Petit manuel de résistance contemporaine
Cyril Dion
Ce petit manuel de résistance contemporaine porte sur ce que nous pouvons faire face à l’effondrement écologique qui se produit sous nos yeux. L’auteur trace d’abord le portrait de l’état de la planète et des défis auxquels nous devons faire face, puis comment nous en sommes arrivés là, collectivement, sous la triple pression de l’argent, du divertissement envahissant et de la soumission aux lois. Il nous suggère des solutions qui nécessitent un changement de récit, un récit différent de celui que nous impose le capitalisme, un récit passant d’une représentation de notre monde à la représentation du monde que nous aimerions pour vivre mieux et assurer notre avenir sur la planète. Il préconise une dynamique fondée d’abord sur des objectifs atteignables, sur lesquels bâtir, puis sur la consolidation de nos succès pour changer notre paysage politique et économique. Le grand mérite de cet essai est certainement d’encourager l’élaboration d’un récit différent du nôtre qui nous permettra de changer notre monde pour le mieux en matières d’environnement et de qualité de vie.
Extrait :
Au départ, nous n’avons de pouvoir que sur nous-même. Nous sommes notre propre empire, celui que nous pouvons gouverner, réformer, transformer. Agir sur nous-même, sur notre environnement proche n’est pas une finalité, mais l’amorce de réalisations plus vastes. En transformant notre fiction individuelle, nous proposons à ceux qui nous entourent le ferment d’un récit collectif. Et lorsque ce récit sera suffisamment partagé, il sera temps d’unir nos forces, par millions, pour modifier les architectures qui régissent nos vies. D’engager la bascule. Quand ? je n’en ai pas la moindre idée. Comment exactement ? Je n’en sais rein non plus. Est-ce que l’effondrement écologique n’aura pas déjà eu lieu ? C’est possible. Mais quel autre projet adopter ? Chaque jour est une petite bataille à mener. Une opportunité de créer une autre réalité. Et cela commence aujourd’hui.
Le Livre noir du Canada anglais 3
Normand Lester
Ce troisième livre noir du Canada anglais de Normand Lester, publié en 2003, poursuit le survol de l’histoire du Canada avec ses injustices, ses pratiques discriminatoires, ses propos racistes et haineux, ses encouragements à la violence et ses menées infâmes d’hommes politiques, de journalistes et d’intellectuels anglo-canadiens contre les Canadiens français, les Indiens, les Japonais et les Juifs. Divisé différemment des deux précédents ouvrages, il porte sur quatre grands thèmes : la discrimination dans le sport, l’actualité de la haine et du mépris, les insultes et les mensonges, et les menaces et les intimidations. Aussi fouillé, sinon plus, que les deux premiers livres, il jure également avec l’histoire officielle, consensuelle et souvent mielleuse, de nos livres d’histoires.
Extrait :
Il est plus facile pour le Post de concéder aux Autrichiens qu’aux québécois le droit de faire leurs choix démocratiques. Jusqu’à sa mort, un des chroniqueurs du journal, Mordecai Richler, a dénoncé avec une virulence extrême le racisme et l’antisémitisme du Québec français. Richler poursuivait souvent sa campagne de dénigrement dans les médias internationaux où il pouvait faire le plus de mal à la réputation du Québec. Au Canada anglais, le National Post était sa tribune de prédilection pour salir le Parti québécois, le gouvernement du Québec et les Québécois francophones en général. Lorsque, en 2000, après un congrès du Parti québécois, il fulmine contre le passé antisémite du Québec, William Tetley, un ancien ministre libéral anglophone, professeur à McGill, trouve qu’il est allé trop loin. Après avoir rappelé le système de quotas imposé aux Juifs dans plusieurs facultés de l’Université McGill, William Tetley lui demande : « Mais dites-moi, le Québec anglophone n’était-il pas autant, voire plus antisémite que le Québec francophone à cette époque ? » Tetley rappelle que pendant les années 20, 30 et 40, l’Université McGill possédait un système de quotas pour limiter le nombre d’étudiants juifs alors que « l’Université de Montréal accueillait les étudiants en droit strictement selon leur mérite ».Tetley donne l’exemple d’Alan Gold, qui devint juge en chef de la Cour supérieure du Québec.
La ruche
Camilo José Cela
Traduit de l’espagnol
Ce roman se déroule pendant quelques jours en 1942 à Madrid, tout juste au début de la période franquiste. Il a pour point de départ le café de la tenancière Doña Rosa et nous entraîne de personnages en personnages – on en compte plus de 300 – vers la vie quotidienne des gens du coin, avec leurs joies, leurs peines, leurs rêves et souvent un retour sur leur passé. On s’attache facilement à cette ruche si vivante, si pleine de vie.
Extrait :
Doña Rosa va et vient entre les tables du café tout en bousculant les clients avec son terrible derrière. Doña Rosa dit fréquemment « foutre » et « on est baisés. » Le monde, pour doña Rosa, c’est son café et, autour de son café il y a tout le reste. Il y en a qui disent que les petits yeux de doña Rosa brillent quand vient le printemps et que les filles commencent à sortir en manches courtes. Moi, je crois que tout ça, c’est des blagues : doña Rosa ne lâcherait un beau douro d’argent pour rien au monde. Avec ou sans printemps. Ce qu’elle aime, c’est trimballer ses kilos de graisse entre les tables. C’est tout. Elle fume du tabac à quatre-vingt-dix sous, quand elle est toute seule, et boit de l’anis, de bonnes rasades d’anis, du lever au coucher. Après quoi, elle tousse et sourit. Quand elle est dans ses bons jours, elle s’assied dans la cuisine, sur un tabouret, et lit des romans et de feuilletons. Plus il y a de sang, plus elle est contente : ça nourrit. Alors elle plaisante avec les gens et leur raconte le crime de la rue des Brodeurs ou de l’express d’Andalousie.
Dans quel camp êtes-vous ?
Pierre Dubuc
Je lis Pierre Dubuc dans L’aut’journal depuis le début des années 1990. C’est l’un des fins analystes de la politique québécoise, canadienne et même internationale. « Dans quel camp êtes-vous ? », écrit en réponse à de soi-disant exclus de l’indépendance, nous expose l’état des choses au Québec en matière d’immigration, de laïcité, de vivre ensemble et d’inclusion des Noirs, des autres minorités et des Premières Nations dans notre projet collectif. Il nous y décrit bien l’environnement idéologique et politique actuel, contraire à ce vivre ensemble, caractérisé d’une part par le multiculturalisme identitaire du Canada, et d’autre part par le retour du vieux conservatisme incarné en grande partie par Mathieu Bock-Côté. Un excellent petit essai pour redécouvrir d’importantes réalités de notre histoire récente et ancienne et mieux apprécier les forces en présence à l’échelle du Québec et du monde.
Extrait :
Nous avons cherché à élargir le débat en nommant clairement les enjeux et en mettant carrément ces « exclus de l’indépendance » devant un choix : Dans quel camp êtes-vous ? Dans le camp de la lutte d’émancipation nationale et sociale du Québec ou dans le camp de l’oppression et de l’exploitation, dans le camp du Canada « postnational », colonisateur et impérialiste ? Une fois ce choix effectué, nous pourrons, soit mettre fin aux échanges ou, dans le cas contraire, discuter, débattre, identifier les torts et les bons coups, discerner l’accessoire des principes fondamentaux, et remettre notre lutte en marche.
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