Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Économie

Première partie (1 de 3)

Quelques notes sur la situation et l’évolution des inégalités économiques dans le monde

La crise qui a débuté en 2007 a mis au premier plan la question des inégalités. D’une part, parce que la concentration de la richesse socialement produite a été un des détonnateurs principaux de la crise. D’autre part, en raison de la scandaleuse absence de correlation entre les responsables de l’effondrement économique et ceux qui en subissent les conséquences. Ce contexte a donné lieu à un débat plus fondamental sur la relation entre la croissance économique (ou plus largement de la dynamique propre du capitalisme) et les inégalités. Le capitalisme a t-il permis de réduire les inégalités entre riches et pauvres ou au contraire les a-t-il renforcées ? Le monde est-il moins inégal aujourd’hui qu’il y a 200 ans ?

De même, comme nous le mettrons en avant dans la partie finale du texte, la concentration croissante tant des revenus que des patrimoines, au cours des dernières décennies est étroitement liée à l’actuelle crise de surendettement (principalement privé) et du risque de stagnation sur le long terme qui en découle. |1|

Il ne s’agit pas tant d’un débat technique que politique dans la mesure où il questionne un système doté d’une capacité productive sans commune mesure avec les systèmes qui l’ont précédé mais également d’une pire répartition de la richesse qu’il y a deux siècles (sans tenir compte des résultats pernicieux de ce mode de production sur l’environnement, question qui ne sera pas traitée dans le présent article).

Le débat sur la répartition de la richesse trouve son origine dans les origines même de l’économie moderne. David Ricardo, économiste classique, considéré comme pionnier en matière macro-économique commençait son livre principal (Principes de l’économie politique et de l’impôt, publié en 1817) en affirmant que "le problème principal de l’économie politique était de déterminer les lois qui régulent la répartition de la richesse.

Plus près de nous, au cours des années 1950, les premiers travaux de Lewis en 1954 puis de Kuznets en 1955 qui posent la question du lien entre la croissance et les inégalités, - ce conte de fées comme le nomme Piketty (2013, p.30) - étaient en tous les cas des déductions spéculatives, Kuznets lui-même ayant mis en garde à propos du peu de données disponibles et comme il le disait lui-même dont seules 5% avait un caractère empirique, le reste étant de la spéculation intellectuelle.

Même si les données disponibles aujourd’hui continuent de présenter de nombreuses lacunes, ces données sont sans commune mesure avec celles disponibles à l’époque de Kuznets. Une certaine prudence est cependant requise tant par rapport aux évolutions historiques que pour des comparaisons internationales.

Evolution de la répartition globale du revenu

La mesure la plus commune de calcul des inégalités (bien que pas la seule) est ce qu’on appelle le coefficient de Gini. Les valeurs de cet indice varient entre 0 et 1 - 0 étant l’égalité parfaite (tous les individus ont exactement le même revenu) et 1 représentant l’inégalité totale (tout le revenu disponible est accaparé par un seul individu). |2| Selon qu’un pays s’approche de l’un ou l’autre de ces extrêmes, on pourra mesurer son degré d’égalité dans la répartition du revenu. Par exemple, pour la Norvège, pays considéré comme relativement égalitaire dans la distribution du revenu, l’indice de Gini se situait en 2012 à 0,226 alors que l’Afrique du Sud avait en 2009 un indice de Gini de 0,630 et se situait ainsi parmi les pays les plus inégalitaires du monde. Le fait que les années soient différentes pour les deux pays provient de l’irrégularité - surtout dans les pays du Sud - des données recueillies dans les foyers qui sont la base de calcul de cet indice. Cependant, comme nous le verrons plus avant, ce problème sera le moins important de ceux posés par cet indice.

Comme l’explique Milanovic (2013) il existe trois concepts liés aux inégalités internationales.

Le premier concept consiste à comparer les inégalités entre pays : on calcule le revenu moyen de chaque pays et à partir de là l’indice de Gini global. Le problème est que cette manière de faire fait l’impasse sur la taille respective des différents pays. C’est à dire que le revenu moyen en Chine présente le même poids relatif par rapport au total de tous les indices que celui du Luxembourg alors que le nombre de Chinois et de Luxembourgeois est évidemment différent.

Le second concept consiste à faire la même chose que pour le concept 1 mais en introduisant une pondération qui prend en compte la population du pays par rapport au total. Cette pondération qui se traduit sur le revenu moyen de chaque pays (dont tous les habitants sont supposés avoir le même revenu) a pour conséquence que le chiffre pour la Chine n’aura alors plus le même poids que celui du Luxembourg sur le total.

