Édition du 1er décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

Négociation dans les secteurs public et parapublic

Au tour de la FTQ de hausser le ton et de parler de moyens de pression… Idem pour la CSQ

Le temps de m’éloigner, pendant quelques minutes, des touches du clavier de mon ordinateur et d’ouvrir la radio à l’heure du bulletin d’information pour entendre le cri d’alarme du président de la FTQ, Daniel Boyer, qui se dit « écoeuré » par la lenteur du rythme des négociations dans les secteurs public et parapublic.

En entrevue, sur la Première chaîne de Radio-Canada, monsieur Boyer a rappelé que cela fait un an que les demandes syndicales ont été présentées aux différents Comités patronaux de négociation et que cela fait plus d’un an que les choses stagnent, que le gouvernement campe rigidement sur sa position initiale de négociation (position gouvernementale rendue publique en décembre 2019 et à peine retouchée en mai dernier). De plus, les échanges entre les parties n’évoluent pas au rythme annoncé en mars dernier (François Legault clamait qu’il voulait que la négociation soit terminée autour du 31 mars 2020). Devant cet état de fait, qui en découragerait plusieurs, monsieur Boyer a précisé ce qui suit :

« NOUS SOMMES AU BORD D’UNE RUPTURE DE SERVICE… QUÉBEC DOIT BOUGER ! »

Le président de la FTQ a aussi mentionné que le gouvernement du Québec a été en mesure de débloquer « des milliards de dollars pour les infrastructures […]. Il est temps d’investir dans les services publics, dans les travailleuses et travailleurs qui éduquent nos enfants, prennent soin de nos malades, nos personnes âgées et qui assurent le bon fonctionnement de nos réseaux de santé et d’éducation. »

Tout se passe en effet comme si, la raison principale pour laquelle les choses bloquent à la table de négociation en ce moment réside dans la certitude des membres des comités patronaux de négociation que le gouvernement a le pouvoir de décréter, éventuellement, les conditions de travail des 560 000 salariéEs syndiquéEs qui sont à 75 % des femmes. Les pourparlers entre les parties n’évoluent guère non plus en raison du fait que le gouvernement Legault a défini son cadre de règlement monétaire à un plafond ne pouvant pas dépasser au total 2% par année.

Du côté de la CSQ maintenant…

Là aussi, à l’instar de la FTQ, la présidente de l’organisation syndicale, Sonia Éthier, parle également d’une « crise généralisée des conditions de travail ». «  Elle lance un cri d’alarme au gouvernement de François Legault pour que le plan de relance économique prévoie de toute urgence un rehaussement des conditions de travail pour les travailleuses et les travailleurs de l’éducation, de la santé, de l’enseignement supérieur et de la petite enfance du Québec. »

Conclusion

Certains événements sont à surveiller dans les prochaines semaines : dans un premier temps, la mise à jour des finances publiques ; dans un deuxième temps, la publication de l’étude annuelle de l’ISQ sur la rémunération globale et finalement la suspension éventuelle, vers la mi-décembre, des travaux de l’Assemblée nationale.

À surveiller également, comment les autres organisations syndicales vont se positionner dans ce dernier droit de la négociation.

Yvan Perrier

21 octobre 2020

13h30

yvan_perrier@hotmail.com

COMMUNIQUÉ DE LA FTQ

https://ftq.qc.ca/communiques/negociations-secteur-public-2019-2020-sommes-bord-dune-rupture-de-service-quebec-bouger-daniel-boyer-president-de-ftq/. Consulté le 21 octobre 2020.

NÉGOCIATIONS DU SECTEUR PUBLIC 2019-2020 : « NOUS SOMMES AU BORD D’UNE RUPTURE DE SERVICE… QUÉBEC DOIT BOUGER ! » – DANIEL BOYER, PRÉSIDENT DE LA FTQ

Montréal, le 21 octobre 2020. – La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) s’inquiète de l’état des négociations et des services publics, particulièrement en santé et en éducation. « Le point de rupture approche, les travailleuses et travailleurs sont épuisés, au bout du rouleau. La pénurie de personnel, le manque de reconnaissance, des négociations qui piétinent ; le gouvernement doit entendre le message, la situation est critique. Le temps est venu de se mobiliser », déclare le président de la FTQ, Daniel Boyer.

