Édition du 24 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

NPD, sans illusion

Pas de coalition avec le Parti libéral

Cet article qui représente le point de vue de la Ligue pour l’action socialiste sur les élections fédérales. Il est suivi de la pétition du Caucus socialiste du NPD

Aux prochaines élections fédérales, le Nouveau Parti démocratique (NPD) va recevoir le soutien de la majorité des travailleuses/eurs québécoises/ois et des jeunes, en une répétition du tsunami orange de 2011.

Au Québec, une section de la Gauche refusent de proposer de voter NPD en affirmant que ce parti n’est pas socialiste et / ou qu’il ne supporte pas l’indépendance du Québec. Cette appréciation sur le NPD, bien qu’elle ne soit pas fausse, ne tient pas compte de l’enjeu principal de ces élections.
Voter NPD constitue, pour les travailleuses/eurs et les jeunes du Québec, une plus grande possibilité de vaincre Harper et de faire avancer un programme social progressiste, en alliance avec le mouvement ouvrier et syndical du Canada anglophone. Ce calcul n’a pas sacrifié la lutte pour l’indépendance du Québec, mais il l’a seulement mise de côté temporairement, et il n’a rien d’étonnant en raison de la crise de leadership qui frappe le camp souverainiste.

La vague orange au Québec constitue une sorte de tactique du beau risque qui vient de la Gauche et d’en bas, contrairement à l’entente réactionnaire établie en coulisse dans les années 1980 entre le Parti québécois de René Lévesque et le Parti conservateur de Brian Mulroney.

Mais le NPD n’est-il pas rien d’autre qu’un autre parti capitaliste ? Nous croyons que non.

Le NPD s’est développé au sein du mouvement ouvrier du Canada anglophone et maintient des liens avec les syndicats. En raison de ses origines et de sa base sociale, le NPD est différent des partis jumeaux de Bay Street, le Parti libéral et le Parti conservateur. Son leadership n’a jamais été socialiste, même s’il a initié certaines réformes telles que l’assurance-maladie. Comme la bureaucratie syndicale, les direction du NPD a, dans sa majorité, capitulé devant les attaques néo-libérales d’il y a 25 ans.

Malgré ces faits, une victoire du NPD permettrait une plus grande expression des idées de Gauche. Le NPD pourrait restaurer le service de livraison à domicile du courrier, mettre fin au musellement des scientifiques à l’emploi des ministères fédéraux, éliminer certains des plus importants allégements fiscaux accordés aux riches, lever le voile sur les assassinats et les disparitions de milliers de femmes autochtones, augmenter le salaire minimum et créer peut-être des garderies de qualité et publiques pour jusqu’à un million d’enfants.

 Une victoire du NPD permettrait à celles et ceux qui luttent pour un régime national d’assurance-médicaments (« Pharmacare ») et pour le nationalisation des grandes entreprises pétrolières et gazières de faciliter un changement majeur vers l’adoption de systèmes d’énergie verte, de se faire entendre davantage. Celles et ceux qui sont en faveur d’une taxation fiscale des grandes entreprises et des riches qui augmente fortement en fonction des revenus afin de réduire les inégalités flagrantes et de répondre aux besoins des personnes, qui veulent établir une politique étrangère basée sur la solidarité avec les opprimés et qui s’opposent fermement à la guerre et à l’impérialisme, qui exigent que l’État cesse d’espionner tout le monde, qui veulent la fin de la répression exercée contre les défenseurs de la justice sociale, sentiront qu’elles/ils ont le vent dans les voiles.

Il est cependant évident que les hauts dirigeants néodémocrates, qui essaient actuellement de se gagner la confiance de l’élite du monde des affaires canadien, s’opposeront aux actions de la base lorsque celle-ci exigera du NPD qu’il tienne ses engagements progressistes. Ils joueront dur avec des syndicats qui lutteront contre les mesures d’austérité. Ils désavoueront les mouvements de contestation sociale.
Ils s’engagent à défendre un capitalisme à visage humain. Il est difficile d’imaginer une contradiction de termes plus flagrante. L’économie mondiale est actuellement en période de récession et l’on assiste à des vagues de réfugiés désespérés qui fuient les ravages des interventions impérialistes et des désastres environnementaux et sociaux résultant du système impitoyable de profit privé.