Dans le 3e concept, on considère tous les individus comme si le monde était un seul et même pays. On prend en compte les données d’individus et non plus de pays. Ce qui en tant que mesure d’estimation de l’inégalité totale est clairement le plus adéquat. Le problème est qu’on a besoin de données de ménagess qui couvrent un grand nombre de pays pour constituer l’échantillon représentatif. Par ailleurs, il faut également une méthodologie similaire dans l’étude des données pour rendre la comparaison possible. Or, dans un même pays la méthodologie n’est pas la même au fil du temps. Ainsi, dans des lieux comme la Chine ou l’Afrique subsaharienne, il n’y a pas de données disponibles avant les années 1980 (ceci sans même prendre en compte leur fréquence très irrégulière pour la période postérieure).

Prenant en compte ces trois concepts, Milanovic montre l’évolution des indices de Gini respectifs dans un seul et même graphique.

Graphique 1 : Evolution de l’indice de Gini. Concepts 1,2 et 3 ? 1950-2010

Source : Milanovic (2013)

Selon ces estimations comme le graphique 1 l’illustre, on verrait que la différence entre pays a augmenté depuis les années 1950,- après une période de stabilité jusqu’aux années 1980. Le concept 2 montrerait au contraire que l’inégalité globale a eu tendance à diminuer, surtout depuis les années 1990. Enfin, le concept 3 ne nous laisse pas deviner la tendance historique dans l’évolution des inégalités car il montre des niveaux extrêmement élevés qui oscillent autour de 0,7. Cet indice de Gini autour de 0,7 implique que |3| :

- pour obtenir la moitié des revenus mondiaux on devrait réunir pratiquement 92% des plus pauvres ou seulement environ 8% des plus riches de la planète ;

- la moitié de la population la plus pauvre n’obtient que 6,6% de la richesse totale alors que le 1% le plus riche obtient 13% du revenu total : la relation entre les deux groupes est de 500:1

- le pourcentage de population qui se trouve dans la marge de revenus entre le 25% le plus élevé et le 25% le plus bas, c’est à dire le revenu médian et ce qu’on pourrait considérer comme "classes moyennes" représente 14% du total.

En définitive, quelle que soit l’évolution de ces dernières décennies, ces données indiquent que tout reste à faire.

Ortiz et Cummins (2011) ont calculé l’évolution des inégalités par quintiles de revenus. Cette expression "par quintiles" équivaut à prendre en compte le total à partir des données observées pour les foyers et leur division en 5 groupes de revenus, du 1er quintile (les 20% les plus pauvres) au 5e quintile (les 20% les plus riches). Bien que le pourcentage du quintile plus plus élevé ait été réduit entre 1990 et 2007 et que celui des deux groupes les plus pauvres a augmenté, on ne peut guère faire preuve de triomphalisme quand on voit que les 20% les plus riches accaparent encore plus de 80% du total des revenus. Il est encore plus significatif d’observer l’évolution des 20% les plus pauvres. Bien que selon les chiffres disponibles, leur revenu global ait augmenté, il faudrait encore 855 ans au même rythme avant de pouvoir atteindre un modeste 10% du total de tous les revenus.

Tableau 1. Evolution de la distribution globale du revenu par quintiles ? 1990-2007

Source : Ortiz et Cummins, 2011

Avec ces observations, si au moins l’inégalité mondiale avait tendance à se réduire, on pourrait penser qu’on "est dans la bonne voie". Des économistes, comme Sala-i-Martin (2002 et 2005) signalent l’existence d’une supposée amélioration dans la répartition globale des revenus, comme pourrait le laisser penser le concept 2 du graphique précédent. Cependant, est-il sûr que la brèche entre les riches et les pauvres du monde se réduise ?

L’explication réside en Chine et en Inde. ?En réalité, la réduction des inégalités s’explique en grande mesure par la Chine ainsi que par l’Inde. Si on regarde les données sans prendre en compte la Chine, la tendance n’est pas claire, on peut même y voir une légère augmentation des inégalités comme le graphique 2 le montre. En excluant l’Inde en plus de la Chine pour voir l’évolution du reste, alors on observe une augmentation des inégalités au niveau global au cours de la période néolibérale (des années 1980 à nos jours).?

De fait, il faut apporter de sérieuses nuances à la supposée réduction des inégalités, que Milanovic qualifie comme "la mère de toutes les disputes" par rapport aux inégalités globales.?Etant donné que la Chine et l’Inde sont les deux pays les plus peuplés de la planète (où résident le tiers de la population mondiale), leur impact sur le total est bien visible. Sala-i-Martin, lui-même le reconnait et signale que ces deux pays mis de côté, le processus de globalisation a entraîné une explosion des inégalités.

