Tiré de Association France Palestine Solidarité
20 janvier 2026
Par B’Tselem
Ces témoignages ont révélé les conséquences d’un processus précipité dans lequel les établissements pénitentiaires israéliens, tant militaires que civils, ont été transformés en un réseau de camps dédiés à la maltraitance systématique des détenus. Un tel espace, dans lequel toute personne qui y entre est condamnée à des souffrances délibérées, sévères et incessantes, fonctionne de facto comme un camp de torture.
La présente mise à jour examine la situation des prisonniers palestiniens détenus par Israël jusqu’au début du mois de janvier 2026.
>> Lire le rapport « Un véritable enfer : Le système pénitentiaire israélien, un réseau de camps de torture » (en anglais)
La transformation des prisons israéliennes en camps de torture pour les détenus palestiniens doit être comprise dans le contexte de l’offensive coordonnée menée par Israël contre les Palestiniens en tant que collectif depuis octobre 2023, notamment à travers le génocide en cours à Gaza. Les fondements du régime mis en place depuis la création de l’État d’Israël, qui permettent le génocide à Gaza, la violence endémique et le nettoyage ethnique en Cisjordanie ainsi que la persécution des citoyens palestiniens d’Israël, déterminent également le traitement réservé aux prisonniers. Au premier rang de ces fondements figurent la déshumanisation des Palestiniens en tant que groupe et le recours à une violence extrême à leur encontre (pour plus d’informations, voir le rapport de B’Tselem de juillet 2025 intitulé Notre génocide).
Cette mise à jour revient sur les catégories d’abus énumérées dans le rapport original, en les utilisant pour évaluer la situation actuelle et les nouveaux développements. Elle s’appuie sur 21 témoignages fournis à B’Tselem par des Palestiniens libérés dans le cadre de l’accord conclu entre Israël et le Hamas en octobre 2025 ou dans les mois qui l’ont précédé. De nombreux prisonniers libérés ont trop peur pour témoigner, car, selon les témoins auxquels nous avons parlé, les autorités israéliennes ont menacé de réarrêter toute personne qui partagerait des informations sur son expérience en prison. Ces menaces ont été proférées avant et après la libération des prisonniers, ce qui montre bien qu’Israël utilise la privation de liberté comme un moyen essentiel d’opprimer les Palestiniens.
Ces efforts visant à réduire au silence les prisonniers libérés sont l’une des facettes d’une politique multiforme menée par le régime d’apartheid israélien afin de déshumaniser les Palestiniens et de nier leur humanité en tant que groupe, que ce soit par l’incarcération et la torture ou par l’intimidation, la répression politique et la censure. La présente mise à jour s’appuie également sur plusieurs autres sources, notamment des recherches et des rapports récents d’organisations de défense des droits de l’homme qui surveillent régulièrement les conditions dans les prisons israéliennes, des reportages médiatiques, des données du Service pénitentiaire israélien (IPS) et des documents soumis dans le cadre de requêtes adressées à la Haute Cour de justice israélienne.
Toutes ces conclusions mènent à une conclusion sans équivoque : Israël poursuit sa politique systématique et institutionnalisée de torture et de mauvais traitements à l’encontre des prisonniers palestiniens, approuvée et soutenue par le système politique, le système judiciaire, les médias et, bien sûr, les autorités pénitentiaires elles-mêmes, qui se vantent ouvertement des conditions de détention tortueuses dans lesquelles sont détenus les prisonniers palestiniens.
Un exemple frappant de ce dernier point est une série d’articles de relations publiques promus conjointement par Itamar Ben Gvir, le ministre chargé du système pénitentiaire, et le service de presse de l’IPS, offrant aux médias israéliens un « aperçu rare » des blocs pénitentiaires où les Palestiniens sont détenus dans des conditions inhumaines (voir « Rakefet Wing », p. 13). Dans ces articles, le ministre Ben Gvir et les responsables de l’IPS mettent en avant les mauvais traitements infligés aux prisonniers, les médias jouant le rôle de porte-parole de l’idéologie raciste et violente du ministre, sans presque aucune critique des crimes et des graves violations des droits humains impliqués.
Loin d’être perpétrés dans l’ombre, ces abus systémiques sont exposés au grand jour, sans aucune tentative de les dissimuler ou de les occulter. En fait, les responsables s’en vantent ouvertement, et l’ensemble du régime israélien s’en rend complice. Par conséquent, ce rapport et d’autres ne visent pas à « dénoncer » les conditions inhumaines dans lesquelles sont détenus les prisonniers palestiniens, conditions connues et normalisées au sein de l’opinion publique israélienne depuis deux ans. Bien que les abus soient manifestes et bien documentés, les acteurs internationaux se sont jusqu’à présent abstenus d’intervenir efficacement, ce qui constitue un autre facteur permettant la poursuite de la torture systémique. La torture des prisonniers palestiniens, tous qualifiés de « terroristes » par les médias israéliens, est devenue une norme acceptée.
Face à cette réalité, nous appelons une fois de plus tous les États, organismes et institutions internationales à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre fin immédiatement aux traitements cruels et aux tortures infligés aux prisonniers palestiniens par le régime israélien. Compte tenu de la gravité de ces crimes, il est du devoir de la communauté internationale d’insister pour qu’Israël soit tenu responsable et de veiller à ce que les responsables soient traduits en justice.
>> Lire le rapport « Un véritable enfer : Le système pénitentiaire israélien, un réseau de camps de torture » (en anglais)
Traduction : AFPS
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