Édition du 24 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Les luttes sociales et la gauche

La pandémie de coronavirus et la crise économique qui l’accompagne ont fermé les lieux de travail et les écoles, rendant possible le plus grand mouvement de protestation sociale contre le racisme de l’histoire américaine.

photo et article tirés de NPA 29

Avec le meurtre de George Floyd à Minneapolis le 25 mai, entre 15 et 26 millions de personnes ont participé aux mois de protestation. Le meurtre par la police de Breonna Taylor à Louisville et plusieurs autres cas ont également alimenté l’indignation. Sous la bannière Black Lives Matter, les manifestations dirigées par les Noirs ont impliqué principalement des jeunes de toutes “races” et religions. Les participants étaient généralement masqués, ils n’ont donc pas conduit à de nouvelles flambées de Covid.

La police a amené la violence dans les manifestations avec son utilisation abusive de matraques, de gaz lacrymogène, de sprays au poivre et de “flash grenades” (éblouissantes et assourdissantes). En riposte, certains dans la foule ont jeté des bouteilles d’eau en plastique ou retourné les cartouches de gaz lacrymogène et certains « gauchistes » ont détruit des biens.

Ailleurs, des militants nationalistes blancs ont infiltré les foules et encouragé la violence, dans l’espoir de générer une guerre raciale. Là où des morts sont survenues, comme à Kenosha et à Portland, c’est là où les manifestants de droite ou plus rarement de gauche étaient armés. Pourtant, malgré les provocations policières, 90% des manifestations étaient pacifiques.

Bien que les manifestations antiracistes aient été énormes et combatives, leur impact a été limité. Les manifestations ont certes fait prendre conscience du racisme en Amérique. Les journaux ont publié des articles éducatifs, la télévision et la radio et les médias sociaux ont diffusé des vidéos sur la situation des Noirs.

Les universités, les agences gouvernementales et même les entreprises privées ont organisé des discussions sur le racisme. Mais le mouvement n’avait ni organisation nationale ni parti politique pour parler en son nom et ses revendications politiques étaient assez soit limitées soit irréalistes.

La revendication la plus importante du mouvement était de « defund the police », une demande que certains comprennent comme une réduction du budget de la police et le transfert de ces fonds aux services sociaux, tandis que d’autres l’interprètent comme un appel à abolir la police.

Bien que les gens veuillent mettre fin au racisme et à la violence de la police, peu veulent l’abolition de la police, en particulier dans les quartiers noirs, latinos et blancs les plus pauvres où les taux de criminalité sont plus élevés. Seule l’extrême gauche appelle à l’abolition de la police avec peu d’écho dans la société en général. Quelques villes, peu nombreuses, ont réduit le budget de la police ou réaffecté des crédits aux services sociaux, mais pas beaucoup.

Il y a également eu des manifestations de travailleurs, en particulier des travailleurs de la santé, mais aussi parmi les travailleurs des transports publics, les employés des hôtels et restaurants et autres.

Les syndicats d’infirmières et leurs membres ont convoqué des actions de protestation dans les hôpitaux, les cliniques et les maisons de retraite. De nombreux travailleurs de diverses industries se sont livrés à de courtes interruptions de travail ou grèves.

Cependant, les dirigeants de la plupart des syndicats nationaux n’ont pas soutenu ces mouve-ments ; ils n’ont pas défendu l’organisation de protestations ou de grèves. Les dirigeants syndi-caux comptent sur l’élection d’un président et d’un congrès démocrates plutôt que sur la mobili-sation de leurs adhérents. Aussi, malgré les nombreuses actions locales, il n’y a eu aucune perspective de réponse nationale de la classe ouvrière à la crise sanitaire ou à la crise économique.

La gauche politique a grandi.

Le plus visible et le plus quantifiable est l’expansion des Socialiste démocrates d’Amérique, DSA, qui compte désormais 70 000 membres. D’autres groupes de gauche – socialistes et anarchistes – se développent également et produisent de nouveaux sites Internet, journaux et vidéos.

Si la gauche s’est développée, elle reste trop petite pour avoir une influence significative sur les grands événements politiques et sociaux qui se déroulent. Les militants ont participé aux manifestations antiracistes massives, mais ont eu peu d’impact sur elles. Certains groupes de gauche sont présents dans les syndicats, mais la plupart sont trop faibles pour prendre de nombreuses initiatives. Globalement, le niveau de lutte des classes reste bas et la gauche petite.

Le Parti Vert reste le parti le plus important à gauche et son candidat à la présidentielle Howie Hawkins et sa colistière Angela Walker sont tous deux ouvertement socialistes, mais le parti n’a jamais remporté plus de 2 % des voix. DSA, le plus grand groupe socialiste, montre peu de confiance dans le Parti Vert et ne soutient pas ses candidats. La vraie confrontation politique cette année est entre Trump et Biden.

Alors que les élections risquent d’être volées, des groupes tels que Protect the Results (protégeons les résultats), Defend Democracy (défendre la démocratie), Fight Back Table (Riposte), Working Families Party (parti des familles de travailleurs), Movement for Black Lives (mouvement pour les vies noires) et Majority Rising (la majorité se lève) travaillent à protéger le processus de vote et le décompte.

Ils devront peut-être aussi aider à arrêter un coup de force. Trump pourrait, par exemple, envoyer des agents fédéraux pour saisir les bulletins de vote et revendiquer la victoire. La période entre les élections du 3 novembre et l’installation du président le 20 janvier pourrait être chaotique, violente, et décisive pour le système politique américain. (Extrait voir liens)

Dan La Botz Revue L’Anticapitaliste n°119 (octobre 2020). Jeudi 22 octobre 2020

https://www.europe-solidaire.org/

https://lanticapitaliste.org/

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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