Édition du 3 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Ne pleurons pas, organisons la résistance au populisme !

Trump, Bolsonaro, Erdogan, Poutine - le populisme de droite et d’extrême droite menace les droits des femmes.

La nouvelle percée du Vlaams Belang est un fait. Avec 18% des voix en Flandre, le VB est le deuxième plus grand parti après la N-VA, dont il a repris un grand nombre de voix. Dries Van Langenhove de « Schild en Vrienden » sera bientôt membre du Parlement fédéral.

tiré de Entre les lignes et les mots 2019 - 37 - 14 septembre : Notes de lecture, textes, vidéo, appel, lien et annonces
https://fr.campagnerosa.be/articles/11688-ne-pleurez-pas-organisez-la-resistance

Note PTAG
L’article a été écrit par des militantes belges et le début du texte fait référence à la situation politique belge.

Les antiracistes devront s’organiser pour contrer les conséquences attendues de cette montée en puissance, qui donnera certainement un nouvel élan à la confiance des groupes réactionnaires du Vlaams Belang et de « Schild en Vrienden ». Mais il n’y a pas que les migrants et les jeunes de gauche qui doivent se préparer à cette nouvelle bataille. L’anti-féminisme fait partie intégrante de l’extrême droite et de la droite populiste, tout comme c’était le cas pour le fascisme de Mussolini et d’Hitler.

Alt-right, « Schield en Vrienden », … – De vieilles idées dans un nouvel emballage

Le désormais tristement célèbre reportage de Pano sur « Schield en Vrienden » (septembre 2018) a effrayé beaucoup de jeunes : l’existence même de telles idées avait longtemps été voilée par la transition de l’intérêt électoral du Vlaams Belang vers la N-VA. Alors qu’au cours de sa période de gloire précédente, le Vlaams Belang s’était principalement concentré sur le racisme, suivant le profil du FN français alors encore dirigé par Jean-Marie Le Pen, il est devenu évident dans le reportage sur « Schield en Vrienden » que l’anti-féminisme était un élément important de leurs idées. Leur sexisme brutal est enrobé d’ »humour » mais l’extrême droite ne peut cacher le fait qu’elle ne donne aux femmes qu’un très petit rôle dans la société, c’est-à-dire le « rôle classique » : « mère et/ou pute ».

Cela montre principalement une différence de période. Dans les années 1990, le mouvement des femmes était dans une forme de marasme dominé par le post-féminisme, qui avait affecté toutes les organisations de femmes. Aujourd’hui les jeunes successeurs de Filip Dewinter et co sont confrontés à une nouvelle vague de féminisme. Comme dans d’autres pays (par exemple les États-Unis, le Brésil ou la Pologne), l’anti-féminisme joue un rôle plus important dans le mouvement populiste et d’extrême droite. Les droits des femmes sont redevenus un élément important de la polarisation mondiale entre la gauche et la droite.

Dans les pays où des populistes de droite comme Trump et Bolsonaro – ou Orban, Poutine et Erdogan – sont arrivés au pouvoir, les droits essentiels des femmes sont à nouveau remis en question. Le droit et l’accès à l’avortement est de plus en plus restreint. Mais toutes sortes de dispositions juridiques obtenues dans le passé par les mouvements, telles que la reconnaissance de la violence conjugale et du viol dans le mariage, comme des crimes, sont également soumises à de fortes pressions. Cela montre les dangers de ces développements pour les femmes mais aussi la nécessité de s’organiser pour lutter. Et ces luttes ne sont certainement pas perdues d’avance.

Ne sous-estimons pas la montée de la nouvelle droite – mais nous pouvons gagner !

Récemment, en Pologne et en Espagne, les gouvernements de droite ont tenté de saper davantage le droit à l’avortement. Mais une résistance massive les a repoussés. De nouvelles tentatives vont certainement voir le jour, et seule des mobilisations importantes pourraient les obliger à reculer. Cela montre ce que nous dénonçons depuis notre création : dans un système capitaliste, les droits des femmes ne sont JAMAIS définitivement acquis. Lorsque les luttes seront terminées et qu’il conviendra aux figures populistes de droite de détourner l’attention de leurs politiques antisociales qui touchent la grande majorité de la population active, les droits des femmes redeviendront la cible, tout comme les droits des migrants et des réfugiés, des communautés LBTQI+, des minorités nationales et religieuses, etc.

Une leçon importante à tirer de l’Histoire est qu’il est important de connaître nos véritables alliés. Ce ne sont pas les femmes politiques des partis bourgeois, qui défendent une forme de féminisme dans les mots, mais qui dans leurs actions, limitent davantage les possibilités d’émancipation pour de larges couches de femmes. Comment ? En promouvant des emplois à bas salaires qui permettent à peine de vivre de manière indépendante, certainement si ce salaire est nécessaire pour payer l’éducation des enfants, la réduction des prestations sociales, et que, de plus, le coût du logement et des services essentiels augmentent de plus en plus, également à cause des politiques menées par ces mêmes partis bourgeois.

