Tiré de Entre les lignes et les mots
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La Suède, longtemps considérée comme un pays progressiste, tire la sonnette d’alarme. Selon le quotidien britannique The Guardian, l’agence pour l’égalité du gouvernement suédois affirme qu’il y a eu une augmentation des « discours haineux, des menaces et du harcèlement à l’encontre des femmes politiques », obligeant de nombreuses femmes à s’autocensurer ou à se retirer complètement de la vie publique par peur.
Un exemple récent et marquant est le cas de la femme politique suédoise Anna-Karin Hatt. Elle a démissionné de son poste de présidente du Parti du centre suédois en octobre 2025, après seulement cinq mois en fonction. Elle a déclaré avoir reçu tellement de messages haineux et de menaces qu’elle ne se sentait plus en sécurité, même chez elle.
En Allemagne, les démissions de la politicienne écologiste Tessa Ganserer et de la vice-présidente du Bundestag Yvonne Magwas, membre du parti chrétien-démocrate, ont fait la une des journaux. Toutes deux ont démissionné après avoir été victimes de campagnes de dénigrement et d’hostilité.
Un phénomène européen
De nombreuses études indiquent que les femmes occupant des postes importants dans d’autres pays européens sont également particulièrement vulnérables aux discours haineux. Aux Pays-Bas, par exemple, Sigrid Kaag, ancienne ministre des Finances et vice-Première ministre, s’est retirée de la politique nationale après que sa famille et elle-même aient été menacées à plusieurs reprises de violences.
Bien que la haine touche également les hommes dans la vie publique, sa forme et son ampleur semblent différentes. L’année dernière, HateAid, une organisation à but non lucratif basée à Berlin qui offre des services de conseil aux victimes de discours haineux, et l’université technique de Munich, dans le sud de l’Allemagne, ont mené une enquête auprès de 1 114 personnes occupant des fonctions publiques dans les domaines de la politique, de la vie universitaire et des médias.
Selon les résultats, que les chercheurs/chercheuses ont qualifiés de non représentatifs mais pouvant donner une idée de la situation, près d’un quart des femmes avaient reçu des menaces de violences sexuelles telles que le viol, soit huit fois plus souvent que leurs collègues masculins (3%). En outre, plus des deux tiers des femmes ont déclaré avoir été confrontées à des violences spécifiques au genre, telles que le sexisme et la misogynie.
Menaces de mort et harcèlement
Quelques citations tirées de l’enquête, fournies de manière anonyme, donnent une idée de la situation : « Je reçois des appels la nuit provenant de numéros masqués » (politicienne locale) ; « Le plus souvent, c’est mon apparence qui est visée : mon poids, ma coiffure » (politicienne) ; « Des photos de moi prises lors d’événements ont été publiées, accompagnées d’appels à me tuer » (journaliste). D’autres ont déclaré avoir été harcelés par des stalkers [traqueur].
Selon les résultats, les femmes (66%) sont nettement plus nombreuses que les hommes (53%) à avoir restreint leur utilisation des réseaux sociaux après avoir été victimes de violence numérique. Elles ont également modifié leur ton et leur contenu, envisagé de réduire leurs apparitions publiques, voire pris une pause dans leur activité politique.
Dans une note d’information publiée fin novembre 2025, le Parlement européen a écrit que les femmes dans les pays de l’UE continuent d’être sous-représentées à tous les niveaux de la prise de décision politique et dans les partis politiques. Il a déclaré que les causes de cette situation étaient complexes, mais qu’une raison ressortait particulièrement : la violence à l’égard des femmes actives en politique dissuade beaucoup d’entre elles de se lancer dans la politique.
Une situation encore pire pour les femmes de couleur
L’EAF Berlin, une organisation à but non lucratif qui offre des conseils sur la diversité et l’égalité des chances, a également analysé cette question, en se penchant non seulement sur l’Allemagne, mais aussi sur la République tchèque, la Hongrie, l’Irlande et la Slovaquie. « Les femmes de moins de 40 ans, les femmes de couleur et les femmes issues de l’immigration sont particulièrement touchées, car elles sont souvent victimes non seulement de sexisme, mais aussi de racisme et/ou d’hostilité en raison de leur âge et de leur expérience [ou] compétences [présumées] », a déclaré Sarah Robinson, experte senior en matière de genre et de politique au sein de l’organisation à but non lucratif, à DW.
Selon elle, l’un des problèmes réside dans le fait que la violence sexiste à l’égard des femmes politiques n’est pas reconnue de manière indépendante par les systèmes juridiques examinés par l’EAF Berlin. Et pourtant, a déclaré Mme Robinson, il existe une directive européenne qui exige, d’ici 2027, « la mise en œuvre cohérente de mesures préventives et de protection pour les femmes dans la vie publique, telles que les femmes politiques, les journalistes et les défenseures des droits humains, car elles sont particulièrement exposées ».
Elle a expliqué, par exemple, que les adresses privées des personnes devraient être mieux protégées et qu’il y avait souvent un manque de centres de conseil, en particulier au niveau local. La haine et la violence ne devraient pas être acceptées comme « faisant partie du métier de politicien », a déclaré Mme Robinson. « Aucune d’entre nous ne devrait accepter comme normal d’être attaquée pour avoir œuvré au nom de la société. »
Cet article a été traduit de l’allemand.
Stephanie Höppner
Responsable de chaîne, rédactrice et autrice pour le service en langue allemande de dw.com
https://www.dw.com/en/hate-and-threats-forcing-women-out-of-politics-and-top-jobs/a-74991652
Traduit par DE
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