Édition du 22 juin 2021

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Environnement

Mémoire présenté au Bureau d’enquête et d’audience publique - Projet Oléoduc Énergie-Est

Par le Comité de coordination de Québec solidaire Montmorency – sans présentation devant la commission – 20 avril 2016

Après moi le déluge !
Louis XV

Réchauffement climatique

Dans une perspective scientifique, la cause est entendue. Si l’humanité ne parvient pas à freiner rapidement la hausse des émissions de gaz à effet de serre, puis à les réduire de façon draconienne, le réchauffement climatique qui s’accélère détruira l’humanité telle que nous la connaissons aujourd’hui.

L’accumulation des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère amplifiant l’effet de serre provoque des perturbations dont les conséquences destructrices sont observables et mesurées :

- · Accroissement des phénomènes météorologiques extrêmes.

- · Hausse du niveau des océans, inondation côtière.

- · Épisodes caniculaires prolongés entrainant des pénuries alimentaires, le manque d’eau et la désertification.

- · Diminution de la biodiversité, entre autres par l’acidification des océans, qui présage une nouvelle ère d’extinction.

- · Expansion géographique des maladies vectorielles.

La dévastation des écosystèmes, la perte d’habitat, le rehaussement de l’insécurité alimentaire, la morbidité et la mortalité accrue au sein des populations vivant en zones particulièrement sensibles ce qui attisent les conflits, provoquent d’importantes vagues d’exode entrainant des crises migratoires à travers le monde n’est pas un scénario chimérique mais une réalité avérée [1]

Les rapports scientifiques le répètent ad nauseam : par sa dépendance aux énergies fossiles, l’homme menace l’homme et compromet la vie sur la planète.

Le réchauffement climatique n’est donc pas un risque – probabilité qu’un évènement se produise par la gravité des conséquences – mais un fait scientifiquement vérifié dont l’ampleur des conséquences ne peut que s’intensifier si, entres autres, nous ne freinons pas immédiatement la croissance de l’industrie des gaz et des hydrocarbures et n’activons pas rapidement un plan de transition vers des énergies vertes et renouvelables.

Oléoduc Énergie-Est

L’oléoduc Énergie-Est avec un débit de 1,1 millions de barils par jour est une infrastructure économique dont la mise en place a pour but la croissance et la pérennisation de l’industrie des hydrocarbures à base de sables bitumineux.

Une menace pour l’environnement

L’oléoduc Énergie-Est fera peser sur l’environnement et l’habitat qu’il traverse d’important risques par bris et déversement d’autant que le dilbit [2] qu’il transportera est toxique (il peut contenir du benzène, un cancérigène) et difficilement récupérable, d’autant que la technologie n’est pas infaillible rendant un déversement majeur prévisible.

Au Québec, c’est 830 cours d’eau, dont le fleuve St-Laurent, qui seront menacés de déversement mettant en péril nombre de sources d’approvisionnement en eau potable.

Encore plus de GES

L’Institut Pembina [3] a évalué que l’oléoduc stimulerait la transformation de pétrole à partir des sables bitumineux à hauteur de 270 000 000 de barils par an, générant jusqu’à 32 millions de tonnes de GES, soit l’équivalent des émissions de GES produites par sept millions de véhicules routiers. Ces émissions en amont, excluant la combustion à l’usage, s’ajouteraient à l’inventaire total canadien qui est en croissance, année après année de 2009 à 2014.
 [4]

Selon l’Agence de protection de l’environnement (EPA) américaine, les émissions provenant de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux sont « significativement plus élevées » que celles du pétrole traditionnel. De son exploitation à sa combustion, le pétrole des sables bitumineux émet 17 % plus de GES que le pétrole conventionnel.

