Édition du 27 septembre 2022

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LGBT

Les organismes contre le VIH : Période de tourmentes et d’inquiétudes

Mi-octobre, pour beaucoup d’organismes canadiens de lutte contre le VIH, c’est la douche froide. L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) coupe drastiquement dans le financement de certains organismes. Bien qu’en novembre dernier, la ministre de la Santé fédérale, Jane Philpott, ait déclaré qu’il y aurait un plan d’accompagnement pour les organismes touchés par les coupures, l’inquiétude demeure. Vers qui devront se tourner les organismes pour continuer leur travail ? Le provincial, comme le souhaite le fédéral ? Le privé ?

tire de : FUGUES INFOLETTRE | #577 | 15 décembre 2016 photo : Gary Lacasse

L’annonce de coupures met en danger la survie d’un certain nombre d’organismes de lutte contre le sida. En fait, tous ceux qui viennent en aide ou qui travaillent avec des personnes séropositives. Le fédéral a choisi de favoriser des programmes de prévention destinés à la population des séronégatifs soulevant l’incompréhension des organismes communautaires concernés. D’autant que ce choix ne relève pas d’une consultation auprès des principaux concernés, mais d’une décision politique unilatérale. Pour Gary Lacasse, directeur de la Société canadienne du sida, cette décision « va à l’encontre des directives de l’Onusida dont l’objectif, pour 2020, est que 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, que 90 % des personnes infectées reçoivent un traitement, et que 90 % des personnes recevant un traitement antirétroviral ait une charge virale indétectable. Le choix de l’ASPC de couper le financement de certains organismes contrevient à cet objectif à atteindre bien que le gouvernement fédéral ait donné son accord pour cet objectif », d’expliquer Gary Lacasse. Pour le directeur, la minis-tre de la Santé ne connaît pas bien ou peu les différentes stratégies mises en place par les organismes communautaires pour lutter contre le sida. « Ce qui est étonnant, c’est la contradiction entre le discours tenu par le Premier ministre qui ne cesse de rappeler qu’il veut travailler en collaboration avec tous les acteurs sur le terrain et de voir une décision prise par une de ses ministres sans qu’il n’y ait eu aucune consultation avec les orga-nismes de lutte contre le sida, ni même avec leurs repré-sentants. Le résultat peut s’avérer catastrophique, et puis comme toujours, ce sont les plus concernées, les personnes séropositives ayant besoin d’aide et de soutien qui risquent d’en souffrir ».

Devant la levée de boucliers des principaux intéressés, la ministre de la Santé, a déclaré mi-novembre dans une lettre qu’elle prenait note que la survie de certains organismes était menacée et qu’elle demanderait au Fonds d’initiatives communautaires (FIC) en matière de VIH et d’hépatite C, de leur accor-der un financement transitoire jusqu’en mars 2018. Un pas dans la bonne direction selon le directeur de la SCS mais qui ne lève pas toutes les inquiétudes. « Si la ministre maintient de ne financer après mars 2018 que les organismes qui ne font la prévention que pour les personnes séronégatives, est-ce qu’un an sera suffisant pour que les organismes qui travaillent directement avec les personnes séropositives aient le temps de chercher d’autres sources de financement, de frapper à d’autres portes ? Peut-être que le fédéral souhaite que les provinces prennent la relève, mais rien n’est moins sûr, d’autant que les négociations entre les ministres de la santé des provinces et des territoires et Ottawa risquent d’être longues et houleuses ».

Certains organismes risquent d’être pris en otage et de voir leurs activités menacées à plus ou longues échéances, même si un sursis vient de leur être accordé, le temps pour eux de se retourner. « On ne peut en même temps cibler le fameux 90-90-90 fixé par l’Onusida et ne pas se donner les moyens de l’atteindre, constate Gary Lacasse, et nous souhaitons que la ministre et le FIC consultent le milieu avant de prendre des décisions, aient une meilleure analyse de ce qui se fait sur le terrain ».

Les organismes qui se voient aujourd’hui partiellement ou totalement amputés de leur budget, seront rencontrés individuellement par l’ASPC, et pourront être aidés durant cette période transitoire, mais pour beaucoup, cela ne constitue en aucun cas une véritable politique nationale cohérente pour éradiquer le virus au Canada

SOCIÉTÉ CANADIENNE DU SIDA www.cdnaids.ca/fr.

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