire massive et un idéal de liberté et de justice sociale. Mais le grand Ayatollah et son entourage ont rusé de mille façons pour en détourner le sens. La République islamique a remplacé la dictature séculière par une théocratie autoritaire et répressive. La répression des opposants (gauche, libéraux, nationalistes, Moudjahidine du Peuple), la guerre Iran-Irak (1980-1988) et la mise en place d’un système fondé sur l’autorité suprême du théocrate (velayat faghih) ont verrouillé le pouvoir entre les mains du clergé et des Pasdran (Gardiens de la Révolution) qui exercent une dictature effective. La promesse de liberté s’est estompée au profit d’un contrôle social rigide, d’une idéologie étatique rigoureuse et de la suppression systématique des dissidences. Le peuple se retrouve maintenant devant une théocratie liberticide, économiquement inégalitaire, administrativement incompétente et corrompue à un degré rarement atteint dans l’histoire du pays.

Depuis 47 ans, le peuple iranien n’a cessé de contester ce régime, avec une base de plus en plus large de mécontentement populaire. Les iraniens n’ont eu cesse de démontrer que leur aspiration à la liberté et à la souveraineté populaire n’est pas éteinte. Le mouvement estudiantins de 1999 réprimé dans le sang, notamment par le président actuel du parlement, la vaste révolte "verte" de 2009 suite à une élection truquée, les soulèvements économiques et sociaux en 2017-2018 dont la répression a fait près de 1500 morts, et enfin l’insurrection Femme-Vie-Liberté déclenchée par la mort de Mahsa Amini en 2022, illustrent que le leitmotiv de la révolution de 1979 est toujours vivant : « indépendance – liberté - démocratie » une résilience et une soif de justice et de liberté inébranlables. Et ces mots ne sont pas de veines Chaque génération, à sa manière, reprend le flambeau de la révolte contre l’oppression, qu’elle soit monarchique ou théocratique, poursuivant ainsi son long chemin vers la dignité et la liberté.

La révolution iranienne en 1979 était une révolution d’une ampleur sans précédent dans le but de renverser le régime monarchique du Chah.

Au départ le leitmotiv qui revenaient dans les manifestations était : « Indépendance – Liberté – démocratie ». Quand Khomeyni, exilé en Irak depuis 1963 a trouvé refuge en France en 1978 – la presse occidentale (et particulièrement la BBC) lui a donné une tribune et une couverture inouïe. Khomeyni avait le clergé religieux sous son contrôle et d’immenses ressources financières. Les courants religieux fondamentalistes étaient peu ou pas traqués par la police politique du Chah qui leur avait laissé le champ libre pour mieux saper l’opposition laïque, qu’elle soit nationaliste ou socialiste.

Résultat, la révolution iranienne a subi graduellement une opération de prise de contrôle par Khomeyni à partir de l’été 1978 (et qui a culminé ouvertement avec la conférence de Guadeloupe réunissant les 4 puissances occidentales). Le slogan rassembleur de départ a été modifié – souvent par la répression brutale des groupes islamistes au sein même des cortèges de manifestants - pour imposer la volonté de Khomeyni : « Indépendance – Liberté – République islamique ». Le reste est l’histoire d’une révolution dévoyée, où une large partie de la population a dès le départ manifesté son opposition à ce pouvoir usurpateur. Au cours des 25 dernières années seulement, 5 soulèvements de grande ampleur ont été réprimée dans le sang. Le régime offre sans cesse la même explication : après moi le déluge car il y a menace étrangère (Irak, Israel, USA) !

Le régime est très habile et a bien intégré une rhétorique anti-impérialiste et anti-sioniste car il comprend bien l’utilité et la valeur d’avoir de « bons ennemis que la population déteste » pour justifier sa répression sanglante pour se maintenir au pouvoir. La recette est connue depuis la nuit des temps.

Le peuple iranien avait des raisons historiques de détester l’ingérence américaine dans ses affaires et de se méfier et détester ses alliés que ce soit Israel ou le pouvoir en place en Arabie saoudite. Aujourd’hui, le rejet et la détestation de 47 ans de dictature religieuse en Iran est tel que le sentiment prévalent parmi de larges couches de la population iranienne s’est malheureusement retourné contre le peuple palestinien et des autres peuples victimes de l’impérialisme américain.