Pourtant nous avons fait des efforts pour faire aboutir cette négociation. Nous avons répondu rapidement à la demande du premier ministre François Legault d’accélérer les discussions en mars dernier au tout début de la pandémie. Le 22 juillet, nous avons ciblé nos priorités et fait un nouveau dépôt global révisé avec la ferme volonté de provoquer un déblocage à la table de négociation.

« Les propositions déposées visent à stabiliser les réseaux de la santé et de l’éducation, améliorer la rétention et l’attraction du personnel tout en permettant de bonifier la rémunération. Le cadre financier présenté répond précisément aux objectifs du gouvernement. L’objectif était de régler avant l’inévitable deuxième vague et la rentrée scolaire afin de soulager le réseau de la santé. Malheureusement, il ne se passe rien à la table de négociation. Nos négociateurs se font répondre constamment par leur vis-à-vis qu’ils n’ont pas de mandat ; il faut que ça bouge », ajoute le président de la FTQ.

Québec a débloqué des milliards de dollars pour les infrastructures, le béton. Il est temps d’investir dans les services publics, dans les travailleuses et travailleurs qui éduquent nos enfants, prennent soin de nos malades, nos personnes âgées et qui assurent le bon fonctionnement de nos réseaux de santé et d’éducation. Il est temps de se mobiliser.

« Les travailleurs et travailleuses quittent par centaines, sur le terrain nos gens en ont assez, ça va mal finir et le gouvernement caquiste n’aura que lui-même à blâmer », conclut le président de la FTQ.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale au Québec, représente plus de 600 000 travailleurs et travailleuses.

Les travailleuses et travailleurs du secteur public de la FTQ sont représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), le Syndicat québécois des employées et employés de service, section locale 298 (SQEES-298), le Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPB) et l’Union des employés et employées de service, section locale 800 (UES 800)

Statistiques pour déboulonner quelques mythes et mieux comprendre les enjeux de cette négociation :

· Moyenne salariale des employés du secteur public (FTQ) : 36 155,49$ ;

· Moyenne salariale des employés occasionnels et temporaires (FTQ) du secteur public (autres que réguliers) : 28 490,15$ ;

· Retard salarial du secteur public (FTQ) : 6,2% ;

· Pourcentage de femmes que nous représentons (FTQ) : 73,7% ;

· Pourcentage de travailleurs et travailleuses qui n’ont pas de permanence ou de poste à temps complet (FTQ) : 43,2%.

Communiqué de la CSQ

« Devant la crise des conditions de travail, le gouvernement doit agir maintenant ou laisser la maison brûler  » – Sonia Ethier

Montréal, le 21 octobre 2020. – « La crise sanitaire s’est transformée en crise généralisée des conditions de travail », explique la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Ethier. Devant les quelque 300 personnes déléguées de la Centrale réunies en conseil général, elle lance un cri d’alarme au gouvernement de François Legault pour que le plan de relance économique prévoie de toute urgence un rehaussement des conditions de travail pour les travailleuses et les travailleurs de l’éducation, de la santé, de l’enseignement supérieur et de la petite enfance du Québec.

Le syndrome de la chaudière percée

Devant le plan de relance économique qui se dessine, la présidente de la Centrale met en garde le gouvernement de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier des infrastructures et du béton. Sonia Ethier clame l’urgence de déployer des mesures structurantes permettant de renforcer les services à la population et de mettre en échec la désertion professionnelle. « Résultat des années d’austérité et de sous-investissement, les services à la population sont actuellement confrontés à une véritable crise des conditions de travail. À coup de lois spéciales, de budgets étriqués et de compressions, on nous oblige depuis des années à faire toujours plus avec moins. En santé et en éducation, le gouvernement a été dans l’obligation de faire appel à l’armée canadienne ou de lancer des initiatives de recrutement à vitesse accélérée pour compenser les mauvaises conditions de travail. C’est le “syndrome de la chaudière percée”. Le gouvernement a beau multiplier les initiatives pour ajouter des ressources, tant qu’il ne réglera pas le problème structurel des conditions de travail, il ne fait que nourrir le problème. Ça continue de couler de partout et ça ne fait qu’entretenir un cercle vicieux  », lance Sonia Ethier.

