Édition du 20 février 2024

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États-Unis

Les luttes pour les femmes autochtones assassinées et disparues aux États-Unis

Le 5 mai est une journée de mobilisation pour mettre fin à la violence contre les femmes autochtones aux États-Unis

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/05/13/les-luttes-pour-les-femmes-autochtones-assassinees-et-disparues-aux-etats-unis/

Les filles et les femmes autochtones sont fétichisées depuis 1492, lorsque les colonisateurs ont occupé nos territoires. Aujourd’hui encore, les femmes autochtones courent un risque disproportionné d’être assassinées, agressées sexuellement et victimes d’autres formes de violence. Selon une étude du symposium international en identification humaine, «  […] de tous les groupes aux États-Unis, ce sont les femmes autochtones qui subissent les taux de violence les plus élevés. Selon les données recueillies par le département américain de la Justice, dans certains comtés du pays, le taux d’homicides des femmes autochtones est dix fois supérieur à la moyenne nationale. Le même rapport révèle que les femmes autochtones sont presque trois fois plus exposées au viol et à la violence sexuelle que les femmes blanches, noires et asiatiques. En outre, un rapport publié en 2016 suggère que la prévalence de la violence interraciale contre les femmes (et les hommes) autochtones est plus élevée que celle de la violence intra-raciale, c’est-à-dire que les actes violents sont principalement commis par des auteurs non autochtones ».

Le premier des cas documentés de Femmes Autochtones Disparues et Assassinées (Missing and Murdered Indigenous Women – MMIW) aux États-Unis est celui que Disney appelle Pocahontas. Son véritable nom autochtone était Matoaka. L’histoire romanesque que l’on voit chez Disney est en fait un mensonge. Matoaka a été kidnappée, violée, utilisée comme prisonnière de guerre, et finalement empoisonnée et tuée à l’âge de 19 ans.

Sacajewea est une autre figure historique bien connue. Victime de la traite des enfants, elle parlait plusieurs langues autochtones et a été achetée par des membres de l’expédition Lewis et Clark [1]. Elle était adolescente et est tombée enceinte. Lewis et Clark voulaient Sacajewea non seulement comme interprète, mais aussi comme bouclier humain au cas où ils seraient attaqués, car ils pensaient qu’ils seraient plus en sécurité en compagnie d’une adolescente enceinte. Elle a accouché pendant l’expédition. On sait peu de choses sur ce qui lui est arrivé après l’expédition ; elle a vécu avec son mari et a disparu ou est morte mystérieusement. Elle est saluée par l’histoire colonisée comme une personne ayant choisi d’aider le duo d’explorateurs, et sa trajectoire est décrite comme celle d’une femme qui a voyagé avec l’expédition du Dakota du Nord à l’océan Pacifique, a établi des contacts culturels avec les peuples amérindiens et a contribué à la connaissance de l’histoire naturelle de l’expédition.

« Il s’agit d’une version qui dissimule l’histoire d’une adolescente autochtone enceinte et victime de la traite qui a été commercialisée comme une propriété.  »

Cependant Lewis et Clark n’auraient pas survécu sans Sacajawea.

Depuis 2017, le 5 mai est reconnu aux États-Unis comme la Journée nationale de sensibilisation aux filles et femmes autochtones disparues et assassinées. Cette date correspond à l’anniversaire de Hanna Harris, une jeune femme de 21 ans, citoyenne du peuple Cheyenne du Nord, qui a disparu et a été retrouvée morte dans la réserve Cheyenne du Nord en 2013. La date et les efforts de défense des intérêts populaires, ainsi que les récents documentaires, ont réussi à attirer davantage l’attention de la population sur la crise.

Le 5 mai, des milliers de personnes venues de tout le pays ont participé à des marches, des forums, des réunions communautaires et des veillées, en deuil, en tant que témoins d’une tragédie implacable.

« La plupart des gens portent du rouge lors de ces événements, certains avec une main rouge peinte sur la bouche, comme symbole des milliers de femmes autochtones qui ont été assassinées ou qui ont disparues au cours des siècles. »

Des femmes et des adolescentes autochtones comme Hanna Harris, Selena Not Afraid, Jermain Charlo, Kaysera Stops Pretty Places, Henny Scott et Ashley Heavyrunner Loring sont portées disparues ou ont été assassinées, tout comme, tragiquement, de nombreuses autres personnes qui ne font pas la une des journaux. Le Centre pour la Paix Jeannette Rankin exprime sa solidarité avec les familles des Femmes Autochtones Disparues et Assassinées et leurs proches (Indigenous families of Missing and Murdered Indigenous Women and Relatives – MMIW/R). Une œuvre d’art sera exposée sur la façade du centre en avril, dans l’espoir d’informer l’ensemble de la communauté sur la Journée nationale de sensibilisation aux femmes autochtones disparues et assassinées le 5 mai.

Si vous souhaitez faire des dons pour soutenir cette cause, vous pouvez contribuer à une organisation active qui aide les familles dans la recherche et le sauvetage des peuples autochtones du Montana, le Fonds Snowbird ou sur le site Web du MMIP sur GoFundMe, organisé par Charlene Sleeper, militante populaire de Billings (État du Montana), artiste, poète et étudiante à l’Université d’État du Montana, et défenseuse des personnes autochtones disparues et assassinées de la région du sud-est. Elle défend également la cause du placement en famille d’accueil [foster care]. Le 3 avril 2023, Charlene a rendu visite aux membres de sa famille au cimetière de Hardin City dans le Montana. La tombe de Selena Not Afraid se trouve à proximité et n’a pas de pierre tombale. Charlene s’est engagée à collecter des fonds pour financer une pierre tombale pour Selena et pour une autre femme autochtone décédée qui n’est pas aussi connue des médias.

[1] Meriwether Lewis et William Clark, qui ont mené la première grande expédition exploratoire d’est en ouest du continent nord-américain au début du 19e siècle.

Claire Charlo

Claire Charlo milite pour les féminismes autochtones au sein du réseau environnemental autochtone [Indigenous Environmental Network – IEN].
Édition de Tica Moreno
Traduit du portugais par Claire Laribe
Langue originale : anglais

https://capiremov.org/fr/experiences/les-luttes-pour-les-femmes-autochtones-assassinees-et-disparues-aux-etats-unis/

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