L’instrumentalisation de la lutte légitime du peuple palestinien par le régime, son antiaméricanisme primaire motivé surtout par un atavisme anti-occidental obscurantiste et non pas motivé par une véritable opposition de principe à la domination et à l’ingérence étrangère – que le régime a tenté d’exercer lui-même dans la région – tout cela participe à la tragédie politique qui se déroule devant nos yeux : une partie non-négligeable des gens en Iran réclame le retour de la monarchie que nous avons pourtant renversé de nos mains il y a un demi-siècle. Et chose encore plus invraisemblable : d’être indifférent, voir même ouvert à l’idée d’une ingérence étrangère du type soit-disant chirurgical comme le coup contre Maduro au Vénézuela.

Puisque le gouvernement iranien semble être dans “le camp” anti-impérialiste, ne faut-il pas l’appuyer quel que soit l’oppression, la corruption et la désintégration économique qu’il qu’il fait subir à son propre peuple ?

Tout le monde convient que dans l’absolu nous avons le devoir moral, politique, militant - appelez le comme vous le voulez- de soutenir le soulèvement du peuple iranien contre le régime théocratique, sanguinaire et misogyne - effroyablement corrompu - des Ayatollahs en Iran. Mais comment s’opposer au régime des mollahs alors qu’il se présente comme un ennemi d’Israel et des USA ? Puisque je suis moi même dans le camp pro-palestinien et anti-impérialiste, comment se fait-il que j’appelle à une marche de solidarité avec le peuple en soulèvement en Iran ?

Khameneï, le guide suprême est peut être un salopard et un dictateur sanguinaire, mais ses discours anti-sionistes et son opposition à Israël ne suffisent-ils à le pardonner de ses crimes ? Après tout il parait bien se trouver dans notre camp, celui des anti-impérialistes... ou pour paraphraser un président américain qui expliquait pourquoi il appuyait sans condition un fantoche ssanguinaire en Amérique Latine : Khaneneï ’’ est peut-être un fils de ..., mais c’est notre fils de...’’ ! Donc s’il est de notre camp, pourquoi le critiquer ?

Non seulement parce que nous avons des principes et nous ne faisons pas de deux poids deux mesures, mais parce que comme je disais en intro, il y a d’abord un gros gros problème : Ce « camp », il n’y en a point ! C’est une fiction qui n’existe pas en terme concret qui aux yeux des anti-impérialistes devrait normalement dire un « camp socialiste » inspirant, anti-capitaliste ou à tout le moins progressiste et attaché aux principes des droits des peuples à disposer d’eux même et de disposer d’une souveraineté populaire – dont celui de changer leur gouvernement. Or le ‘’camp’’ fictif de la résistance aux USA auquel les campistes font référence est de manière plus ou moins définie ou admise soit le BRICS soit une composition variable des membres du BRICS plus ou moins la Corée du Nord, la Syrie d’Assad, etc. Or, ces pays n’ont que des alliances transactionnelles fondées sur leurs intérêts, parfois assez clairement entachés de visées dominatrices. Ce n’est pas une alliance idéologique, encore moins une plateforme antiimpérialiste progressiste (Inde de Modi, Russie de Poutine etc sont des états nationalistes, capitalistes à visées expansionniste et impériale ou carrément raciste bien assumées). Là-dessus il faut absolument lire ’’𝙘𝙖𝙢𝙥𝙞𝙨𝙢𝙚 : 𝙪𝙣𝙚 𝙫𝙞𝙨𝙞𝙤𝙣 𝙗𝙞𝙣𝙖𝙞𝙧𝙚 𝙚𝙩 𝙞𝙙𝙚𝙤𝙡𝙤𝙜𝙞𝙦𝙪𝙚 𝙙𝙚𝙨 𝙦𝙪𝙚𝙨𝙩𝙞𝙤𝙣𝙨 𝙞𝙣𝙩𝙚𝙧𝙣𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣𝙖𝙡𝙚𝙨 de Bernard Dreano qui écrivait en 2018 :