La célèbre déclaration de Malcolm X, « il ne peut y avoir de capitalisme sans racisme » s’applique aussi bien au sexisme et à l’oppression des femmes qu’à l’oppression nationale. Dans le système capitaliste, une très petite minorité improductive détermine ce qui est produit, comment cela est produit et qui y a accès. Cette minorité ne cherche pas à savoir comment construire la société dans son ensemble mais seulement comment elle peut augmenter ses propres profits et son capital.

Dans ce système, la croissance économique peut – et souvent doit – s’accompagner d’une baisse réelle du niveau de vie de la majorité de la population. Si l’on regarde l’histoire des 100 dernières années, c’est la règle ! Alors que la période d’après-guerre – avec une croissance économique et du niveau de vie général dans le monde occidental – est l’exception. Et même à l’époque, cela n’a été possible que grâce aux luttes massives des travailleurs qui ont exigé leur part du gâteau, et par une exploitation impérialiste croissante du reste du monde – ce qui a déclenché et provoqué des flux migratoires importants.

Les véritables alliées des mouvements pour l’émancipation des femmes étaient – et sont toujours – d’abord et avant tout, le mouvement ouvrier et les autres groupes de la société qui font l’objet d’une oppression spécifique. Nous pouvons gagner si nous unissons nos forces à celles des autres groupes opprimés et discriminés de la société : les migrants et les sans-papiers, les militants LGBTQI+ et surtout le groupe très nombreux et croissant des militants syndicaux dans notre pays. Après tout, l’origine de toutes les formes d’oppression réside dans la nature même du système : l’oppression et l’exploitation de la majorité de la population par une minorité qui considère ses profits comme plus précieux que les besoins de la société dans son ensemble.

S’activer, s’organiser et lutter pour une alternative politique aux populistes, aux extrémistes de droite et aux partis bourgeois traditionnels

Ceux qui ont été choqués en regardant « The Handmaid’s Tale » doivent se rendre compte que ce n’était pas de la pure fiction. Cette série est basée sur des mesures historiques réelles contre les femmes prises par des régimes fascistes tels que celui de Mussolini en Italie ou de Hitler en Allemagne. Les femmes ont été exclues des fonctions publiques et de la vie productive par ces régimes, progressivement et de manière saccadée, par exemple en retirant les femmes du travail dans les services publics. Cette politique a été en partie reconsidérée pour pallier le manque de main d’œuvre pour la production de guerre mais les salaires des femmes ne représentaient que 50% à 60% de ceux des hommes. Les femmes ont également été exclues de l’enseignement supérieur, à l’exception de la formation – nouvellement créée – en économie domestique et exclues d’une série de cours de formation dans l’enseignement secondaire. Ils ne veulent pas que les femmes jouent un rôle public et estiment donc qu’elles n’ont donc pas à acquérir de compétences pour le faire.

Les femmes étaient considérées comme des incubateurs, d’une part avec des incitations pour encourager les femmes à avoir plus d’enfants (ce qui a également été repris par la « Lega » en Italie) et d’autre part avec la « production » forcée d’enfants dans la « Lebensborntehuizen ». Les femmes pauvres, les futures mères célibataires, les femmes avec des caractéristiques aryennes mais avec de « mauvaises » idées, ont été forcées de donner naissance et d’abandonner leurs enfants. Dans des pays comme l’Espagne sous Franco ou les dictatures latino-américaines, les enfants des socialistes et des communistes ont été enlevés à leurs parents pour être donnés à des familles respectueuses des lois, dans ces cas-ci avec l’aide explicite de l’Église catholique.

Pour être clair, ce n’est pas pour demain. Les votes en faveur du Vlaams Belang n’expriment pas un soutien général à de telles idées mais plutôt un rejet des partis bourgeois traditionnels. Les larges mobilisations syndicales de ces dernières années, mais aussi les mobilisations croissantes des sans-papiers, des femmes, de la communauté LGBTQI+, … montrent qu’on ne peut se contenter de parler de l’ « extrême-droite », mais qu’un processus de polarisation est effectivement en marche. Le fait que la nouvelle percée du Vlaams Belang s’accompagne d’une percée du PTB/PVDA, qui a non seulement vu le nombre de ses élus augmenter fortement, mais qui peut aussi envoyer des membres élus au parlement pour la première fois depuis tout le pays, en est la preuve.

Cependant, pour pouvoir vraiment peser le pour et le contre, ces élus ne pourront pas se limiter à un rôle parlementaire. Si les députés du « Socialist Party » irlandais, qui sont au cœur de la construction de la Campagne Rosa, s’étaient limités à proposer des lois pour abolir l’interdiction de l’avortement, les femmes irlandaises devraient encore aujourd’hui se rendre à l’étranger pour pouvoir accès à l’avortement. Utiliser leur position pour stimuler et organiser des luttes est essentiel pour remporter des victoires et repousser les forces d’extrême droite. Si les parlementaires du PTB/PVDA jouent ce rôle, ils pourront compter sur le soutien de la Campagne Rosa.

Mais nous n’attendrons pas. Dans les semaines et les mois à venir, avec la campagne flamande Blokbuster et Etudiants de Gauche Actifs, nous travaillerons activement à la recherche de jeunes et de travailleurs pour mettre en place des actions et des campagnes pour s’opposer à la montée du Vlaams Belang. Tous ceux qui veulent y contribuer sont les bienvenus. Don’t mourn, organise !

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