8 juillet 2025 | tiré de Democracy now !
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« The Trump Doctrine and the New MAGA Imperialism »
AMY GOODMAN : Bienvenue à Democracy Now !, democracynow.org, The War and Peace Report. Je suis Amy Goodman, avec Juan González. Le président Trump a annoncé lundi sur les réseaux sociaux une nouvelle série de tarifs douaniers menaçants, allant de 25 à 40 % sur les importations de 14 pays, dont le Bangladesh, l’Indonésie, le Japon, la Corée du Sud et la Thaïlande. Ils devraient entrer en vigueur le 1er août, sauf nouvel accord. Parallèlement, Trump a menacé d’imposer un tarif additionnel de 10 % aux pays qui s’aligneraient sur le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), invoquant leurs « politiques anti-américaines ». La menace est survenue alors que le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva ouvrait un sommet de deux jours des BRICS à Rio de Janeiro.
PRÉSIDENT LUIZ INÁCIO LULA DA SILVA : [traduit] Nous ne voulons pas d’un empereur. Nos pays sont souverains. Si Trump impose des tarifs, les autres ont le droit de faire de même. Il existe une loi de réciprocité. Je pense qu’il n’est pas responsable pour le président d’un pays comme les États-Unis de menacer le monde avec des tarifs douaniers sur les réseaux sociaux. Honnêtement, il existe d’autres forums pour qu’un président d’un pays de cette taille s’adresse aux autres nations.
AMY GOODMAN : Cela intervient alors que le vice-président JD Vance promeut la nouvelle orientation de politique étrangère de Trump. Le mois dernier, il s’est adressé au Parti républicain de l’Ohio.
VICE-PRÉSIDENT JD VANCE : Ce que j’appelle la doctrine Trump est assez simple. Premièrement, vous définissez clairement l’intérêt américain : dans ce cas, que l’Iran ne peut pas posséder l’arme nucléaire. Deuxièmement, vous tentez d’abord de résoudre agressivement ce problème par la diplomatie. Et troisièmement, si cela échoue, vous employez une puissance militaire écrasante pour régler la question, puis vous vous retirez rapidement, avant que cela ne devienne un conflit prolongé.
AMY GOODMAN : Pour en parler, nous sommes rejoints par John Bellamy Foster, professeur de sociologie à l’Université de l’Oregon, rédacteur en chef du Monthly Review, où son nouvel article s’intitule « The Trump Doctrine and the New MAGA Imperialism ». Eh bien, professeur Foster, pouvez-vous exposer votre thèse pour nous ?
JOHN BELLAMY FOSTER : Merci. La doctrine Trump a été formulée durant la première administration Trump. Normalement, ce sont les médias qui définissent les « doctrines présidentielles », en observant comment une présidence agit selon un principe particulier. Avec Trump, la situation était confuse : était-il isolationniste ? anti-impérialiste ?
Durant son premier mandat, Michael Anton, un des principaux idéologues MAGA, issu du Claremont Institute (un centre intellectuel MAGA), siégeait au Conseil de sécurité nationale. On l’a écarté de ce poste pour qu’il puisse formuler officiellement une doctrine Trump crédible pour les experts en politique étrangère. Il a donné une conférence, nommé ensuite à Hillsdale College (institution MAGA), puis à Princeton, et son exposé a été publié dans Foreign Policy, la principale revue américaine de politique étrangère. Aujourd’hui, Anton est directeur de la planification politique au Département d’État, en pratique le principal « idéologue » de la diplomatie américaine.
Il a défini une doctrine en quatre piliers :
- Le populisme national — manière dont le mouvement MAGA se désigne lui-même, écho au national-socialisme nazi.
- Chaque nation doit être avant tout nationaliste dans son orientation.
- Opposition à l’internationalisme libéral et à l’hégémonie américaine libérale d’après-guerre. À la place : un impérialisme hypernationaliste « America First », où les États-Unis dominent seuls le monde.
- Opposition aux empires et nations multiethniques. En s’inspirant d’Aristote (tribu, cité, empire), Anton soutient que la politique étrangère doit se fonder sur l’ethnicité, en pratique sur une définition raciale : les États-Unis comme pays blanc, excluant les autres ethnies, et organisant la politique étrangère comme intérieure sur cette base.
Voilà pourquoi cette doctrine est cruciale : Anton est désormais le principal stratège de la politique étrangère américaine.
JUAN GONZÁLEZ : Professeur, dans votre analyse, que je trouve parmi les plus claires sur ce nouveau mouvement fasciste, vous contredisez ceux qui affirment que le néofascisme trumpiste repose sur la classe ouvrière. Vous dites plutôt que trois secteurs du capital monopoliste — la tech, le pétrole et gaz, et le capital-investissement — se sont alliés avec la petite bourgeoisie et des travailleurs privilégiés pour constituer la base du mouvement MAGA. Pouvez-vous développer ?
JOHN BELLAMY FOSTER : Sociologiquement, la petite bourgeoisie est une catégorie bien définie aux États-Unis : petits propriétaires, exploitants agricoles, cadres intermédiaires, populations rurales, souvent liée à l’évangélisme. Elle est majoritairement blanche, plus aisée que la classe ouvrière (les 60 % inférieurs), et vote beaucoup plus. C’est la base du trumpisme : nationaliste, revancharde (« rendre sa grandeur à l’Amérique »), raciste, anti-immigrés, misogyne, patriarcale. On la retrouve dans les zones périurbaines.
Dès l’émergence de Trump, The New York Times, qui ne parlait plus de la classe ouvrière depuis des décennies, a commencé à évoquer la « classe ouvrière blanche ». Mais en réalité, il s’agit de la petite bourgeoisie, historiquement appelée la petite-bourgeoisie, base traditionnelle des mouvements fascistes. Dans les années 1930, en Italie et en Allemagne, c’était la même assise sociale, alliée au grand capital.
Cette couche n’est pas anticapitaliste : elle s’oppose surtout à ce que l’idéologie MAGA appelle la « classe dirigeante » (les cadres et technocrates vus comme contrôlant l’État), ainsi qu’à la classe ouvrière, perçue comme multiethnique, diverse et pauvre — condition qu’ils redoutent. Elle joue donc un rôle d’« arrière-garde » mobilisée par les milliardaires, depuis le Tea Party jusqu’à Trump, pour pousser le système politique vers la droite dure et développer un mouvement néofasciste, malgré ses contradictions internes.
AMY GOODMAN : John Bellamy Foster, merci beaucoup d’avoir été avec nous. Professeur de sociologie à l’Université de l’Oregon, rédacteur en chef du Monthly Review, il s’exprimait depuis l’État de Washington. Son article le plus récents’intitule « The Trump Doctrine and the New MAGA Imperialism », disponible sur democracynow.org.
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