𝑆𝑜𝑛𝑡 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑖𝑑𝑒𝑟𝑒 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 « 𝑎𝑛𝑡𝑖-𝑖𝑚𝑝𝑒́𝑟𝑖𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠 », 𝑒𝑛 𝑓𝑜𝑛𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑜𝑝𝑝𝑜𝑠𝑖𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑠𝑢𝑝𝑝𝑜𝑠é𝑒 𝑎̀ 𝑙’𝑖𝑚𝑝𝑒𝑟𝑖𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚𝑒e 𝑎𝑚𝑒𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛́ (𝑠𝑖𝑛𝑜𝑛 𝑜𝑐𝑐𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡𝑎𝑙) : 𝑙𝑎 𝑟𝑒𝑝𝑢𝑏𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒e 𝑖𝑠𝑙𝑎𝑚𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑’𝐼𝑟𝑎𝑛 (𝑒𝑛 𝑐𝑜𝑛𝑓𝑟𝑜𝑛𝑡𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑙’𝑎𝑙𝑙𝑖𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑎𝑚𝑒𝑟𝑖𝑐𝑎𝑛𝑜-𝑠𝑎𝑜𝑢𝑑𝑜- 𝑖𝑠𝑟𝑎𝑒𝑙𝑖𝑒𝑛𝑛e, 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑝𝑎𝑟 𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑓𝑎𝑣𝑜𝑟𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑎𝑢 𝑐𝑎𝑝𝑖𝑡𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑛𝑒𝑜𝑙𝑖𝑏𝑒́𝑟𝑎𝑙́, 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑠 𝑖𝑠𝑙𝑎𝑚𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠 𝑐ℎ𝑖𝑖𝑡𝑒𝑠 𝑎𝑢 𝐿𝑖𝑏𝑎𝑛 𝑜𝑢 𝑒𝑛 𝐼𝑟𝑎𝑘, 𝑙𝑎 𝑅𝑒𝑝𝑢𝑏𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑝𝑜𝑝𝑢𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝐶ℎ𝑖𝑛𝑒, « 𝑠𝑡𝑎𝑙𝑖𝑛𝑜-𝑡ℎ𝑎𝑡𝑐ℎ𝑒𝑟𝑖𝑒𝑛𝑛𝑒e » 𝑑𝑜𝑛𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑒𝑐𝑜𝑛𝑜𝑚𝑖𝑒𝑠́ 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑝𝑙𝑎𝑐𝑒𝑒𝑠́𝑒𝑛 𝑏𝑜𝑛 𝑑𝑢 𝑡𝑟𝑒𝑠𝑜𝑟 𝑎𝑚𝑒𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛, 𝑣𝑜𝑖𝑟𝑒 𝑙’𝐼𝑛𝑑𝑒 𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙-ℎ𝑖𝑛𝑑𝑜𝑢𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑑𝑒 𝑀𝑜𝑑𝑖, 𝑐𝑒𝑟𝑡𝑎𝑖𝑛𝑠 ré𝑔𝑖𝑚𝑒𝑠, 𝑒𝑥-𝑝𝑟𝑜𝑔𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠 𝑙𝑎𝑡𝑖𝑛𝑜-𝑎𝑚𝑒𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛𝑠 𝑑𝑒𝑣𝑒𝑛𝑢𝑠, 𝑜𝑢 𝑡𝑒𝑛𝑑𝑎𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑑𝑒𝑣𝑒𝑛𝑖𝑟, 𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑜𝑢𝑣𝑜𝑖𝑟𝑠 𝑘𝑙𝑒𝑝𝑡𝑜𝑐𝑟𝑎𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑓𝑓𝑖𝑒𝑢𝑥 ; 𝑑𝑜𝑛𝑡 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑠û𝑟 𝑙𝑒 𝑁𝑖𝑐𝑎𝑟𝑎𝑔𝑢𝑎𝑦𝑒𝑛 𝑙𝑖𝑏𝑒𝑟𝑎𝑙́-𝑐𝑜𝑛𝑠𝑒𝑟𝑣𝑎𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑒 𝐷𝑎𝑛𝑖𝑒𝑙𝑙 𝑂𝑟𝑡𝑒𝑔𝑎 𝑒𝑡 𝑅𝑜𝑠𝑎𝑟𝑖𝑜 𝑀𝑢𝑟𝑖𝑙𝑙𝑜 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑎𝑢𝑠𝑠𝑖 𝑙𝑒 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑧𝑢𝑒𝑙𝑎 𝑑𝑒 𝑀𝑎𝑑𝑢𝑟𝑜, 𝑜𝑢 (𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑦𝑠) 𝑞𝑢𝑖 𝑛’𝑜𝑛𝑡 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 été́ 𝑝𝑟𝑜𝑔𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠, 𝑜𝑢 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑑𝑒𝑝𝑢𝑖𝑠 𝑙𝑜𝑛𝑔𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠, 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑙𝑒 𝑍𝑖𝑚𝑏𝑎𝑏𝑤𝑒 𝑑𝑒 𝑀𝑢𝑔𝑎𝑏𝑒 𝑜𝑢 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑙𝑎 𝑆𝑦𝑟𝑖𝑒 𝑑𝑢 𝑐𝑙𝑎𝑛 𝐴𝑠𝑠𝑎𝑑-𝑀𝑎𝑘ℎ𝑙𝑜𝑢𝑓, 𝑙𝑎 𝐵𝑖𝑒𝑙𝑜𝑟𝑢𝑠𝑠𝑖𝑒 𝑑𝑒 𝐿𝑜𝑢𝑘𝑎𝑐ℎ𝑒𝑛𝑘𝑜 𝑒𝑡 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑠𝑢𝑟̂ 𝑒𝑡 𝑎𝑣𝑎𝑛𝑡 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑙𝑎 𝑅𝑢𝑠𝑠𝑖𝑒 𝑑𝑒 𝑃𝑜𝑢𝑡𝑖𝑛𝑒…

