Les damnés de la terre
Frantz Fanon
Il y a longtemps que je voulais lire « Les damnés de la terre », cette analyse exhaustive du colonialisme, de l’aliénation et des guerres de libération à laquelle on fait souvent référence dans les luttes d’indépendance nationales. C’est un bouquin bien plus éclairant et percutant que je ne me l’étais vaguement imaginé. Quand il écrit les premières lignes de ce qui deviendra cette œuvre magistrale, en mai 1961, Fanon se sait déjà condamné par la leucémie. L’ouvrage sera publié de son vivant, quelques jours seulement avant sa mort en décembre de la même année.
Extrait :
Cela nous amène à envisager le rôle du parti politique dans un pays sous-développé. Nous avons vu dans les pages précédentes que très souvent des esprits simplistes, appartenant d’ailleurs à la bourgeoisie naissante, ne cessent de répéter que dans un pays sous-développé la direction des affaires par un pouvoir fort, voire une dictature, est une nécessité. Dans cette perspective on charge le parti d’une mission de surveillance des masses. Le parti double l’administration et la police et contrôle les masses non pour s’assurer de leur réelle participation aux affaires de la nation mais pour leur rappeler constamment que le pouvoir attend d’elles obéissance et discipline. Cette dictature qui se croit portée par l’histoire, qui s’estime indispensable aux lendemains de l’indépendance symbolise en réalité la décision de la caste bourgeoise de diriger le pays sous-développé d’abord avec le soutien du peuple, mais bientôt contre lui. La transformation progressive du parti en un service de renseignements est l’indice que le pouvoir se tient de plus en plus sur la défensive. La masse informe du peuple est perçue comme force aveugle que l’on doit constamment tenir en laisse soit par la mystification soit par la crainte que lui inspirent les forces de police. Le parti sert de baromètre, de service de renseignements. On transforme le militant en délateur. On lui confie des missions punitives sur les villages. Les embryons de partis d’opposition sont liquidés à coup de bâton et à coups de pierres. Les candidats de l’opposition voient leurs maisons incendiées. La police multiplie les provocations. Dans ces conditions, bien sûr, le parti est unique et 99,99 % des voix reviennent au candidat gouvernemental. Nous devons dire qu’en Afrique un certain nombre de gouvernements se comportent selon ce modèle. Tous les partis d’opposition, d’ailleurs généralement progressistes donc qui ouvraient pour une plus grande influence des masses dans la gestion des affaires publiques, qui souhaitaient une mise au pas de la bourgeoisie méprisante et mercantile ont été par la force des matraques et des prisons condamnés au silence puis à la clandestinité.
Les cahiers de Dachau
Collectif
Principalement traduit de l’allemand
Ce recueil de témoignages de rescapés et témoins du camp de concentration de Dachau, que j’ai grandement apprécié, m’a été offert par ma sœur Luce. Inauguré en mars 1933, Dachau fut le premier camp de concentration nazi à voir le jour. Les témoignages de prisonniers sont aussi révélateurs les uns que les autres : « Le 29 avril 1945 : la libération du camp de concentration de Dachau » par Barbara Distel ; « Entre la libération et le retour au pays » par Wolfgang Benz ; « Theresienstadt, Auschwitz, Varsovie, Dachau » par Max Mannheimer ; « Journal de camp » par Arthur Haulot ; « Le travail dans le système des camps de concentration » par Hermann Langbein ; « Une jeune Française dans la guerre » par Anise Postel-Vinay ; « A l’ombre des héros » par Barbara Distel ; « Les cultures de plantes médicinales dans les camps de concentration » par Robert Sigel ; « La station expérimentale de malaria dans le camp de concentration de Dachau » par Eugène Ost ; « Le docteur en médecine » par Sigmund Rascher et Wolfgang Benz ; « Le "Auffang-Lager" Breendonk » par Paul M.G. Lévy ; « Le Dachau français » par Werner Thalheim ; et « "L’acte de souvenir" dans la vie politique de tous les jours » de Rita Süssmuth.
Extrait :
J’aperçois Mme Tillion dans cette colonne de la mort, bien gardée par les SS et les policiers du camp. Elle me fait un joli signe de la main…
Les Souffrances du jeune Werther
Johann Wolfgang von Goethe
Traduit de l’allemand
Ce court roman publié en 1774, qui fit connaître Goethe partout en Europe, est reconnu comme l’un des romans fondateurs du romantisme en littérature. L’exaltation amoureuse de son jeune protagoniste marqua toute une génération de jeunes Allemands et son suicide à la suite d’amours déçus entraîna une vague de suicides similaires dans la population qui amena l’Église à demander l’interdiction du livre en Europe. On donnera plus de deux cents ans plus tard le nom d’« effet Werther » à ce phénomène d’entraînement qui pousse certaines personnes, à la suite d’un événement déclencheur, à commettre un acte qu’elles n’auraient sinon pas eu la volonté de commettre. Un roman qu’on se doit de lire.
Extrait :
C’est une chose résolue, Charlotte, je veux mourir, et je te l’écris sans aucune exaltation romanesque, de sang froid, le matin du jour où je te verrai pour la dernière fois. Quand tu liras ceci, ma chère, le tombeau couvrira déjà la dépouille glacée du malheureux qui ne sut pas trouver de repos et qui ne connaît pas de plaisir plus doux, pour les derniers moments de sa vie, que de s’entretenir avec toi. J’ai eu une nuit terrible, mais quelle nuit bienfaisante ! Elle a fixé, affermi ma résolution. Je veux mourir ! Quand je m’arrachai hier d’auprès de toi, dans l’atroce révolte de tous mes sens, quel serrement de cœur ! Comme ma vie, se consumant près de toi sans joie, sans espérance, me glaçait et me faisait horreur ! Je pus à peine arriver jusqu’à ma chambre. Je me jetai à genoux, tout hors de moi ; et ô Dieu ! tu m’accordas une dernière fois le soulagement des larmes les plus amères. Mille projets, mille idées se combattirent dans mon âme ; et enfin il n’y resta plus qu’une seule idée, bien arrêtée, bien inébranlable : je veux mourir ! Je me couchai, et ce matin dans tout le calme du réveil, je trouvai encore dans mon cœur cette résolution ferme et inébranlable : je veux mourir ! Ce n’est point désespoir, c’est la certitude que j’ai fini ma carrière, et que je me sacrifie pour toi. Oui Charlotte, pourquoi te le cacher ?
Paris brûle-t-il ?
Dominique Lapierre et Larry Collins
Le jeune protagoniste de l’excellent roman de Blaise Ndala, « Sans capote ni kalachnikov », faisant référence au film qui en a été tiré, m’a rappelé cet excellent documentaire sur la libération de Paris qu’est « Paris brûle-t-il ? ». L’ouvrage, publié en 1964, nous fait revivre la lutte du Paris occupé pour sa liberté à travers le récit des journées pendant lesquelles Paris échappa à la destruction à laquelle l’avait condamnée Hitler. On y retrouve les conflits politiques qui entourèrent sa libération et opposèrent publiquement Charles de Gaulle, ses alliés américains et ses compatriotes communistes...
Extrait :
La cloison de briques venait de tomber. Les uns après les autres, les hommes se glissèrent par la brèche, entrèrent jusqu’à la taille dans l’eau fétide et se mirent en marche. Charles Caillette portait sur son dos André Guérin, un ancien de Verdun. Quelques minutes plus tôt, dans le bureau du maire, la jambe de bois de Guérin avait été arrachée par un éclat d’obus. « Dieu merci, s’était exclamé Guérin, ils arrachent toujours la même ! »
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