Sœurs volées
Emmanuelle Walter
Lux Éditeur a récemment publié ce bouleversant récit paru une première fois en 2014. Depuis 1980, près de 1200 Amérindiennes canadiennes avaient alors été assassinées ou étaient portées disparues dans une indifférence quasi totale. (Ce chiffre scandaleux équivaudrait au Québec à 7 000 Québécoises et en France à 55 000 Françaises.) Cette enquête raconte aussi l’histoire de deux adolescentes disparues en septembre 2008 à Maniwaki, Maisy Odjick et Shannon Alexander. On se souviendra que les conservateurs en place à Ottawa refusaient à l’époque la tenue d’une enquête nationale sur le sujet. Il s’étaient aussi employés à plusieurs reprises à dénigrer le rapporteur officiel de l’ONU et l’ONU elle-même qui les presse d’enquêter sur les disparues.
Extrait :
La nuit est tombée sur le parc Nagishkodadiwin. Au micro, Bridget a demandé à Maisy et Shannon de rentrer à la maison. Les députés ont réclamé une enquête nationale sur les meurtres et disparitions de femmes autochtones - un serpent de mer, une revendication récurrente à laquelle le gouvernement Harper reste sourd. J’ai pris l’un des bus qui ramenaient les marcheurs tristes et silencieux sur le parking du Home Hardware.
Paradis sous terre
Alain Deneault et William Sacher
Ce livre demeure toujours grandement d’actualité tant le rôle du Canada n’a pas changé dans le domaine de l’industrie minière mondiale. Comme l’explique le résumé de cet essai décapant, le Canada est le refuge idéal de sociétés minières qui spéculent en Bourse et mènent à travers le monde des opérations controversées, voire criminelles. Elles y trouvent un système boursier-casino favorable à la spéculation, des exonérations dignes d’un paradis fiscal, des mesures législatives canalisant vers elles l’épargne des citoyens, une diplomatie de complaisance soutenant ses pires desseins, ainsi qu’un droit taillé sur mesure pour la couvrir à l’étranger, comme sur le front de la critique intérieure. Un livre qui nous aide, somme toute, à mieux comprendre le monde inégalitaire dans lequel nous vivons.
Extrait :
Comment en est-on arrivé là ? Un pays qui s’évertue à défendre sur la scène internationale les principes les plus vertueux qui soient, tellement qu’on a fini par le juger candide, se révèle aujourd’hui l’hôte de prédilection d’une industrie fort controversée, le secteur extractif mondial. Le Canada se présente à 75 % des sociétés minières du monde comme un pays les encadrant a minima . Ses politiques avantageuses ne font donc pas seulement la fortune des sociétés nationales, elles amènent les firmes d’autres pays du Nord à s’y enregistrer pour profiter des complaisances du régime. Ces dernières échafaudent ensuite depuis le Canada nombre de chantiers d’exploration et d’exploitation dont les torts relatifs seront occasionnés à d’autres. On ne compte plus les pays où se dressent des paysans outrés et des citoyens indignés par les projets insensés de sociétés minières canadiennes, cela au Sud comme en Europe de l’Est. Il n’est plus rare, dès lors, d’assister à des manifestations au centre desquelles des sigles canadiens se trouvent incendiés ou souillés. Le nombre de sociétés concernées par ces cas d’abus est large, les pays multiples, les allégations préoccupantes. Les autorités politiques canadiennes apportent néanmoins leur vigoureux concours à cette industrie et font d’elle leur secteur de prédilection dans la mondialisation économique.
Maria Chapdelaine
Louis Hémon
L’écrivain français Louis Hémon est mort à Chapleau en Ontario en 1913, à l’âge de 32 ans, frappé par une locomotive du Canadien National alors qu’il se dirigeait vers l’Ouest canadien dans l’intention d’y faire les moissons. Une épitaphe a été érigée à son intention dans le cimetière de la ville. « Maria Chapdelaine » est un beau roman, fort populaire, qui décrit la vie d’une famille qui s’établit sur une terre de colonisation au Lac-Saint-Jean. L’intrigue tourne autour de la jeune Maria Chapdelaine, âgée de 18 ans, et de ses trois prétendants : François Paradis, un bûcheron, Lorenzo Surprenant, un citadin des États-Unis, et Eutrope Gagnon, un colon comme son père. Ce roman servira plus tard de modèle pour inciter les colons canadiens-français à demeurer au pays ou encore à coloniser l’Abitibi.
Extrait :
Alors ils se mirent tous à parler une fois de plus de la saison qui s’ouvrait et des travaux qui allaient devenir possibles. Mai amenait une alternance de pluies chaudes et de beaux jours ensoleillés qui triomphait peu à peu du gel accumulé du long hiver. Les souches basses et les racines émergeaient, bien que l’ombre des sapins et des cyprès serrés protégeât la longue agonie des plaques de neige ; les chemins se transformaient en fondrières ; là où la mousse brune se montrait, elle était toute gonflée d’eau et pareille à une éponge. En d’autres pays c’était le renouveau, le travail ardent de la sève, la poussée des bourgeons et bientôt des feuilles, mais le sol canadien, si loin vers le nord, ne faisait que se débarrasser avec effort de son lourd manteau froid avant de songer à revivre.
Pour la révolution africaine
Frantz Fanon
« Pour la révolution africaine » regroupe les textes de Frantz Fanon publiés dans différents journaux depuis « Peau noire, masques blancs », en 1952, jusqu’à « Les damnés de la terre », en 1961. Fanon y décrit tour à tour la situation du colonisé, l’attitude de la gauche face à la guerre d’Algérie, les perspectives d’unification de la lutte de tous les colonisés et les conditions d’une alliance de l’ensemble du continent africain – d’où le choix du titre de ce recueil. On y réalise que Fanon gardait la certitude de la libération totale de l’Afrique. Aussi, son analyse et la clarté de sa vision nous aident encore aujourd’hui à comprendre la réalité africaine et les ressorts du colonialisme, puis du néocolonialisme. Il est important, je crois, de lire Fanon.
Extrait :
Le pétrole irakien a levé toutes les interdictions et actualisé les véritables problèmes. On a en mémoire les interventions violentes des forces armées américaines dans l’archipel des Antilles ou en Amérique latine, chaque fois que les dictatures appuyées par la politique américaine se sont trouvées en danger. Les Marines qui déferlent aujourd’hui sur Beyrouth sont les frères de ceux qui, épisodiquement, vont rétablir « l’ordre » en Haïti, à Costa-Rica, à Panama. C’est que les États-Unis estiment que les deux Amériques constituent un monde régi par la doctrine de Monroe, dont l’application est confiée aux forces américaines. L’article unique de cette doctrine stipule que l’Amérique appartient aux Américains, c’est-à-dire au Département d’État.
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