𝐿𝑒 𝑐𝑎𝑚𝑝𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑑’𝑎𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑑’ℎ𝑢𝑖 𝑒𝑠𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑣𝑖𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑏𝑖𝑛𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑖𝑑𝑒𝑜𝑙𝑜𝑔𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑛’𝑒𝑠𝑡 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒 𝑛𝑒𝑔𝑎𝑡𝑖𝑓d𝑒 𝑙𝑎 𝑟ℎ𝑒𝑡𝑜𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑜𝑐𝑐𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡𝑎𝑙𝑒 𝑞𝑢𝑖 « 𝑜𝑝𝑝𝑜𝑠𝑒 𝑙𝑒 𝑐𝑎𝑚𝑝 𝑑𝑢 𝐵𝑖𝑒𝑛 (𝑙𝑒𝑠 𝐸𝑡𝑎𝑡𝑠́-𝑈𝑛𝑖𝑠 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑒𝑚𝑜𝑐𝑟𝑎𝑡𝑖𝑒𝑠 𝑜𝑐𝑐𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡𝑎𝑙𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑎𝑙𝑙𝑖𝑒𝑠́ 𝑑𝑢 𝑚𝑜𝑚𝑒𝑛𝑡) 𝑒𝑡 𝑙𝑒 𝑐𝑎𝑚𝑝 𝑑𝑢 𝑀𝑎𝑙 », 𝑐’𝑒𝑠𝑡-𝑎̀-d𝑖𝑟𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑎𝑢𝑡𝑟𝑒𝑠 𝑎𝑢𝑥𝑞𝑢𝑒𝑙𝑠 𝑖𝑙 𝑓𝑎𝑢𝑑𝑟𝑎𝑖𝑡 𝑎𝑝𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑏𝑖𝑒𝑛𝑓𝑎𝑖𝑡𝑠 𝑑𝑢 𝑐𝑎𝑝𝑖𝑡𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑛𝑒𝑜𝑙𝑖𝑏𝑒́𝑟𝑎𝑙́ - 𝑐𝑎𝑝𝑖𝑡𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑑𝑜𝑛𝑡 𝑐𝑒𝑠 « 𝑎𝑢𝑡𝑟𝑒𝑠 » 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑝𝑜𝑢𝑟𝑡𝑎𝑛𝑡 𝑎𝑢𝑠𝑠𝑖 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑒 𝑝𝑟𝑒𝑛𝑎𝑛𝑡𝑒 𝑎𝑢 𝑠𝑒𝑖𝑛 𝑑𝑢 𝑠𝑦𝑠𝑡𝑒𝑚𝑒 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒. 𝑈𝑛𝑒 𝑎𝑡𝑡𝑖𝑡𝑢𝑑𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑛’𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑠𝑒𝑢𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑟𝑡𝑎𝑖𝑛𝑒𝑠 𝑔𝑎𝑢𝑐ℎ𝑒𝑠 𝑐𝑎𝑚𝑝𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠 𝑑𝑢 𝑁𝑜𝑟𝑑 𝑜𝑢 𝑑𝑢 𝑆𝑢𝑑 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑎𝑢𝑠𝑠𝑖 𝑑𝑒 𝑐𝑜𝑢𝑟𝑎𝑛𝑡𝑠 𝑖𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡𝑎𝑛𝑡𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑑𝑟𝑜𝑖𝑡𝑒𝑠 𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠, 𝑒𝑢𝑟𝑜𝑝𝑒𝑒𝑛𝑛𝑒𝑠 𝑛𝑜𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡, 𝑑𝑒 𝑀𝑎𝑟𝑖𝑛𝑒 𝐿𝑒 𝑃𝑒𝑛 à 𝑀𝑎𝑡𝑡𝑒𝑜 𝑆𝑎𝑙𝑣𝑖𝑛𝑖, 𝑑𝑒 𝑉𝑖𝑐𝑡𝑜𝑟 𝑂𝑟𝑏𝑎𝑛 𝑎̀ 𝑇ℎ𝑖𝑒𝑟𝑟𝑦 𝑀𝑎𝑟𝑖𝑎𝑛𝑖. 𝐷’𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑢𝑛𝑒 𝑐𝑒𝑟𝑡𝑎𝑖𝑛𝑒 𝑟hé𝑡𝑜𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑒𝑡 𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡𝑖𝑡𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑎𝑔é 𝑝𝑎𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑢𝑛𝑠 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑎𝑢𝑡𝑟𝑒𝑠…

