Édition du 15 octobre 2019

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Greta Thunberg

« Notre maison est en feu ! » Pourquoi Greta Thunberg exaspère les conservateurs

Greta Thunberg est récemment devenu le symbole d’une nouvelle génération d’activistes du climat. À Montréal, le 27 septembre, elle a réussi à réunir près de 500 000 manifestants. Communicatrice efficace sur la question des changements climatiques, la Suédoise de 16 ans est actuellement dans une ligue à part.

Tiré de The conversation.

La communication scientifique ne se traduit pas toujours par une action politique appropriée, comme l’ont indiqué récemment de nombreux chercheurs à ce sujet. Le langage utilisé dans les communications sur le climat a souvent été inapproprié, tout comme l’incapacité de nombreux défenseurs du climat à lier efficacement la recherche à l’action dans la vie quotidienne.

En tant que professeur et chercheur travaillant sur les changements climatiques, les menaces qu’ils représentent pour la sécurité et la façon dont les gens en comprennent les dangers et réagissent sur le plan politique, il m’est apparu que le langage utilisé est souvent trompeur.

Le succès de Mme Thunberg est dû en partie au fait qu’elle a un impact considérable sur la façon dont les gens considèrent désormais les questions climatiques. Par ses actions, ainsi que par ses discours simples et très directs, elle a interpellé de nombreux politiciens dont l’inaction met en danger son avenir. Elle inverse le cliché habituel selon lequel les adultes devraient éduquer les enfants.

Son succès n’est pas seulement dû au fait qu’elle a fait la grève, ce qui est généralement considéré comme une mesure radicale. Elle utilise également une métaphore simple mais efficace en disant que notre maison est en feu. Et elle concentre son attention sur un point clé : si quelqu’un s’intéresse de près ou de loin à l’avenir des enfants, les politiciens doivent agir en fonction des avertissements urgents lancés à plusieurs reprises par les climatologues.

La maison est en feu et les pompiers ont disparu

Choisir la bonne façon de parler est important dans toute communication, et l’accent mis par Greta Thunberg sur la maison en feu est essentiel. Les incendies de forêt attirent l’attention du monde entier, y compris les récents incendies en Indonésie et au Brésil. Les dommages causés par les incendies causés par les changements climatiques s’inscrivent tout simplement dans son récit.

Les images ne sont pas toutes efficaces pour attirer l’attention. Mais Thunberg se concentre sur quelque chose qui a un rapport beaucoup plus évident avec la vie quotidienne et les dangers qu’elle comporte : non seulement notre maison est en feu, mais les pompiers ont disparu.

Au cœur de la question des changements climatiques se trouve le fait que ceux d’entre nous qui vivent dans les pays développés brûlent d’énormes quantités de combustibles fossiles pour alimenter nos maisons, nos véhicules, nos usines et bien d’autres choses. Le charbon, le pétrole et le gaz naturel sont consommés en très grande quantité et les gaz qui en résultent réchauffent la planète et rendent les conditions météorologiques beaucoup plus hasardeuses.

Les gouvernements qui devraient prévenir ces incendies subventionnent et encouragent le développement des combustibles fossiles. En découle des catastrophes, des tempêtes, des incendies de forêt et des inondations. Notre maison est en effet en train d’être brûlée.

La grève est généralement considérée comme un acte radical, quelque chose qui se fait lorsque la négociation échoue. Mais pour Greta Thunberg, soucieuse d’assurer son avenir et celui de sa génération, ce n’est pas du tout un acte radical ; c’est au contraire très conservateur.

Désirs traditionnels conservateurs

Un avenir où l’on peut bien vivre, élever des enfants et obtenir un travail décent, en maintenant un ordre social prévisible, c’est ce que les conservateurs souhaitent généralement.

Or, les soi-disant conservateurs de la plupart des pays anglo-saxons nous disent que nous devons brûler plus de pétrole, de gaz et de charbon et les expédier dans le monde entier.

Ils ignorent les mises en garde des sciences du climat sur les conséquences prévisibles évidentes si nous continuons ainsi. Quelques décennies de combustion non maîtrisée de plus ne feront qu’empirer les choses et déclencher des perturbations qu’aucun service d’incendie humain ne sera en mesure de contenir.

Il n’y a rien de conservateur à supposer que l’on puisse déstabiliser le système climatique et que la société s’en sortira d’une manière ou d’une autre parce que certains auront accumulé des richesses importantes avec l’argent gagné en brûlant des gaz à effet de serre.

Les conséquences des changements climatiques sont claires. La science est en mesure de prédire avec précision ce qui nous attend si nous continuons à utiliser en quantité des combustibles fossiles. Or, ce sont ses propagandistes et ses partisans qui sont actuellement les plus radicaux et les plus dangereux.

C’est le point que Thunberg a réussi à faire valoir de manière très efficace. Il n’est pas étonnant que les conservateurs soient si en colère contre elle.

Simon Dalby

Professeur de géographie à l’Université Wilfrid-Laurier.

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