Graphique 2. Evolution de l’indice de Gini global (Concepto 2) avec ou sans la Chine et l’ Inde ?1950-2010

Source : Novales (2014)

Il faut insister sur le fait que le concept 2 évalue l’évolution des inégalités au niveau mondial à partir du revenu moyen de chaque pays, pour ensuite introduire une pondération en fonction de la population du pays par rapport au total. Il découle de ce calcul la supposition que tous les habitants d’un pays donné gagnent la même chose, ce qui est évidemment faux. La question serait donc de savoir ce qui s’est passé à l’intérieur de chaque pays (concept 3 des inégalités).

D’emblée, on observe une première contradiction en Chine et en Inde. Bien que l’inégalité mondiale ait diminué du fait de ces deux pays, les inégalités internes tant en Chine qu’en Inde ont augmenté. L’indice de Gini est ainsi passé en Chine de 0,310 en 1981 à 0,484 en 2007 alors que celui de l’Inde est passé de 0,310 en 1980 à 0,339 en 2010. |4| Les données relatives à la concentration du revenu font également état de cette augmentation de l’inégalité : en Chine les 10% le plus riches qui recueillaient 17,4% des revenus en 1986 avaient augmenté leur pourcentage à 27,9% en 2002. |5|

Molero Simarro (2014) observe cette même tendance à la concentration du revenu pour les 10% de ménages chinois les plus riches. Dans ce cas et selon les calculs de l’auteur à partir de données de l’Office National de Statistiques chinois, ces 10% les plus favorisés qui concentraient 16,5% du total des revenus en 1985 sont passés à en concentrer 25,5% en 2007. Voyons ce qu’il en a été dans les autres grandes régions de l’économie mondiale.

Le processus de convergence mondial supposé n’a pas eu lieu

Si on observe les données fournies par la Banque mondiale, on voit qu’entre 1988 et 2008, les principales augmentations des inégalités ont été le fait de l’Afrique et de l’Europe centrale et orientale, cette dernière antérieurement sous économie planifiée. Les tableaux 2 et 3 donnent les chiffres pour certains pays des deux régions.

Tableau 2. Indice de Gini des pays africains ?1988-2010

Source : Banque Mondiale, World Development Indicators ?Note : Les indices correspondent aux données les plus récentes de chaque période listée

Tableau 3. Indices de Gini en Europe centrale et orientale

Source : Banque Mundial, World Development Indicators ?Note : Les indices correspondent aux données les plus récentes de chaque période listée

Dans la partie Nord de l’Afrique, les inégalités auraient eu tendance à augmenter entre 1990 et 2010 alors qu’on observe une certaine diminution dans la région d’Afrique subsaharienne. On parle bien évidemment ici d’une certaine diminution à l’intérieur de niveaux d’inégalités énormes. Par ailleurs, dans un quart de ces pays les inégalités ont augmenté de plus de 3 points de pourcentage (FMI, 2014 : p. 8). Cela signifie que l’évolution favorable est contrebalancée par une évolution négative d’une partie importante de l’Afrique subsaharienne.?

Le contre-exemple face aux augmentations des inégalités ces dernières années a été le fait de l’Amérique latine, surtout depuis 2000. Tenant en compte, les différences logiques entre pays, la tendance majoritaire a été celle d’une relative meilleure répartition du revenu (ou d’une moins mauvaise). Le tableau 4 fait état de certains pays de la région tandis que le graphique 3 indique la tendance moyenne de la région en matière d’inégalités. On peut constater l’évolution très favorable de pays comme le Venezuela ou la Bolivie ainsi que dans une moindre mesure l’Equateur, l’Argentine et le Pérou avec des données fournies par la Commission Economique des Nations Unies pour l’Amérique latine (la CEPAL) à partir de 2000 et d’autres progrès beaucoup plus modestes en Colombie, au Mexique et au Chili parmi d’autres pays. Au Brésil également, les inégalités ont été réduites rendant l’injustice sociale un peu moins colossale, même si il reste au plus haut niveau d’inégalités de la région.?

Cependant, ce n’est pas toute la région qui a expérimenté cette tendance à une diminution des inégalités. En ce qui concerne le Guatemala par exemple, un des pays les plus inégaux de la région, il semble bien qu’il soit resté bloqué à ce niveau et on ne connait pas l’évolution depuis 2006. Le Costa Rica peut lui interpeller négativement car connu comme un des pays les moins inégalitaires de la région, on peut constater une tendance de fond au cours des dernières décennies à une augmentation des inégalités.

