Ajoutons à cela qu’en termes de classes sociales, on parlait, à une certaine époque – et encore aujourd’hui, mais beaucoup moins – du prolétariat, des travailleuses et des travailleurs salariéEs, des classes laborieuses, des ouvrières et des ouvriers, de la plèbe, des classes populaires, du bas peuple, de la roture, du populo, etc.
De cette longue énumération nous retiendrons ici seulement deux mots : foule et masse. Quelles observations pouvons-nous formuler au sujet de ces deux concepts en vue d’y voir un peu plus clair dans certains comportements aux apparences ou réellement erratiques ou hérétiques, c’est selon et surtout à partir de quel auteur canonique pouvons-nous amorcer et entreprendre notre réflexion critique ? Un nom précis nous vient immédiatement en tête, du moins pour ceux et celles qui s’en souviennent (ou veulent s’en souvenir) : Gustave Le Bon, l’auteur du célèbre ouvrage, aujourd’hui dépassé à certains égards, intitulé La psychologie des foules (1895).
Le présent texte comporte trois parties : dans un premier temps, il sera brièvement question de Gustave Le Bon. Dans un deuxième temps, nous présenterons un bref résumé du livre La psychologie des foules et, dans un dernier temps, avant de conclure, nous tenterons de différencier les notions de foule et de masse.
Gustave Le Bon
Gustave Le Bon (1841-1931) est un homme dont l’existence a chevauché les XIXe et XXe siècles. Auteur prolifique[1], et ce dans plusieurs champs disciplinaires, Le Bon peut être considéré comme un esprit universel. De formation médicale, il a rédigé d’abord des travaux en biologie et en médecine. Il est le fondateur de la Bibliothèque de philosophie contemporaine, dans laquelle plusieurs de ses œuvres, qui portaient sur la politique, la sociologie et la psychologie sociale, ont été publiées. Il a également commis des travaux en physique théorique. La Psychologie des foules est toujours considérée comme l’œuvre d’un brillant précurseur.
Le Bon soutient que la « foule » absorbe, en l’engouffrant quasiment intégralement parfois, l’individu. Il faut, selon lui, envisager l’influence grandissante de ce genre de regroupement d’individus dans un même lieu, car, anticipation qu’il dégageait erronément au début du XXe siècle, « nous entrons » dans l’« ère des foules » :
« Alors que nos antiques croyances chancellent et disparaissent, que les vieilles colonnes des sociétés s’effondrent tour à tour, l’action des foules est l’unique force que rien ne menace et dont le prestige grandisse toujours. L’âge où nous entrons sera véritablement l’ère des foules (en italique dans le texte). » (Le Bon, 2002[1895], p. 2).
Permettons-nous un aparté ici : son affirmation reste toujours à prouver tant l’initiative des dirigeantEs politiques de ce bas monde ne semble pas véritablement ralentie ou réellement érodée par l’action ou (et) les actions des foules et des masses. Passons.
Principalement connu pour ses analyses sur la psychologie des foules, il a été l’un des premiers à avoir étudié comment les comportements humains changent surtout lorsqu’ils agissent en groupe.
Bref résumé du livre Psychologie des foules (1895)
Psychologie des foules est un ouvrage fondateur de la psychologie sociale dans lequel Le Bon analyse les caractéristiques psychologiques propres aux foules, vues non pas comme de simples agrégats d’individus, mais comme des entités dotées d’une « âme collective », capable même de « contagion mentale » (Torris, 1998, p. 429). Le livre est divisé en trois parties qui décortiquent et détaillent l’âme de la foule (Livre premier), les opinions et les croyances des foules (Livre II) et la classification et description des diverses catégories de foules (Livre III).