Favoriser l’exploitation des sables bitumineux en facilitant sa mise en marché entrainera une hausse « significative » des émissions de gaz à effet de serre produites par ce secteur. [5]

Le coke de pétrole

Le raffinage des sables bitumineux, outre les produits de consommation usuels du pétrole, entraine la production de sous-produits dont le « petcoke » ou coke de pétrole. Essentiellement composé de carbone, le coke de pétrole peut aussi contenir du souffre et des métaux. En 2012, près de la moitié des raffineries américaines étaient en mesure de transformer les sables bitumineux. Cinquante-six millions de tonnes métriques de coke de pétrole furent produites cette année-là. [6]

En tant que combustible, le coke de pétrole dégage une intensité carbonique beaucoup plus élevée que le charbon. Pour s’en débarrasser, les raffineries le revendent à vil prix principalement aux cimenteries et aux centrales électriques. Cela étant, le petcoke émet de 5 à 10% plus de CO2 que le charbon. Ainsi, une tonne de coke de pétrole serait responsable de l’émission de 54% plus de CO2 qu’une tonne de charbon. La combustion du petcoke émet également du SO2. Un gaz polluant qui contribue à la formation du smog et des pluies acides. [7]

Enfin, lors de son entreposage, il présente un risque pour la santé dû à la volatilité de particules fines.

L’expansion de l’exploitation des sables bitumineux aura donc pour effet d’augmenter le volume de coke de pétrole produit que ce soit au Canada ou ailleurs dans le monde. Produisant à la combustion plus de chaleur que le charbon et vendu moins cher que le charbon, les raffineries n’ont pas de peine à l’écouler.

Objectifs de réduction des GES

La figure 1 est particulièrement révélatrice des efforts qui doivent être déployés au Canada pour atteindre les cibles de réduction. Un réalignement urgent et massif des investissements publics et privés vers les énergies vertes est impératif. Tout investissement en appui à l’industrie des hydrocarbures, particulièrement celle des sables bitumineux, serait une perte nette pour la nécessaire mise en œuvre d’un plan de transition.

Dans le cas de l’oléoduc Énergie-Est, dont les produits transités sont en grande partie destinés à l’exportation, les activités de raffinage se réalisant à l’extérieur du pays, les émissions de GES inhérentes aux sables bitumineux ne seront pas comptabilisées au Canada. Une façon de se mettre la tête dans le sable … bitumineux.

Un geste de rupture

Considérant que le pétrole produit à partir des sables bitumineux émet plus de GES que le pétrole conventionnel et que, dans le contexte climatique, il ne peut être considéré comme une énergie de substitution au pétrole conventionnel, il faut que cesse l’exploitation des sables bitumineux.

La volonté de poursuivre l’exploitation du pétrole bitumineux est en contradiction avec les engagements pris pour limiter la hausse de la température.

Nous ne voyons aucune justification pour la mise en œuvre de l’oléoduc Énergie-Est qui favorisera l’expansion de la production des sables bitumineux et l’augmentation mondial des GES tout en mettant en péril notre eau potable, nos cours d’eau, notre fleuve.

Comme un signal clair, un geste de rupture est nécessaire. Non à l’oléoduc Énergie-Est !

Le comité de coordination de Québec solidaire Montmorency.

Marc Fiset,
Caroline Gravel,
Danielle Lambert,
Rafael Morales,
Natalie Roy


[2- Le bitume est trop visqueux pour pouvoir être pompé dans un oléoduc. Il est donc soit mélangé à des composants légers, pour produire du dilbit (bitume dilué), soit envoyé dans une pré-raffinerie pour être transformé en pétrole brut de synthèse — synthetic crude oil (SCO). En 2011, l’Alberta traitait 57 % de sa production en SCO. Comme les projets de nouvelles pré-raffineries ont été abandonnés, le pourcentage du SCO devrait baisser.

[6A. Andrews, R. K. Lattanzio, Petroleum Coke : Industry and Environmental Issues, Congressional Research service, Octobre 29, 2013.

[7P. Bonin, Petcoke : véritable poison issu des sables bitumineux, blogue par Patrick Bonin, 29 mai, 2013

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