Un mot sur le Venezuela de Maduro

La gauche latino-américaine est aujourd’hui profondément divisée sur Maduro : d’un côté, une critique sévère qui considère son régime comme une trahison des idéaux progressistes et une source d’autoritarisme ; de l’autre, un soutien conditionnel motivé par la résistance à l’ingérence étrangère, mais qui peine à défendre la réalité du terrain au Venezuela.

Autrefois considéré comme un représentant de la gauche bolivarienne, Maduro est désormais considéré par une grande partie de la gauche Latina comme un dirigeant ayant abandonné les idéaux progressistes initiaux, notamment en raison de la dérive autoritaire de son régime et de la répression politique accrue. Plusieurs acteurs de la gauche latino-américaine se sont éloingés ou ont critiqué ouvertement son gouvernement, dénonçant une perte des caractéristiques progressistes et une rupture avec les travailleurs et le peuple vénézuélien Cette déception s’accompagne d’une paralysie politique dans la région, où le discrédit de Maduro est tel qu’il freine les actions collectives contre les ingérences impérialistes, tout en alimentant les divisions internes à la gauche latino-américaine. Certains critiques soulignent que la rhétorique de gauche de Maduro ne correspond plus à ses pratiques, qui incluent une alliance étroite avec l’armée et une gestion autoritaire qui marginalise les forces populaires.
Il existe bien sur aussi des segments de la gauche - tout à fait sincères - qui continuent de soutenir Maduro, en insistant sur la nécessité de résister aux pressions et interventions extérieures, notamment des États-Unis, et de défendre une souveraineté nationale menacée. Il y a de quoi être très embêté et tiraillé comme il est souvent arrivé à la gauche prise en tenaille entre deux pouvoirs indéfendables qui se battent sans égard ni l’un ni l’autre pour le sort des peuples en cause. Mais même parmi ces soutiens, le scepticisme grandit face à la situation économique et sociale catastrophique du Venezuela, ainsi qu’à la répression politique. Il y a donc de quoi être très embêté et tiraillé comme il est souvent arrivé à la gauche prise en tenaille entre deux pouvoirs indéfendables qui se battent sans égard ni l’un ni l’autre pour le sort des peuples en cause.

Cette fracture reflète plus largement un moment de recomposition politique à gauche en Amérique latine, où les défis démocratiques, sociaux et géopolitiques s’entremêlent dans un contexte complexe et souvent tragique. Cette complexité est encore plus grande en Iran.

Dit simplement, le campisme part d’une analyse des rivalités entre grandes puissances (USA vs. leurs adversaires) et y subordonne toute autre considération.

Face à la situation actuelle en Iran le raisonnement campiste dit : "l’Iran est un pilier de la résistance à l’impérialisme américain et israélien au Moyen-Orient. Par conséquent, critiquer son régime, soutenir les soulèvements internes affaiblit ce ’front’ et sert objectivement les intérêts de Washington. Il faut donc soutenir, ou du moins ne pas critiquer, la République Islamique qui fait face à l’ingérence étrangère"

Face au Venezuela, le campisme fonctionne de manière identique. La logique a longtemps été : "le Vénézuela incarne la résistance à l’hégémonie américaine et à ses sanctions criminelles. Soutenir l’opposition vénézuélienne, même de gauche et critique, revient à faire le jeu de la droite locale et de Washington. Il faut donc fermer les yeux sur le virage autoritaire, la répression et la gestion économique désastreuse de Maduro au pouvoir. Il faut le soutenir car il s’oppose à l’hégémonie US" (certains avec un dose de mauvaise foi affirment que ce choix est plus facile dans notre confort ‘’internationaliste’’ souvent loti au sein d’une démocratie libérale occidentale… à Montréal, Londre et New-York où nous n’avons pas grand prix à payer pour notre dissidence ;-)