Le Bon postule d’entrée de jeu que la foule est nettement distincte de la somme des individus qui la composent. Elle constitue une sorte d’unité mentale à dominante fortement émotive conduite par un inconscient collectif (qu’il qualifie « (d’)âme » des foules). Cette loi de l’unité mentale des foules (Le Bon, 2002[1895], p. 9) comporte minimalement les particularités et les caractéristiques suivantes : la foule est « impulsive » et « mobile » (p. 18), « irritable » (p. 19), voir même, soutient-il, « féminine » (p. 19). Elle « diffère de l’individu isolé » (p. 11), car elle peut se mettre rapidement à agir sous l’emprise « (d’)émotions violentes » (p. 10). Dominée par l’irrationnalité, la foule n’est pas le lieu où triomphe la raison et la réflexion morale. Elle est plutôt le lieu de l’action, voire même l’action brute et parfois brutale. Le Bon la considère comme illogique, irresponsable, excessive, crédule, imprévisible. Elle agit sous l’influence des chefs.
Le Bon est convaincu que la « contagion mentale » est, avec « l’hérédité », à la base des collectivités humaines que sont les peuples, les races (p. 112) et les civilisations (p. 111), lesquels ont, selon lui, une « âme collective » (p. 12). Convenons d’entrée de jeu qu’il s’agit là d’une caractéristique pour le moins difficile à dégager et à établir avec netteté dans les sociétés contemporaines.
Quoi qu’il en soit, il avançait une explication de certains phénomènes sociaux à partir de mécanismes psychologiques. Sa thèse centrale à ce sujet se formule comme suit : le quotient intellectuel individuel baisse dans les foules et certains individus, pris dans le tourbillon de la cohue de la multitude, sont prêts à abandonner les notions de bien et de mal pour un sentiment d’appartenance et de sécurité. Ce qui maintes fois a pu être observé.
Par « foule » Le Bon entend ceci :
« Au sens ordinaire, le mot foule représente une réunion d’individus quelconques, quels que soient leur nationalité, leur profession ou leur sexe, quels que soient aussi les hasards qui les rassemblent.
Au point de vue psychologique, l’expression foule prend une signification tout autre. Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, une agglomération d’hommes possède des caractères nouveaux fort différents de ceux de chaque individu qui la compose.
La personnalité consciente s’évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité devient alors ce que, faute d’une expression meilleure, j’appellerai une foule organisée, ou, si l’on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l’unité mentale des foules (en italique dans le texte).
Le fait que beaucoup d’individus se trouvent accidentellement côte à côte ne leur confère pas les caractères d’une foule organisée. Mille individus réunis au hasard sur une place publique sans aucun but déterminé, ne constituent nullement une foule psychologique. Pour en acquérir les caractères spéciaux, il faut l’influence de certains excitants […] » (p. 9).
La foule est nécessairement composée d’un rassemblement d’individus qui, toujours selon Le Bon, agit sous « l’autorité d’un chef » :
« Dès qu’un certain nombre d’êtres vivants sont réunis, qu’il s’agisse d’un troupeau d’animaux ou d’une foule d’hommes, ils se placent d’instinct sous l’autorité d’un chef, c’est-à-dire d’un meneur.
Dans les foules humaines, le meneur joue un rôle considérable. Sa volonté est le noyau autour duquel se forment et s’identifient les opinions. La foule est un troupeau qui ne saurait se passer de maître. » (p. 69). « L’autorité des meneurs est très despotique […] Ce n’est pas le besoin de la liberté, mais celui de la servitude qui domine toujours l’âme des foules. Leur soif d’obéissance les fait se soumettre d’instinct à qui se déclare leur maître. » (p. 71).
Trois causes agissantes sont à l’origine des métamorphoses qui se produisent chez un ou plusieurs individus dans une foule :
« Diverses causes déterminent l’apparition de ces caractères spéciaux aux foules. La première est que l’individu en foule acquiert, par le seul fait du nombre, un sentiment de puissance invincible lui permettant de céder à des instincts que, seul, il eût forcément refrénés. Il y cédera d’autant plus volontiers que, la foule étant anonyme, et par conséquent irresponsable, le sentiment de la responsabilité, qui retient toujours les individus, disparaît entièrement.
