Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/11/20/il-est-temps-de-reconnaitre-lapartheid-sexuel-comme-un-crime-contre-lhumanite/?jetpack_skip_subscription_popup
Le Programme d’action mentionne douze domaines critiques, notamment la pauvreté, la santé, les droits humains, la violence à l’égard des femmes et la participation économique, qui font tous l’objet de violations flagrantes de la part du régime islamique iranien et des talibans en Afghanistan. Prenons l’exemple de la violence à l’égard des femmes. Ces États, leurs lois, leurs institutions et leurs politiques sont les principaux auteurs de violences à l’égard des femmes. Les femmes et les filles sont victimes de violences simplement parce qu’elles sont des femmes. Avant même qu’elles n’ouvrent la bouche, leurs cheveux, leur voix, leur corps et leur sexualité sont considérés comme des actes de blasphème et criminalisés.
L’apartheid va au-delà de la discrimination et de la persécution. Il s’agit d’un régime institutionnalisé d’oppression et de domination systématiques. L’apartheid racial était la domination d’une race sur une autre et un système de suprématie blanche. Il est grand temps de reconnaître que l’apartheid sexuel existe, qu’il s’agit de la domination d’un sexe sur l’autre et d’un système de suprématie masculine.
Un régime d’apartheid sexuel contrôle TOUTES les femmes et les filles dès la puberté, voire plus jeunes, par une violence incessante dans le but de contrôler la société. Le hijab est la pierre angulaire de ces régimes. En Iran, par exemple, l’article 638 du code pénal islamique criminalise le port « inapproprié » du voile et le punit d’une peine pouvant aller jusqu’à deux mois d’emprisonnement ou 74 coups de fouet. 32 organismes publics se voient allouer un budget gouvernemental pour faire respecter le port obligatoire du hijab. Comme si cela ne suffisait pas, à la suite des manifestations qui ont suivi le meurtre de Mahsa Jina Amini en 2022, un groupe de travail conjoint, appelé « Hijab-baan » (les surveillants du hijab), a été créé. (Voir Sadr, S. (2024) Vivre comme des êtres humains de seconde classe : l’apartheid sexuel en République islamique d’Iran). En Afrique du Sud, les bantoustans (territoires séparés pour les Noir·es, censés « préserver la culture africaine ) ont joué un rôle clé dans le régime d’apartheid racial. De la même manière, le hijab est essentiel pour « préserver la modestie des femmes » et l’apartheid sexuel. Le hijab est le bantoustan de chaque femme et de chaque fille, qu’elle porte sur son dos depuis l’âge de la puberté jusqu’au jour de sa mort ou de son assassinat ».
Aucune religion, culture ou croyance ne peut prévaloir sur les droits des femmes.
La religion joue un rôle central dans l’apartheid racial et sexuel, même si cela n’est presque jamais mentionné. En Afrique du Sud, les calvinistes de l’Église réformée néerlandaise ont utilisé la Bible pour justifier l’apartheid, tandis qu’en Iran et en Afghanistan, l’islam est utilisé, via le Coran et les hadiths, pour justifier l’apartheid sexuel. Il convient de noter que les défenseurs des deux formes d’apartheid ont utilisé les mêmes arguments, à savoir que l’apartheid était et reste nécessaire pour « protéger le tissu moral de la société ». (Soit dit en passant, la réponse appropriée à l’utilisation de la religion pour asservir les femmes n’est pas de dire que « ce n’est pas l’islam en soi », mais d’affirmer clairement qu’aucune religion, culture ou croyance ne peut l’emporter sur les droits des femmes).
Le fait que l’actuel président de la Commission de la condition de la femme soit Abdulaziz Alwasil, membre du gouvernement saoudien, en dit long sur la situation déplorable en matière de réponse mondiale aux violations des droits des femmes. Les institutions internationales telles que l’ONU ont toujours reflété le point de vue masculin lorsqu’elles abordent la question des droits des femmes. Par exemple, Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ne condamne pas la discrimination sexuelle avec la même fermeté que les déclarations et conventions traitant de la discrimination raciale et de l’apartheid. Elle n’utilise pas de termes similaires, tels que domination ou oppression. Et la Convention des Nations unies relative au statut des réfugié·es mentionne cinq motifs justifiant le statut de réfugié·e : la race, la religion, la nationalité, l’appartenance à un groupe social et l’opinion politique, mais pas le sexe.
Malgré la guerre ouverte menée contre les femmes dans des pays comme l’Iran et l’Afghanistan, les crimes commis à leur encontre ont longtemps été considérés comme relevant uniquement de la sphère privée, et les femmes ont souvent été rendues responsables des violences dont elles étaient victimes. À l’instar des cas de viol où la longueur de la jupe de la victime est mise en cause, toute misogynie systématique est considérée comme le résultat de la désobéissance, de l’immodestie et du manque de savoir-vivre des femmes. Le relativisme culturelest également souvent utilisé comme excuse et justification.
Si aujourd’hui l’apartheid sexuel est progressivement reconnu comme un crime contre l’humanité, c’est le résultat d’une longue lutte menée par les femmes en Iran, en Afghanistan et ailleurs, qui ont manifesté dans les rues, et non le fruit de machinations dans les couloirs du pouvoir ou à l’ONU. Si l’apartheid sexuel est désormais considéré comme un crime contre l’humanité, c’est surtout grâce aux révolutions menées par les femmes dans les régions où elles ont été le plus opprimées. Citons notamment le Rojava, un bastion féministe situé au cœur d’une zone de guerre dans le Kurdistan syrien, la magnifique révolution « Femme, Vie, Liberté » en Iran et la confrontation des femmes afghanes avec les talibans. Le slogan « Femme, Vie, Liberté », lancé pour la première fois au Rojava, représente cette nouvelle vague de révolutions féminines. Il place les femmes au centre de la lutte dans des sociétés où elles ont été considérées comme des sous-humaines et valant la moitié des hommes. Il lutte pour la vie dans des sociétés régies par la mort et appelle à la liberté sous les régimes les plus autoritaires du monde.
En Iran, il existe une génération Z moderne, laïque, anticléricale, voire antireligieuse, qui ne souhaite pas d’État islamique. Les femmes sont soutenues par des hommes qui ont compris que la libération de la société dépend de la libération des femmes. Les révolutions féminines se multiplient, c’est pourquoi une campagne juridique visant à mettre fin à l’apartheid sexuelest désormais prise au sérieux. En vertu du droit international, l’apartheid racial est considéré comme un crime contre l’humanité et cette campagne (dont je suis signataire) soutient que le cadre juridique peut être transposé au contexte de l’apartheid sexuel. Elle propose un amendement modifiant la définition afin d’y inclure le sexe (genre).
Si la campagne se concentre sur la loi, c’est la pression venant de la base qui fait toute la différence. Cela ne veut pas dire que les changements législatifs ne sont pas importants dans la lutte pour les droits civiques, mais que ces changements sont le résultat de mouvements sociaux et politiques. C’est cette vague de résistance au niveau national et de solidarité à l’étranger qui rendra impossible d’ignorer les appels à mettre fin aux régimes d’apartheid sexuel, comme cela a été le cas pour l’apartheid racial.
Maryam Namazie
Maryam Namazie est une militante d’origine iranienne, écrivaine et porte-parole du Conseil des ex-musulmans de Grande-Bretagne et de One Law for All.
https://freethinker.co.uk/2025/03/it-is-time-to-recognize-sex-apartheid-as-a-crime-against-humanity/
Traduit par DE
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