Cette posture sacrifie les peuples sur l’autel de la géopolitique. Elle trahit à mon avis l’internationalisme en refusant la solidarité avec les luttes concrètes pour la démocratie, les droits des femmes, les droits sociaux et la justice. Elle offre un "chèque en blanc" aux régimes autoritaires sous prétexte qu’ils sont dans le "bon camp".

Une approche alternative est celle fondée sur la solidarité entre les peuples, un choix qui part des luttes d’en bas.

Cette approche inverse la perspective campiste et part des luttes sociales concrètes, des mouvements d’émancipation et considère prioritaire de tenir compte des souffrances des populations.
Le principe de base de cette approche est que la solidarité ne se donne pas à des États, des drapeaux ou des "camps", mais aux peuples en lutte pour leur émancipation. Cela implique un soutien critique mais inconditionnel aux mouvements sociaux, quelles que soient les frontières.

Appliquée à l’Iran, cela revient à soutenir inconditionnellement le soulèvement populaire, en particulier le mouvement étendu en 2022 par les femmes contre l’oppression patriarcale d’État et la dénonciation claire sans atermoiement de la répression brutale du régime, de son caractère théocratique et autoritaire. Cela n’empêche en rien de souligner notre opposition ferme et simultanée à toute intervention militaire ou ingérence impérialiste américaine (ou autre), qui instrumentaliserait la souffrance du peuple iranien pour des objectifs géostratégiques. Dans cette perspective, la solidarité avec le peuple iranien, nous place à la fois contre le régime et contre les impérialismes qui voudraient exploiter la situation.

Appliquée au Vénézuela, cette solidarité doit se manifester par un soutien aux mouvements sociaux, syndicaux et communautaires qui luttent à la fois contre les effets des sanctions américaines et contre la corruption, l’autoritarisme et les politiques économiques du gouvernement Maduro. C’est la position défendue par la gauche critique vénézuélienne qui ne voit aucune obligation de choisir entre Maduro et l’opposition de droite parrainée par Washington. La solidarité va aux travailleurs, aux communautés indigènes, aux femmes et aux écologistes qui résistent "par en bas".

Il est vrai que cette position de combat sur deux fronts est beaucoup plus inconfortable. Il faut lutter sur deux fronts, lutte contre l’impérialisme américain (sanctions, menaces d’intervention) et lutte contre l’autoritarisme et le capitalisme de copinage des régimes iranien et vénézuelien. Inconfortable et exigeant, pcq qu’il faut se donner la peine de "comprendre les crises dans toute leur complexité. Le campisme ne se complique pas l’existence et va au plus simple – et ici je le simplifie à l’extrême : quel que soit la nature du régime, on l’appuie s’il s’oppose aux USA !

Selon moi, et en dernière analyse, la vision campiste détourne le sens de l’internationalisme et son action nuit aux luttes légitimes des peuples. C’est cependant une réalité encore très présente au sein de la gauche organisée et des courants anti-impérialistes populaires. Une forme d’aveuglement devant la complexité de nos luttes.

Sur le campisme et ses dangers : voir cette référence :

TripleW .europe-solidaire.org/spip.php ?article45673#outil_sommaire_2
.pressegauche.org/Le-combat-de-l-internationalisme-contre-le-campisme-le-cas-de-lUkraine

Sur le Venezuela de Maduro voir cette référence
TripleW .mediapart.fr/journal/international/060126/venezuela-une-chute-du-mur-de-berlinpour-la-gauche-latino-americaine
.cetri.be/Un-mur-de-Berlin-pour-la-gauche
.contretemps.eu/venezuela-virage-autoritaire-repression-gauche-critique-entretienedgardo-lander/è
.pressegauche.org/Comprendre-la-crise-au-Venezuela-de-Maduro
.tolerance.ca/Article.aspx ?ID=561978&L=fr
𝗦ur l’IRan
شعارهای انقلاب ۱۳۵۷ ایران - ویکیپدیا، دانشنامهٔ آزا د
The Failson and the Flag
En proie aux émeutes, Téhéran ne répond plus | Mediapart

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