Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/01/12/oui-les-droits-des-femmes-sont-menaces-partout-dans-le-monde-mais-nous-avons-trouve-de-lespoir-la-ou-on-ne-lattendait-pas/
En 2025, le monde qui s’était ouvert aux femmes semble souvent se refermer. Les forces à l’origine du recul des droits à l’avortement dans les États-Unis de Donald Trump tentent de faire de même au Royaume-Uni. En Afghanistan, les talibans ont redoublé d’efforts dans leurs attaques contre les femmes et les filles. Les violences sexuelles sont monnaie courante en Haïti et en République démocratique du Congo. Au Mexique, même la présidente n’est pas à l’abri d’agressions sexuelles. Un phénomène de réensauvagement pervers semble être en cours.
On pourrait penser que, partout dans le monde, les droits des femmes sont en train d’être bafoués. Mais en faisant des recherches pour notre livre, Planet Patriarchy, Beatrix Campbell et moi-même avons découvert que la résistance des femmes éclatait comme des pousses vertes à travers les fissures. Au Salvador, les femmes peuvent être condamnées à des peines de 30 à 50 ans de prison pour des fausses couches considérées comme des avortements. Pourtant, les féministes ont réussi à libérer les 72 femmes qui avaient été emprisonnées pour cette raison, en utilisant des stratégies pénales et juridiques innovantes. En Russie, les féministes ont pris l’habitude de porter des rubans bleus et jaunes, les couleurs du drapeau ukrainien, pour signaler leur solidarité anti-guerre.
L’histoire qui nous vient d’Islande est encore plus encourageante, car elle a bouleversé nos idées reçues sur les conditions nécessaires à l’épanouissement du féminisme. La place très convoitée qu’occupe ce pays en tête du classement du Forum économique mondial en matière d’égalité des sexes a été obtenue sous des gouvernements principalement conservateurs au cours des 50 dernières années, tandis que les gouvernements sociaux-démocrates n’ont été au pouvoir que pendant cinq ans. La présence des femmes dans les syndicats a en partie contribué à ces résultats : plus de 90% de la main-d’œuvre est syndiquée, environ la moitié des membres sont des femmes et le nombre de femmes occupant des postes de direction est en augmentation.
La grève des femmes islandaises de 1975, à laquelle 90% des femmes ont participé, a paralysé le pays pendant une journée entière, inspirant les femmes du monde entier à suivre leur exemple et démontrant le caractère indispensable du travail rémunéré et non rémunéré des femmes. L’année suivante, l’Islande a adopté une loi garantissant l’égalité entre les sexes. Cette année, environ 50 000 personnes ont participé aux commémorations du 50e anniversaire de la grève, car l’Islande a elle aussi ressenti les vagues mondiales de misogynie déferler sur ses côtes.
Il y a beaucoup à apprendre et à mettre en œuvre à partir des politiques islandaises en matière de congé parental et d’égalité salariale. Les employeurs sont tenus de prouver qu’ils appliquent une politique d’égalité salariale pour un travail de valeur égale. Si beaucoup a été accompli, il reste encore beaucoup à faire : les taux horaires sont presque égaux, mais les revenus sur l’ensemble d’une vie révèlent des inégalités salariales causées par la maternité et la répartition inégale du travail, du temps et du pouvoir. Les taux de violence sexuelle à l’égard des femmes restent également élevés.
La progression la plus inspirante en matière de droits des femmes – une véritable révolution féminine, en fait – s’est produite dans l’endroit le plus improbable. Ballottée par la guerre contre les forces islamistes autoritaires depuis 2012, l’Administration autonome démocratique du nord et de l’est de la Syrie (plus connue sous le nom de Rojava) occupe aujourd’hui près d’un tiers du territoire syrien. Beaucoup de mes idées préconçues ont été remises en question lorsque j’ai visité le Rojava : la guerre est le moment classique où tous les droits sont suspendus ou érodés. Qui pense à l’importance de l’égalité des sexes, de l’inclusion raciale ou de la démocratie directe pendant la guerre ? Le printemps arabe n’avait-il pas été un échec ? Mais sans le printemps arabe, il n’y aurait pas eu de vide du pouvoir dans le nord-est, ce qui a permis aux Kurdes d’organiser une révolution sans effusion de sang contre le président Bachar al-Assad, qui était occupé à réprimer la rébellion dans le sud de la Syrie. Le sang coulerait plus tard en 2014, lorsque l’État islamique attaquerait, en partie pour s’emparer de terres et en partie pour consolider sa propre expérience d’une forme médiévale de patriarcat qui était le reflet noir des libertés des femmes au Rojava.
Le Rojava est une expérience de démocratie directe à la base. Les communes de quartier, qui comptent jusqu’à 300 personnes, élisent un homme et une femme selon le principe de la coprésidence pour les représenter au conseil municipal, qui à son tour élit les membres au niveau de la ville, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elles et ils soient représenté·es au conseil populaire quasi national. La commune élit les membres de comités spécialisés tels que la santé, l’éducation, les services ou la résolution des conflits, avec une représentation égale d’hommes et de femmes dirigée par des coprésident·es. Parallèlement à cette structure, j’ai découvert une structure réservée aux femmes, dotée de ses propres comités et d’un droit de veto sur toute politique ayant un impact sur les droits des femmes.
Les femmes du Rojava ont affiché leur attachement à la laïcité, conscientes de l’impact pernicieux de la religion sur les libertés des femmes. Elles ont dissous les conseils de la charia (contrairement au Royaume-Uni), interdit les mariages d’enfants, la polygamie et la dot, criminalisé les crimes d’honneur, introduit le mariage civil et accordé aux femmes l’égalité des droits en matière d’héritage et de garde de leurs enfants, quel que soit leur statut marital.
Cet autre monde auquel nous aspirons existe bel et bien. Mais il est bombardé par la Turquie – à laquelle le Royaume-Uni vend des armes – qui se sent menacée par une société véritablement démocratique à ses portes. Le Rojava est également menacé par la volonté centralisatrice du nouveau dirigeant syrien, Ahmed al-Sharaa, dont le gouvernement fondé sur la charia sonnera le glas de l’égalité. La survie du Rojava, même en tant qu’idée, dépend de la mise en place par les femmes du monde entier d’assemblées féminines dans tous les espaces civiques à leur disposition, afin de renforcer leur pouvoir démocratique et de devenir une force de changement. Nous devons faire tout notre possible pour stabiliser cette flamme vacillante, qui pourrait éclairer le chemin vers notre avenir.
Rahila Gupta
Rahila Gupta est une militante féministe antiraciste et co-auteure, avec Beatrix Campbell, de Planet Patriarchy.
https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/dec/31/women-rights-threat-world-hope-el-salvador-russia-syria
Traduit par DE
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :











Un message, un commentaire ?