Une seconde cause, la contagion mentale, intervient également pour déterminer chez les foules la manifestation de caractères spéciaux et en même temps leur orientation. La contagion est un phénomène aisé à constater, mais non expliqué encore, et qu’il faut rattacher aux phénomènes d’ordre hypnotique […]. Chez une foule, tout sentiment, tout acte est contagieux, et contagieux à ce point que l’individu sacrifie très facilement son intérêt personnel à l’intérêt collectif. C’est là une aptitude contraire à sa nature, et dont l’homme ne devient guère capable que lorsqu’il fait partie d’une foule.
Une troisième cause, et de beaucoup la plus importante, détermine dans les individus en foule des caractères spéciaux parfois fort opposés à ceux de l’individu isolé. Je veux parler de la suggestibilité, dont la contagion mentionnée plus haut n’est d’ailleurs qu’un effet. » (p. 13).
Le Bon avance que la personnalité consciencieuse des individus s’évanouit au sein de la foule, entraînant une homogénéisation des sentiments et des idées sous l’effet de ces trois causes principales exposées ci-haut, répétons-les à nouveau : le sentiment d’une puissance invincible, la contagion mentale et la suggestibilité. Ce sont ces causes qui sont susceptibles d’expliquer pourquoi la foule adopte parfois des comportements impulsifs, irrationnels, émotionnels et souvent extrêmes. Il souligne que les foules perdent leur capacité de raisonnement critique, elles croient sans preuves et sont sujettes à des sentiments exacerbés sans nuances, ce qui peut les mener tant à des actes de barbarie qu’à des actions audacieuses, courageuses ou des envolées héroïques sous l’influence, dans ce dernier cas, de meneurs charismatiques. À ce sujet, il précise : « Criminelles, les foules le sont souvent, certes, mais, souvent aussi, héroïques. » (p. 15). La psychologie des foules montre ainsi la puissance et aussi les dangers du comportement collectif, révélant un niveau de pensée souvent, tristement, « inférieure à l’homme isolé » (p. 15).
Sur la différence entre masse et foule
La différence entre « masse » et « foule », en sciences humaines et sociales, tient principalement à la nature des interactions et au type de comportement collectif observé.
La foule, selon une pléiade d’auteurs du XIXe siècle, est définie comme un regroupement provisoire d’individus dans un même lieu où lesdits individus perdent souvent leur conscience individuelle et deviennent impulsifs, guidés par des leaders charismatiques ou (et) leurs instincts et leurs émotions irrationnelles. Elle est capable de gestes et d’actions qui vont au-delà de ce qui est autorisé par les normes sociales[2].
La masse est un concept plus large et plutôt ambiguë. Il s’agit d’un « [e]nsemble constitué d’un grand nombre d’individus (en italique dans le texte) d’origine et de position sociales diverses, qui ne sont pas en interactions (en italique dans le texte). Une masse est peu structurée, ses membres sont anonymes. […] En ce sens, la masse se distingue de la foule (en italique dans le texte) qui est un ensemble d’individus rassemblés et en interaction » (Alpe, Beitone, Dollo, Lambert et Parayre, 2007, p. 182).
Il peut inclure les foules mais aussi d’autres formes de regroupements sociaux diffus et moins liés à la présence physique.
La masse désigne donc souvent une population atomisée et parfois désorganisée, où les individus sont psychologiquement fusionnés dans un ensemble unique, perdant parfois leur individualité au profit d’une identité collective. La masse est associée à une notion quantitative à la fois sociologique et psychologique. Les individus peuvent être décrits comme appartenant à une catégorie homogène et où les consciences individuelles sont gommées. On confond ou associe parfois cette notion aux mots suivants : peuple, classes sociales (Grawitz, 1988, p. 247). La rhétorique révolutionnaire souligne l’importance, dans sa lutte pour l’émancipation, de l’action de masse.
La foule est une forme spécifique de masse. Elle a comme caractéristique d’être généralement temporaire et localisée. La masse, par contre, peut être une entité sociale plus large, intégrant des dimensions psychologiques et sociales durables à moyen ou long terme, mais non nécessairement permanentes dans le temps.
