Traité sur la tolérance
Voltaire
Ce traité sur la tolérance commence et se termine avec l’affaire Calas dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle. Le 9 mars 1762, le protestant Jean Calas est en effet roué de coups sur la place publique de Toulouse, puis exécuté (subissant le supplice de la roue), accusé injustement par la vindicte populaire d’avoir tué son fils qui s’était converti au catholicisme. Voltaire, cette imposante figure des Lumières, y prend ici sa défense, se livrant du coup à un vibrant plaidoyer en faveur de la tolérance. Les nombreux chapitres sur les sociétés plus anciennes et sur les religions sont d’un très grand intérêt. Ils m’ont fait adorer cet essai.
Extrait :
Pendant qu’ils s’acquittaient de ce devoir, pendant que le père et la mère étaient dans les sanglots et dans les larmes, le peuple de Toulouse s’attroupe autour de la maison. Ce peuple est superstitieux et emporté ; il regarde comme des monstres ses frères qui ne sont pas de la même religion que lui. C’est à Toulouse qu’on remercia Dieu solennellement de la mort de Henri III, et qu’on fit serment d’égorger le premier qui parlerait de reconnaître le grand, le bon Henri IV. Cette ville solennise encore tous les ans, par une procession et par des feux de joie, le jour où elle massacra quatre mille citoyens hérétiques, il y a deux siècles. En vain six arrêts du conseil ont défendu cette odieuse fête, les Toulousains l’ont toujours célébrée comme les jeux floraux.
Les armoires vides
Annie Ernaux
C’est le premier roman d’Annie Ernaux et - comme le reste de son œuvre - il est en grande partie autobiographique. Denise Lesur est une adolescente qui a honte de ses parents, malgré leurs efforts pour qu’elle poursuive ses études. Elle aspire, comme d’autres, à un monde moins vulgaire, plus cultivé, de mieux nantis, à l’image des jeunes filles et surtout des garçons qu’elle cherche à côtoyer. C’est un roman agréable à lire, certes, mais très dur. Le mépris des enfants pour leurs parents de conditions modestes est en mon sens une chose bien cruelle ; surtout, comme dans ce roman, quand il se manifeste avec autant d’intensité et sur une longue période de temps.
Extrait :
Ne pas pouvoir aimer ses parents, ne pas savoir pourquoi, c’est intenable. Personne à qui avouer, je déteste mon père parce que tous les matins la cascade de pisse dans le seau de chambre traverse la cloison, jusqu’à la dernière goutte, que ma mère se gratte en grimaçant sous ses jupes, qu’ils lisent France-Dimanche dont le prof a dit que c’était un torchon, qu’ils disent une hôtel, un anse.
La dictature internationale
Pierre Vadeboncoeur
Je me suis remis à la lecture des textes de Pierre Vadeboncoeur publiés dans Le Couac, L’Action nationale, Le Devoir et L’Inconvénient au cours des années 2000 et publiés de nouveau dans la collection Lettres libres chez Lux Éditeur. Dans un style unique, qui a toujours été le sien, d’aussi loin que je me souvienne, il y traite de l’actualité internationale avec une acuité qui nous séduit et nous éclaire. Vadeboncoeur était un grand essayiste et un grand analyste, avec des vues empreintes de culture et de sociologie, qu’il est toujours agréable de relire.
Extrait :
Le peuple américain ne voit pas qu’il est en train de jeter les bases d’une dictature. Non plus une dictature classique, nationale, intérieure, s’exerçant sur un peuple directement à la tyrannie de son propre gouvernement, mais une dictature transnationale exercée par le gouvernement américain, commandement unique et étranger voulant s’imposer à l’acceptation même des alliés, des puissances concurrentes et de dizaines d’autres pays. Il faut marquer l’originalité du phénomène.
Des hommes sans femmes
Haruki Murakami
Traduit du japonais
Ce recueil se compose de sept longues nouvelles sur des hommes dont les femmes les ont quittés ou abandonnés ou sont sur le point de le faire. Elles sont très différentes, mais livrées avec tellement de délicatesse et d’humanité qu’elles finissent toutes par nous charmer. Une belle ouverture sur la culture japonaise, différente à bien des égards de la nôtre.
Extrait :
Vous aurez beau penser que vous avez compris quelqu’un, que vous l’avez aimé, il n’en reste pas moins impossible de voir au plus profond de son coeur. Vous aurez pu vous efforcer, mais vous n’aurez réussi qu’à vous faire du mal.
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