Si la trahison de Syriza, parti soi-disant radical de Gauche de Grèce, était prévisible, on peut prédire le virage du régime que pourrait former le NPD à Ottawa. En outre, une coalition du NPD avec le Parti libéral, ou avec le Parti vert, ne fournirait au NPD que plus d’excuses pour abandonner une plateforme progressiste, et, a fortiori, pour exclure un programme en faveur des travailleuses/eurs. Ainsi, l’idée même d’une alliance entre le NPD et tout parti capitaliste devrait être rejetée par principe.

Le bien-fondé de la lutte pour l’élection d’un gouvernement néo-démocrate n’est pas amoindri par les positions pro capitalistes des dirigeants, car les perspectives d’une société socialiste dépendent de la lutte des classes et non pas des piètres horizons politiques et des ambitions professionnelles étroites des responsables du parti.

Pour faire progresser les intérêts de la majorité de la population, les partisans de la classe ouvrière devraient s’organiser pour se battre pour l’obtention de mesures socialistes. Cet effort doit s’effectuer à l’intérieur et à l’extérieur du parti et des syndicats.

Une victoire du NPD permettrait d’accroître le niveau de confiance des travailleuses/eurs pour faire valoir leurs revendications. Elle modifierait les rapports de force entre les classe en présence au détriment du capital et à l’avantage de la majorité populaire.

Durant les semaines restantes de la campagne, les socialistes doivent profiter de l’occasion pour inciter leur entourage à voter pour les candidats locaux du NPD, à recueillir des signatures pour la pétition distribuée par le caucus socialiste du NPD (texte ci-dessous) et inviter à voter NPD… sans illusions.
Robbie Mahood, Ligue pour l’action socialiste

Courriel : rmahoo3@gmail.com



Pétition du Caucus socialiste du NPD

À Tom Mulcair, chef fédéral du Nouveau Parti démocratique

Nous, les soussignés, félicitons le chef du NPD fédéral, Tom Mulcair, de prôner un système national de garderies, un salaire minimum à 15,00$/h et de s’opposer au répressif Projet de loi C-51 ainsi qu’aux bombardements en Irak et en Syrie.

De plus, nous demandons à Tom Mulcair de promouvoir prioritairement les quatre politiques suivantes en tant que partie de la plate-forme électorale du NPD :

« Pharmacare »  : Un plan national d’assurance médicaments permettrait aux Canadiennes/iens d’économiser 7 milliards de dollars. Sa mise en place est urgente pour améliorer la santé publique, surtout celle des personnes âgées et des plus démunis.

Les oléoducs : La chute importante du prix du pétrole représente une occasion en or de s’opposer à la construction d’oléoducs et de se tourner vers des types d’énergie plus verts (énergies éolienne, hydraulique, solaire, géothermique et de biomasse). Pour subventionner ce gigantesque virage énergétique, il faudra puiser dans les énormes richesses accumulées par les corporations en nationalisant le grand secteur du pétrole et du gas et en le plaçant sous le contrôle démocratique des travailleuses/eurs et de la communauté, tout en respectant les droits des peuples autochtones.

Taxation progressive  : Les coûts d’un système de garderie à 15,00$ par jour ainsi que d’autres dépenses sociales vitales seront élevés. Le NPD fédéral devrait insister non seulement sur la suppression de toutes les échappatoires fiscales, mais aussi sur une taxation conséquente des grosses entreprises, des banques et des personnes richissimes tout en éliminant la très régressive TVH.

Palestine : Plus de 2 000 résidentes/ents de Gaza, dont 500 enfants, ont été massacrés par les forces israéliennes l’été dernier. Benjamin Netanyahu et sa coalition raciste, le « Likhud », ont été réélus après avoir promis qu’il n’y aurait jamais d’État palestinien. La solution de deux États est morte. La seule solution est celle d’un seul État, palestinien, démocratique et séculaire. Nous demandons à Tom Mulcair de soutenir les revendications des syndicats palestiniens, de la société civile et des syndicats de tout le Canada et du monde entier pour une campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre l’État sioniste, jusqu’à ce que cessent ses pratiques d’Apartheid.

 Pour signer et/ou télécharger cette pétition rendez-vous sur le site à : www.ndpsocialists.ca

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