En y pensant bien, pourquoi ne pas plutôt en venir à ceci : la masse est à la physique, ce que la foule est à la psychologie… Soyons plus précis. Il est possible de « refouler » une foule, ou de refouler des sentiments, des émotions, pour évoquer un « refoulement ». On ne dit toutefois pas « remasser » ou « remassement ». Mais la masse peut-elle être refoulée ? Oui. Si c’est le cas, la raison d’agir de la sorte envers elle suppose un état d’esprit qui l’habite et va à l’encontre du maintien de l’ordre qui sévissait avant ses « effluves ». En un sens, on dit refouler la masse, justement parce qu’elle est devenue foule (ou folle…). À noter une critique à ce qui vient d’être exposé, toujours au sujet de la masse, puisque le « re » peut être remplacé par un « ra », d’où l’allusion à « ramasser », au « ramassis » et au « ramassage ». Contrairement alors à la foule à disperser par le « re »(fouler) et qui incite même, à l’extrême, au repli dans la profonde intériorité individuelle (en songeant à la psychologie), le « ra »(masser) sert à concentrer, à rassembler les petites choses, et donc à réunir la masse. D’ailleurs, le ramassis désigne, d’après le sens commun, un ensemble de petits éléments, ou de petites unités, jugés sans valeur, mais qui en détiennent justement une parce que devenus une « masse ». Selon le Dictionnaire de l’Académie de la langue française, le « re » (qui inclut le « ra ») peut marquer un retour dans un état antérieur, de la même façon que nous l’insinuons ici.
Ainsi, le corps a besoin d’un esprit pour se mouvoir. La masse, comme corps collectif, demeure statique sans l’esprit de la foule. Et pour créer cet entrain commun, chaque unité de la masse doit joindre sa conscience à celle des autres. Un élément générateur et agitateur sert ensuite à créer une onde qui se répand. D’où l’idée de la contagion sociale que Le Bon peut avoir empruntée des Lois de l’imitation de Gabriel Tarde (1890).
On notera au passage que Le Bon, à la toute fin de son livre, étend, de manière confuse et abusive, le concept de foule à des groupements qui n’en sont pas véritablement (comme « les jurys de cour d’assises » et les « assemblées parlementaires »).
Conclusion
Le Bon a appliqué sa thèse centrale au sujet des foules (qu’il définit comme une unité mentale à dominante fortement émotive conduite par un inconscient collectif) à des événements historiques, débouchant sur une proposition théorique nécessairement controversée mêlant des idées élitistes, racistes, sexistes et également antisocialistes. Nonobstant ces biais, absolument contestables et inacceptables dans sa démonstration, son livre mérite quand même d’être lu tant il comporte certaines intuitions intéressantes dans les différences à établir entre certains concepts comme, entre autres choses, la masse et la foule.
La Psychologie des foules est considérée comme l’œuvre d’un « précurseur à la fois génial et naïf » (Torris, 1998, p. 429). Pour Le Bon, le social ne peut, à lui seul, expliquer le social. Il y a nécessairement du psychologique que l’analyste doit prendre en considération, à l’occasion, dans l’étude et l’analyse de certains phénomènes sociaux, comme les comportements et les exactions des « foules ». Nous le savons, l’être humain est un curieux mélange de rationalité et d’irrationnalité et le peu de rationalité qu’il recèle ne lui permet pas toujours de domestiquer en entier son irrationnalité, surtout dans ces moments où la masse se métamorphose en foule…. C’est quand la foule absorbe et engloutit l’individu, que les pertes de repères et les risques de dérapages sont réels.
Quoi qu’il en soit, c’est plutôt sur une note pessimiste que Le Bon conclut sa démonstration. Il expose en peu de mots sa vision qui relève à la fois du déterminisme rigide et du fatalisme implacable, ce qu’il considère comme le cycle inévitable de la vie d’un peuple : « Passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d’un peuple » (Le Bon, 2002[1895], p. 125).
Bref, là comme ailleurs, pour lui comme pour d’autres, « Le rêve passe »… Pourquoi rêver alors ?