Tableau 4. Indices de Gini en Amérique Latine ?1995-2012

Source : Statistique de la CEPAL-Nations Unies ?*Note : Les données pour l’Argentine correspondent à la région urbaine - les seules disponibles.

De toute manière, la tendance à la réduction des inégalités avec toutes les nuances qu’il convient d’apporter n’empêche pas que la région continue d’être une des plus inégalitaires du monde.

Graphique 3. Evolution de l’indice de Gini en Amérique Latina (mesure simple) ?1997-2012

Source : Statistiques de la CEPAL-Nations-Unies

L’Europe et plus particulièrement la zone Euro à 15 pays a expériementé une tendance à une augmentation des inégalités au cours du XXI siècle comme le montre le graphique 4.

Graphique 4. Evolution de l’indice Gini dans l’UE-15 ? 2003-2012

Source : Eurostat

On constate la même tendence sans doute plus accentuée encore aux Etats-Unis où les inégalités atteignent des sommets alarmants pour ce qui est encore la principale économie de la planète.

Graphique 5. Evolution de l’indice Gini pour les Etats-Unis ?1990-2010

Source : Statistiques OCDE.?Note : La ligne entre 2008 y 2010 apparait en pointillés en raison de l’absence de données disponibles pour l’année 2009.

Etant donné les données relatives aux inégalités de revenu dans une bonne partie du monde avec l’indice de Gini, il faut insister sur la nécessaire prudence à adopter dans la comparaison des pays entre eux, étant donné les disparités dans l’évolution. La tendance prédominante a l’échelle mondiale demeure toutefois une augmentation des inégalités.

Les Etats-Unis, paradigme de l’augmentation des inégalités

Le graphique 6 permet d’observer la montée des inégalités dans ce pays en observant le pourcentage du revenu global capté respectivement par les 10% et les 1% les plus riches.

Graphique 6. Evolution des revenus aux Etats-Unis pour les 10% et les 1% les plus riches, ?hors revenus du capital (en pourcentage du revenu total) ?1980-2012

Fuente : World Top Income Database

Les données issues de la World Top Incomes Database ont montré une croissance homogène des revenus entre les différentes classes sociales aux Etats-Unis depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1970. La crise ralentit alors la croissance économique tandis les inégalités commencent à augmenter. A partur des années 1980, cette augmentation des inégalités explose et et plus concrètement la distance qui sépare le 1% le plus riche du reste atteint des niveaux inédits depuis les années 1920.

Ces données tirées de déclarations d’impôts ne font pas apparaître les complements de salaire, plus fréquents parmi les salaires moyens que parmi lesá hauts salaires les données pouvant exagérer cette distance. Néanmoins, celles officielles du Congressional Budget Office (CBO) d’Etats-Unis confirment cette tendance observée à partir des données d’Atkinson, Piketty et Saez. Il s’agit d’une série plus complète, même si elle ne présente pas la même perspective historique rendue possible par la dénommée World Top Incomes Database, car les données de la CBO ne remontent pas plus loin que 1979. D’après la CBO, entre 1979 et 2010 alors que les 20% les plus pauvres ont augmenté leur revenu cumulé de 49%, l’augmentation pour le 1% le plus riche a été de 201%. Si on prend la période entre 1979 et 2007, l’augmentation a été de 300% par rapport aux revenus de 1979. Ce 1%, avait avant le déclenchement de la crise, multiplié son revenu global par 4 par rapport à 1979 (Stone ; Trisi ; Sherman et Chen, 2013). Cette augmentation s’explique principalement par une élite encore plus réduite : celle du 0,5% le plus riche.

Le processus de captation des revenus entre les mains d’une petite élite n’est pas le seul fait des Etats-Unis même si c’est le pays où le phénomène peut être le plus visible. Le tableau 5 montre l’évolution depuis 1980 pour un groupe d’économies développées.

Tableau 5. Participation des 10% les plus riches dans le total des revenus de chaque pays |6|

Source : World Top Incomes Database

Si au lieu du revenu, on considère la richesse accumulée, les inégalités sont encore plus fortes. Según Wolff (2010), le 1% le plus riche des Etats-Unis possédait en 2007 34,6% de la richesse du pays, pourcentage qui s’élevait à 85% si on considérait les 20% les plus riches alors que les 40% les plus pauvres ne possédaient qu’à peine 0,2% de la richesse totale. Si on met de côté, l’habitation principale, l’écart est encore plus scandaleux avec le 1% le plus riche concentrant 42,7% de la richesse totale et 93% en considérant les 20% les plus riches. Il convient d’établir la nuance suivante : les 1% ou 10% les plus riches en patrimoine ne sont pas nécessairement les mêmes groupes qui sont les plus riches en matière de revenu. Ce sont deux choses distinctes qui peuvent parfois coïncider bien que ça ne soit pas toujours le cas.

