Édition du 10 décembre 2019

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Quand le Journal de Montréal se donne le rôle de foreman

Depuis quelques années, le Journal de Montréal a pris l’habitude de faire des enquêtes sur le travail des employés de l’État. Il y a eu l’enquête sur la réparation des nids-de-poule par les cols bleus de Montréal, puis la rubrique quotidienne « Où vont nos impôts ? », où sont présentés des cas de gaspillage de fonds publics et, cette semaine, l’enquête sur l’application de la réforme par les professeurs, qui a donné lieu à deux articles aux noms révélateurs : « Enseignants rebelles » et « Des rebelles irresponsables ».

Le Journal de Montréal se cache derrière des principes louables pour faire ces enquêtes sur les employés de l’État. Se disant que, comme les Québécois paient des impôts à l’État, il est normal que celui-ci rende des comptes et que la population enquête sur l’utilisation des fonds publics et sur le gaspillage de ceux-ci.

Par contre, en faisant toujours ses enquêtes sur les employés de l’État, le Journal de Montréal donne la fausse impression qu’il n’y a que les institutions publiques qui gaspillent. C’est totalement faux. Toutes les organisations gaspillent. Plus l’organisation est grande, plus les coûts de production sont petits à cause des économies d’échelle, mais plus le gaspillage est grand. Croire qu’il est possible d’enrayer le gaspillage en ayant recours à la privatisation ou en faisant des enquêtes relève de l’utopisme et de l’idéalisme.

Effectivement, l’entreprise privée gaspille. Norbourg, la Gaspésia, Cinar, les salaires des PDG et les profits des compagnies pharmaceutiques et des banques en sont quelques exemples. Ainsi, il serait intéressant de faire des enquêtes sur les profits indus, les détournements de fonds et l’organisation du travail inefficace causée par trop de surveillance des salariés ou par l’intransigeance des employeurs, qui sont les formes de gaspillage faites par les entreprises privées.

Vous me direz que si les propriétaires d’entreprises privées veulent gaspiller leur argent, ils sont les seuls que ça concerne. Par contre, d’où vient leur argent ? D’arbord, il vient de leurs ventes. Si les entreprises pharmaceutiques ne faisaient pas un rendement de plus de 40% par année sur leurs investissements, les prix que les malades et les gouvernements paient pour les médicaments seraient beaucoup plus bas. Si la famille Walton, propriétaire de Wal-Mart, ne faisait pas 16 milliards de dollars par année, les « bas prix » de Wal-Mart seraient encore plus bas.

Ensuite, l’argent vient des actionnaires. Si Vincent Lacroix n’avait pas détourné des fonds chez Norbourg, plusieurs petits investisseurs auraient encore de l’argent pour leur retraite. Si les PDG d’entreprises ne gagnaient pas de salaires astronomiques, les investisseurs auraient des meilleurs rendements sur leurs épargnes.

Finalement, il ne faut pas oublier qu’une autre source de financement des entreprises privées est l’argent public provenant de nos impôts. L’État québécois dépense à chaque année plus de 5 milliards $ de subventions aux entreprises privées (9% du budget). Ajoutez à cela l’argent octroyé pour des contrats avec les gouvernements et le gaspillage des entreprises privées commence à devenir un sujet important pour les contribuables. Le gaspillage fait par la Gaspésia et Cinar a coûté très cher aux contribuables.

Il serait donc important, par souci d’objectivité journalistique, que le Journal de Montréal enquête autant sur le gaspillage des organisations publiques que sur celui des entreprises privées parce que, peu importe qui fait le gaspillage, celui-ci nous concerne et nous affecte tous. Les citoyens ne sont pas seulement des contribuables, ils sont aussi des consommateurs et des investisseurs. Rétablir cette situation permettra alors de nous donner une image plus juste des entreprises privées et des gouvernements.

Mots-clés : Médias Québec

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