Un impact direct sur les personnes vulnérables

La CSQ explique que la crise des conditions de travail a actuellement un impact direct sur les services à la population, particulièrement en ce qui a trait aux conditions de vie des personnes aînées hébergées. « Déjà, en 2018, on a dénoncé vivement la situation de maltraitance organisationnelle causée par l’inaction des gouvernements. Au printemps dernier, l’AREQ-CSQ était au front pour soutenir le personnel qui œuvre auprès des personnes les plus vulnérables de notre société, pendant que le gouvernement laissait les CHSLD dans l’angle mort. Les mauvaises conditions de travail sont à l’origine d’une hécatombe qui est a causé plus de 4 000 morts, souvent dans l’indignité, par manque de personnel et de ressources  », soutient la présidente de la CSQ.

Pour appuyer sa proposition de plan de relance équitable à visage humain, la CSQ interpelle également le gouvernement sur le rôle crucial du secteur communautaire pour renforcer le tissu de solidarité au bénéfice des personnes les plus vulnérables. « Des milliers de femmes et d’hommes œuvrant quotidiennement dans le secteur communautaire méritent leur part du gâteau dans la relance économique. Leurs interventions quotidiennes auprès des personnes dans le besoin permettent chaque année à l’État d’économiser des millions de dollars. Les services sociaux seront-ils les grands oubliés de la relance du gouvernement ? », questionne Sonia Ethier.

Par ailleurs, l’organisation syndicale réitère qu’un plan vigoureux de création de nouvelles places en garderie permettrait aux femmes de rattraper leur retard en matière d’accès au marché du travail, qui s’est accru depuis la pandémie. Elle appelle ainsi des investissements massifs dans les services éducatifs à la petite enfance dans l’objectif de combler rapidement le fossé des 55 000 places manquantes pour les familles.

Le Québec à l’heure des choix

Du côté des négociations du secteur public, Sonia Ethier déplore que le gouvernement continue de mettre en pratique la stratégie de la sourde oreille. Elle dénonce l’immobilisme du gouvernement devant les nombreux problèmes pourtant connus et décriés dans les milieux de travail en éducation, en santé et en enseignement supérieur. « On est devant un gouvernement intransigeant qui semble vivre dans un autre monde. Malgré nos propositions et notre contreproposition, il reste campé sur sa position initiale, qui est à peu de choses près un copier-coller de l’offre insultante de décembre dernier, qui ne règle rien. Quand on entend dire que le gouvernement a un cadre financier limité, rappelez-vous que c’est une question de choix politique. Les données démontrent que les femmes ont été parmi les premières victimes économiques de la pandémie. L’enjeu de la présente négociation, c’est d’amorcer la relance économique équitable pour les femmes, qui occupent plus de 70 % des postes du secteur public. Il s’agit, pour le Conseil du trésor, de régler les problèmes structurels ou, sinon, de fermer les yeux sur la réalité vécue à la dure par les travailleuses et les travailleurs, à majorité des femmes, en éducation, en santé et enseignement supérieur. L’austérité des dernières années a fait mal et le Québec est aujourd’hui à la croisée des chemins : investir maintenant dans les conditions de travail du secteur public, ou laisser la maison brûler  », explique Sonia Ethier.

Une pandémie qui commence à avoir le dos large

Aux conditions de travail précaires dans les milieux s’ajoute la centaine de décrets ou arrêtés ministériels qui ont été adoptés depuis le printemps dernier pour suspendre plusieurs articles de droits et de conventions touchant le travail. La présidente constate une dérive autoritaire de la part du gouvernement, qui s’étire dans le temps au détriment des droits fondamentaux des travailleuses et des travailleurs. Elle annonce que la CSQ travaille activement à l’élaboration d’un dossier de contestation devant les tribunaux. «  Ça fait au-delà de 100 arrêtés qui sont décrétés unilatéralement pour suspendre différentes lois et imposer des façons de faire dans nos milieux de travail. Il y a des limites à se servir de la pandémie pour imposer à peu près tout et n’importe quoi. On constate une dérive autoritaire à plusieurs égards. Ces arrêtés maintiennent une pression négative sur les milieux de travail et jettent de l’huile sur le feu des problèmes de rétention et d’attraction du personnel  », conclut Sonia Ethier.

Réunis en conseil général les 21 et 22 octobre, les syndicats affiliés à la CSQ doivent notamment faire le point sur l’actualité, dont les transformations du travail ainsi que les enjeux liés au télétravail.

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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