Édition du 3 décembre 2019

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International

Rencontre avec Mauricio Funès, nouveau président élu du Salvador

Le 15 mars courant, le Front Farabundo Marti pour la libération nationale, (FMLN) est devenu le premier parti de gauche à gagner une élection présidentielle au Salvador. Dès vingt–deux heures, le soir du vote, il était clair pour les SalvadoriensEs et le monde que l’ancienne organisation de guérilla de gauche avait mis fin aux cent trente ans de règne de l’oligarchie et des militaires sur ce pays centre-américain de sept millions d’habitants.

Dans les rues des centaines de sympathisants en T-shirt rouges scandaient « Si se pudo ! » en fêtant cette victoire de Mauricio Funès. Il a été élu avec 51% des voix. Rodrigo Avila, candidat du parti de l’Alliance nationaliste républicaine, au pouvoir depuis trente ans en a récolté 49%.

Mauricio Funès est une vedette de la télévision salvadorienne mais il est peu connu hors de son pays. Grâce à la collaboration entre The Nation et New America Media, Roberto Lovato et Josue Rojas ont pu rencontrer le nouveau président élu le soir de sa victoire. Voici des extraits de cette entrevue qui traite de nombreux sujets dont : le sens de cette présidence, les rapports entre le Salvador et les Etats-Unis, l’immigration et certains éléments de la politique extérieure.

Q. L’immigration est un enjeu majeur des rapports entre le Salvador et les Etats-Unis. Comment votre gouvernement différera-t-il de celui du président sortant, M. Suca, quant à l’approche de ce problème ?

R. Nous nous attaquerons à reconstruire un État démocratique qui respecte les lois. C’est la meilleure garantie que l’immigration vers les Etats-Unis va diminuer.

Q. Quel message voudriez-vous adresser au président Obama ?

R. Je voudrais lui dire que je ne serai pas en quête d’alliances ni d’accords avec d’autres dirigeants sud-américains qui pourraient mettre en danger nos relations avec son gouvernement.

Q. Des sondages montrent qu’une majorité de SalvadoriensEs rejettent certaines des politiques clés définies dans le Traité de libre échange entre les Etats-Unis et les États d’Amérique Centrale [1]. Spécialement la ‘dollorisation’ des économies et la guerre en Irak. Quelle est votre approche de cette réalité ?

R. Nous ne pouvons pas prétendre nous retirer du traité de libre échange ni non plus empêcher la ‘dollorisation’. Ce serait envoyer un mauvais message aux investisseurs étrangers et ainsi nous amener de sérieux problèmes. Nous n’avons pas assez de capacité d’investissements propres pour soutenir et stimuler notre économie.

Q. De quoi le gouvernement américain devrait-il se préoccuper eut égard au Salvador, en ce moment ?

R. Dans la mesure où nous allons faire notre part, c’est-à-dire rétablir nos capacités de production et adopter des politiques sociales qui vont améliorer la qualité de vie dans le pays, les raisons de partir vers les Etats-Unis vont diminuer donc le flot d’immigration diminuer également. Le gouvernement américain devrait prendre cela en compte.

Q. Où les effets de la transition vont-ils se faire sentir le plus vite ?

R. Nous allons changer la façon d’élaborer les politiques. Et le changement le plus significatif viendra de que le gouvernement ne sera plus au service des privilégiés. Le gouvernement ne poursuivra plus de politique économique de privilèges pour les privilégiés. Maintenant nous avons besoin d’un gouvernement comme celui qu’envisageait Mgr Romero [2]. Dans un message prophétique il disait que l’Église devait avoir une préférence pour les pauvres.

En le paraphrasant, je dirais que le gouvernement doit avoir une préférence pour les pauvres, pour ceux et celles qui ont besoin d’un gouvernement fort, capable d’aller de l’avant et qui soit aussi capable de compétitioner dans ce monde de déséquilibres, avec des règles équitables et justes.
Le gouvernement va briser les façons traditionnelles de faire de la politique dans ce pays.

Maintenant, nous allons mettre le gouvernement et les structures étatiques au service du peuple salvadorien, de la totalité des SalvadoriensEs. Mais, fondamentalement en faveur des opprimés, de ceux qui sont exclus du développement économique et social et qui sont la majorité. Pour ces gens qui n’ont pas eu, non pas depuis vingt ans mais depuis deux cents ans, la possibilité de participer à l’élaboration des politiques publiques.

Le gouvernement que je vais mettre en place va leur donner un rôle actif qu’ils n’ont pas eu jusqu’à maintenant.


Par Roberto Lovata et Josue Rojas [3]

Rapporté dans The Nation.com le 17-03-09

Traduction, Alexandra Cyr


[1CAFTA en anglais

[2Oscar Arnulfo Romero, Archevêque d’El Salvador, mort assassiné le 24 mars 1980 alors qu’il célébrait la messe dans la cathédrale d’El Salvador. (n.d.l.t.)

[3R.Lovata, journaliste pour New America Media, basé à New-York ; J. Rojas, reporter pour New America Media.

Mots-clés : International Salvador

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