L’empire de la honte
Jean Ziegler
Le réputé sociologue altermondialiste Jean Ziegler nous a quitté mercredi dernier à l’âge de 92 ans. J’ai lu plusieurs de ses bouquins au cours des années, en commençant par « L’empire de la honte » publié en 2005. L’essai portait sur la dette et la faim, deux armes de « destruction massive », dont les maîtres de l’empire de la honte – vous aurez deviné de qui il s’agit – savent admirablement jouer. Par l’endettement, les États abdiquent leur souveraineté aux mains des grandes compagnies privées ; par la faim qui en découle, les peuples agonisent et renoncent à la liberté. Une lecture encore d’actualité, comme l’essentiel des nombreux bouquins que Ziegler aura écrits au cours de sa vie.
Extrait :
La faim est la principale cause de mort sur notre planète. Et cette faim est faite de main d’homme. Quiconque meurt de faim meurt assassiné. Et cet assassin a pour nom la dette.
Avez-vous peur du nucléaire ? - Vous devriez peut-être...
Julie Lemieux
Un très bon bouquin pour en apprendre davantage sur l’affreuse et désastreuse aventure nucléaire, civile et militaire, dans laquelle nous nous sommes lancés, ou plutôt dans laquelle on nous a lancé. L’industrie nucléaire civile est un monde tricoté serré où les experts ont l’habitude de discuter à huis clos. Leur compréhension du danger pour la santé du nucléaire et leur déni des risques d’accident sont aberrants. En plus de générer des déchets toxiques pour une durée difficile à imaginer, cette technologie connaît des ratés régulièrement, partout dans le monde. L’explosion de Tchernobyl a eu lieu il y a quarante ans. On en parle très peu, mais ses effets nocifs sur la santé et l’environnement sont loin d’être terminés. L’histoire post-Tchernobyl est truffée de magouilles et, contrairement à ce qu’on entend parfois, ce n’est pas uniquement parce que ça s’est passé en URSS. Même l’Organisation mondiale de la santé a été muselée dans cette affaire à cause d’une entente secrète méconnue qui la lie à l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Extrait :
Pour quelqu’un qui ne s’y connaît pas, une centrale qui produit de l’électricité à partir d’énergie fossile (charbon, mazout, gaz naturel) ne présente pas une grande différence par rapport à une centrale nucléaire. Certains prétendent même que le nucléaire est plus propre car il ne produit pas de gaz à effet de serre, un argument qui porte en cette époque de réchauffement climatique. Il ne faut cependant pas perdre de vue ce qui distingue fondamentalement le nucléaire de toutes les autres sources d’énergie. Un réacteur nucléaire produit une énergie extrêmement puissante, de nature physique. Le processus qui se déroule dans un réacteur nucléaire « n’a rien de commun avec une combustion, qui est en fait une réaction chimique entre un combustible et de l’oxygène. »
Le promeneur d’Alep
Niroz Malek
Traduit de l’arabe
Niroz Malek est Syrien, de parents kurdes. Il vit à Alep sous les bombes. « Le promeneur d’Alep » est un beau petit roman de 154 pages, divisé en 55 très courts chapitres, qui relate de façon anecdotique et poétique un peu sa propre vie comme écrivain ayant décidé de rester dans sa ville bombardée. C’est désolant, mais c’est beau à la fois ; c’est aussi très instructif sur ce qu’était alors la vie sous les bombardements.
Extrait :
Assis à ma table, j’ai entendu le bruit des balles folles provenant du barrage près de chez moi. Puis tous les autres barrages dispersés dans le quartier se sont mis à tirer de concert. J’ai lâché, inconsciemment, ce que j’avais en main — un stylo, car j’écrivais. Je me suis précipité vers le couloir pour me mettre à l’abri des balles perdues. Ensuite j’ai entendu le bruit des roquettes et d’autres d’armes dont je ne connais pas les noms.
Quand les cons sont braves
Martin Petit
Martin Petit a emprunté le titre de son livre à une chanson de Brassens. C’est quand les cons sont braves, chantait Brassens, qu’ils commettent les plus grosses bêtises. L’auteur nous raconte son parcours de quatorze ans dans l’armée canadienne. Avec beaucoup d’aplomb, il nous fait revivre l’histoire et les émotions d’un fantassin qui a servi sur de nombreux théâtres d’opération, dans le golfe Persique, en ex-Yougoslavie et en Somalie. Il nous rend sensible l’évolution d’un jeune homme qui s’est engagé par goût de l’aventure et pour voir du pays, comme le claironne la propagande, et qui se retrouve à devoir vivre avec le syndrome de stress post-traumatique. Martin Petit, on le comprend, est devenu pacifiste. S’il brise la loi du silence, c’est qu’il voudrait éviter à d’autres de connaître ces mêmes épreuves.
Extrait :
En dépit du titre de cet ouvrage, ne confondez jamais bravoure et inconscience. Brave est l’homme qui se lève tous les matins pour aller travailler afin de mettre du pain sur la table des siens. Inconscient est le petit mec, attiré par les primes, qui franchit l’océan une arme en main. J’espère que le partage de mes erreurs saura faire réfléchir la jeunesse souvent mal informée de ce qu’est le métier des armes. Je préfère écrire ces lignes n’étant encore qu’un con relativement jeune que de les consigner plus tard, une fois devenu un vieux tout aussi con, mais nostalgique et qui se dit que ses années de sévices, c’était le bon temps, et que les cons sont braves.
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