Édition du 22 octobre 2019

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Mouvement syndical

Près de trois mois de lockout chez Acier Leroux à Boucherville

Les travailleurs défendent la dignité du travail

- Entrevue avec Lucien Dallaire, président du Syndicat des travailleurs d’Acier Leroux -

Cela fait maintenant près de trois mois, soit depuis le 10 septembre, que les quelque 95 travailleurs d’Acier Leroux à Boucherville, une division du gros distributeur d’acier Métaux Russell, ont été mis en lockout par l’entreprise. Ils se battent à la fois contre le refus de négocier et les méthodes provocatrices de la compagnie visant à démanteler leur convention collective et contre un appareillage légal qui à toutes fins pratiques déclare illégale leur lutte à la défense de leur syndicat et contre l’abaissement de leurs conditions de travail. LML appuie fermement la lutte des travailleurs d’Acier Leroux et publie ci-dessous une entrevue faite récemment avec Lucien Dallaire, président du Syndicat des travailleurs d’Acier Leroux.

(tiré du journal Le Marxiste-léniniste, 29 novembre 2012)

LML : Il y a maintenant près de trois mois que les travailleurs d’Acier Leroux à Boucherville sont en lockout. Peux-tu nous rappeler brièvement quelles demandes la direction essaie d’imposer par son lockout ?

Lucien Dallaire : La représentante d’Acier Leroux nous a dit ouvertement qu’elle veut démolir la convention collective. Elle nous a dit que la convention est trop grasse et qu’elle veut la « dégraisser ». C’est de là qu’est parti le lockout. Pour nous, pas question de laisser aller la convention.

Nous n’avons que quatre jours de congé et la compagnie veut nous en enlever deux. Toutes les heures de libération syndicale sont remises en question. Si on veut faire de l’activité syndicale la compagnie demande qu’on la fasse en dehors des heures de travail, la fin de semaine. Autrement dit elle veut défaire le syndicat.

Il y a aussi la question des assurances. Celles-ci nous coûtent cher. Les travailleurs et l’entreprise y mettent le même montant, tant par semaine. Quand les travailleurs se blessent à l’ouvrage, la compagnie conteste systématiquement l’accident de travail. Le travailleur n’est plus payé alors il s’en va sur les assurances et leur coût remonte. La compagnie veut avoir sa propre assurance à elle au lieu d’utiliser la compagnie d’assurance avec laquelle nous faisons affaire en ce moment. Nous on veut que la compagnie écrive dans la convention collective qu’une fois celle-ci signée, Acier Leroux ne changera pas ce qui est couvert par elle, que la couverture va rester la même mais l’employeur ne veut rien signer.

LML : La question de la sous-traitance et son lien avec l’utilisation de scabs est aussi revenue au premier plan.

LD : Oui la sous-traitance est une des plus grosses questions dans le conflit. Acier Leroux essentiellement veut avoir le champ libre d’utiliser la sous-traitance à sa guise. La compagnie est furieuse contre nous parce que nous ne voulons pas laisser aller la question de la sous-traitance. Déjà ils utilisent les camions de la compagnie pour donner du travail de chauffeurs à des sous-traitants au lieu de le donner à nos chauffeurs. Bien sûr les camionneurs sous-traitants ont des conditions de travail bien inférieures aux nôtres.

Il y a une autre question là-dessus c’est que si on laisse aller la sous-traitance, quand nous tomberons en grève ou en lockout la prochaine fois, la compagnie s’en servira pour faire fonctionner la place. Elle aura le droit automatiquement de faire travailler les sous-traitants. Nous n’aurons pas le droit de rien faire légalement contre ça.

Acier Leroux le fait déjà même si elle n’a pas le droit de le faire selon la loi. En temps normal il y a à peu près une vingtaine d’employés dans le bureau. La dernière fois que nous avons compté il y avait 42 voitures dans le stationnement et deux à trois personnes par voiture. On a pris des photos d’au moins deux personnes que nous n’avons jamais vues auparavant qui se rendaient travailler avec leurs bottes de sécurité. Il y a des dessinateurs qui font notre travail en dedans .Il y a des voyages d’acier qui se font avec des contracteurs.