L’augmentation de la richesse nette entre 1983 et 2007 pour le 1% le plus riche a été de 103% (127,2% en matière d’augmentation du revenu pour ladite période). Quant aux 40% les plus pauvres on ne peut parler au cours de ces années d’augmentation sinon de réduction de leur richesse nette de 62,9% (alors que leurs revenus au cours de ces années ont augmenté d’à peine 7,1%). En ce sens, les estimations de Piketty (2013) ne diffèrent guère : les 10% les plus riches concentrent 70 à 75% de la richesse totale aux Etats-Unis et environ 60% en Europe. |7|

A l’échelle mondiale, les calculs présentés dans le rapport annuel du Crédit Suisse (2013). Selon ses estimations, 0,7% de la population mondiale accapare 41% de la richesse totale. A l’autre extrémité, près des 70% les plus pauvres ne réunissent qu’à peine 3% de la richesse mondiale.?Le livre de Piketty a représenté un évenement aussi bien dans le monde de l’édition que du point de vue médiatique, tout particulièrement aux Etats-Unis en raison entre autre de sa fascinante accumulation de données qui donnent également raison au mouvement Occupy Wall Street, lorsque celui ci affirmait “we are the 99%” (nous sommes les 99%) face à l’élite du 1%. |8|

Dans le graphique suivant (Piketty, 2013 : page 556) montre l’évolution historique du patrimoine du décile et du centile le plus riche (c’est à dire respectivement des 10% et du 1% les plus riches) tant en Europe qu’aux Etats-Unis. A cet égard, l’auteur commente que l’inégalité en matière de patrimoine a été plus forte en Europe qu’aux Etats-Unis jusque dans les années 1950 lorsque la situation s’est inversée. De toute manière, comme on peut le voir, la tendance à une majeure concentration de la richesse suit une voie semblable à celle des Etats-Unis.

Graphique 7. Inégalités en matière de patrimoine : Europe et Etats-Unis ?1810-2010

Source : Piketty 2013 ((Graphique 10.6. Voir piketty.pse.ens.fr/capital21c)

Éric Toussaint met en avant que l’observation de deux siècles de données patrimoniales des plus riches peut conduire à deux conclusions d’une part la tendance à l’inégalité et d’autre part l’évolution liée au contexte historique et aux luttes sociales.

Traduction : Virginie de Romanet


Notes

|1| Larry Summers, ex-Secrétaire au Trésor, fait cet avertissement dans une conférence du FMI en novembre 2013. Summers observe qu’aux Etats-Unis, la bulle immobilière n’a même pas servi à augmenter significativement sa demande interne. La présentation de Summers peut être consultée ici.?http://larrysummers.com/imf-fourtee...

|2| Cet index pourrait être exprimé en pourcentage dans ce cas on aurait entre 0 et 100.

|3| Milanovic (2011 : p. 10).

|4| Les données pour la Chine sont communiquées par Molero Simarro (2014 : p. 305) et World Development Indicators de la Banque Mondiale pour l’Inde.

|5| Données du World Top Incomes Database, élaborée par Atkinson, Piketty y Saez : http://topincomes.g-mond.parisschoo... Dans le cas de l’Inde les données disponibles couvrent seulement la période 1980-1999 pour le 1% le plus riche. En tout cas, durant cette période la concentration de revenus de ce groupe est passée de 4,8% à 8,9% du revenu total du pays.

|6| Données pour le Portugal : 1980-2005 ; l’Espagne : 1981-2010 ; le Royaume-Uni : 1981-2009 ; les Etats-Unis : 1980-2012.

|7| Piketty (p. 82 et suivantes) signale la difficulté de traduire le mot wealth como richesse et utilise généralement de manière indistincte “patrimoine” y “capital”. L’utilisation du terme capital suivant le concept ortodoxe neoclassique a donné lieu à certaines critiques comme celle de Michel Husson ?(ver http://www.contretemps.eu/intervent...) ou celle de James K. Galbraith : http://www.dissentmagazine.org/arti...).

|8| Sur les données de Piketty voir l’analyse d’ÉricToussaint : http://cadtm.org/Como-podemos-utili...

Antonio Sanabria

Collaborateur au CADTM.

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