Il n’y a pas unanimité sur les violences sociales et politiques – symboliques ou non – qui doivent être condamnées. Nous pensons ici plus particulièrement aux violences économiques que subissent très injustement les personnes qui ont faim et qui ont à peine de quoi dans leurs poches ou leur gousset pour se loger, se nourrir, vivre ou encore survivre. Mais ça, c’est un autre débat, nous dirons certaines personnes membres de la classe dirigeante ou alignées sur les positions de cette minorité dirigeante qui appartient à la société des biens-pensantEs. Ne perdons jamais de vue que derrière la misère des personnes exclues, exploitées, dominées et opprimées il y a les longues racines et les explications, en grande partie ou non, des choix politiques des membres de la classe dirigeante. Il est où, madame ou monsieur le ministre, le bureau des plaintes à ce sujet ?
Le livre de Gustave Le Bon, Psychologie des foules, peut être lu par celles et ceux qui s’intéressent – avant de condamner ce qui les choque ou ne fait pas leur affaire – à certains aspects de la vie collective.
Guylain Bernier
Yvan Perrier
14 mai 2026
12h45
Notes
[1] Georges Le Bon est l’auteur notamment des ouvrages suivants : Traité de physiologie humaine (1875) ; Histoire des origines et du développement de l’homme et des sociétés (1877) ; L’Homme et les sociétés : Leurs origines et leur histoire (1881) ; La Civilisation des Arabes (1884) ; Les Civilisations de l’Inde (1887) ; Les Premières Civilisations (1889) ; Lois psychologiques de l’évolution des peuples (1894) ; La Psychologie des foules (1895) ; Psychologie du socialisme (1898) ; L’Évolution de la matière (1905) ; La Psychologie politique et la Défense sociale (1910) ; Les Opinions et les Croyances (1911) ; La Révolution française et la psychologie des révolutions (1912).
[2] « Foules (théorie des) : Dans la seconde moitié du XIXe siècle, en réaction contre les conséquences de l’industrialisation et celles de l’urbanisation, on a vu apparaître de nombreuses théories annonciatrices du règne inéluctable des foules dans des espaces sociaux atomisés, dépourvus désormais de toute solidarité communautaire. Dans ces ‘‘sociétés’’ qui remplacent les ‘‘communautés’’ d’autrefois, selon la dichotomie de Tönnies, les structures de sociabilité disparaîtraient laissant les hommes désemparés, solitaires, capables dès lors de s’engager dans n’importe quelle aventure idéologique leur fournissant un nouveau cadre de pensée et d’intégration collective. De Tocqueville annonçant la venue ‘‘d’une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes’’ à Taine ou encore Gustave Le Bon, on dénonce la formation de ces foules à la psychologie émotive, prêtes à suivre n’importe lequel des leaders charismatiques, à entrer derrière lui dans des cycles interminables de violence et de mobilisation désordonnée. Dans ce contexte de foule, l’acteur perdrait de suite ses valeurs propres ainsi que sa rationalité en s’abandonnant aux émotions les plus irrationnelles, aux modes de pensée éloignés des traditions solidement ancrées dans le passé. Pour Gabriel Tarde, il se comporterait comme un somnambule dépourvu de toute conscience, suivant les comportements d’autres somnambules et adoptant, par imitation, ses valeurs et ses manières d’agir. » (Hermet,Badie, Birnbaum et Braud, 2015, p. 128-129).
Sources
Alpe, Yvex, Alain Beitone, Christine Dollo, Jean-Renaud Lambert et Sandrine Parayre. 2007. « Masse ». Lexique de sociologie. Paris : Dalloz, p. 182.
Bedin, V. et M. Fournier (dir.). 2008. La bibliothèque idéale des sciences humaines. Paris : Éditions sciences humaines, p. 212-215.
Grawitz, Madeleine. 1988. « Masse ». Lexique des sciences sociales. Paris : Dalloz, p. 247.
Hermet, Guy, Bertrand Badie, Pierre Birnbaum et Philippe Braud. 2015. « Foule ». Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques. Paris : Armand Colin, p. 128-129.
Le Bon, Gustave. 2002. (1895). Psychologie des foules. Paris : Quadrige/PUF, 132 p.
Torris, Georges. 1998. « Le Bon Gustave (1841-1931) ». Encyclopaedia Universalis. Paris : Albin Michel, p. 429-430.
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