On a fait des représentations là-dessus, aujourd’hui mardi on est en cour aux normes du travail. La loi antiscab ne nous aide pas du tout. En fait elle nous nuit. Lorsqu’on appelle les enquêteurs du Ministère du Travail pour venir enquêter, la compagnie est informée d’avance ce qui lui permet de faire sortir les scabs. Une fois l’enquêteur n’était pas capable de se rendre alors il a appelé la compagnie pour savoir si c’est vrai qu’il y avait des scabs à l’intérieur. Le patron leur a répondu qu’il va faire son enquête et le rappeler s’il trouve quelque chose. Si j’étais le patron moi aussi je dirais que tout va bien. Malgré cela ça fait deux fois que des scabs sont pris en flagrant délit.

En même temps on a une injonction sur le dos qui limite le piquetage à 10 travailleurs devant l’entrée. La compagnie l’a obtenue dès les premiers jours du lockout. Elle voulait que le nombre de piqueteurs soit limité à 5 mais nous avons obtenu que le nombre soit porté à 10. On n’a pas le droit de crier ou de souffler dans une flûte parce que la police arrive tout de suite. Pendant ce temps on voit les contracteurs nous passer au nez en se promenant avec nos camions.

LML : Comment agissez-vous dans les conditions ?

LD : On reste discipliné. On ne veut pas répondre juste par frustration. On fait notre piquetage, on passe des pamphlets. La rue où on est est passante, ce sont surtout des camions qui passent, des camionneurs qui travaillent pour Provigo ou pour Sobey`s. Ils viennent nous voir, ils nous apportent de la nourriture, ils sont passés par là eux autres aussi.

Récemment nous avons envoyé une délégation au Conseil fédéral de la Fédération de l’industrie manufacturière de la CSN dont nous faisons partie. J’ai parlé en avant aux délégués et je leur ai expliqué notre situation. La CSN nous a donné un appui financier qui a été très apprécié. On a rencontré les travailleurs en grève de l’usine de produits chimiques pour le bâtiment Mapei de Laval . Ils m’ont expliqué les méthodes que la compagnie utilise pour casser le syndicat, je me suis pensé chez Acier Leroux. On est allés manifester en appui aux travailleurs en grève de Bombardier à Saint-Bruno de Montarville.

Nous ne sommes pas une grosse place et les journaux ne s’intéressent pas à nous. Nous les avons appelés à plusieurs reprises, le Journal de Montréal, le Journal de Québec ils ne sont jamais venus nous voir.

Malgré tout, on ne lâche pas. Pas question disent les membres de retourner 25 ans en arrière. Faut se tenir ont dit les membres. En 25 ans on n’a jamais sorti en grève ni en lockout .La semaine dernière on a tenu une assemblée générale et je leur ai demandé s’ils voulaient continuer après près de 3 mois de lockout. Les travailleurs ont insisté pour voter à main levée et le vote a été unanime, à 100 %, on continue. On ne demande presque rien. On voulait juste une augmentation de salaire qui suive le côut de la vie. Pour le reste on était prêt à prolonger la convention collective telle qu’elle est. Mais la compagnie nous a dit qu’elle va dégraisser la convention. Acier Leroux l’année dernière a fait 4 fois son chiffre d’affaires de l’année précédente. Ils n’en ont jamais assez. On tient le coup.

À notre avis s’ils essaient tant de nous casser à Boucherville c’est que nous sommes plus nombreux ici que dans les autres centres d’Acier Leroux comme à Rimouski et à Chicoutimi. Ils veulent nous briser et faire la même chose dans les plus petites places par après.

lml 29 novembre

LML

Le marxiste-léniniste

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