Édition du 6 avril 2021

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Europe

Scandale du médicament Mediator en France

L’occultation des effets secondaires du médicament a l’origine des décès et des pathologies

Une trahision de la confiance des patients serait édictée par la cupidite financière des laboratoires Servier, au chiffre d’affaire de 4,7 milliards d’euros.Le préjudice donnant lieu a un procès marathon et des sanctions infamantes, illustrerait la rapacité du groupe, au détriment de la santé publique.

De Paris, Omar HADDADOU

Le mal est fait, la commotion violente !

Des plaies loin d’être fermées, et une remontée méandreuse des rouages du médicament incriminé Mediator qui n’a pas livré – en dépit du verdict rendu le 19 mars 2021 par le tribunal de Paris, tous ses secrets sur la l’abus de confiance, la pratique chafouine sur ordonnance, le profit nourri dans les arcanes collusifs de l’entre soi, du lobbying puissant, et de la pharmacovigilance jugée obsolète.

Pour les groupes d’intérêt et de pression, le lucre n’a pour unique fondement que la déloyauté. Quitte à marcher sur des cadavres et la vulnérabilité des malades !
Reconnus coupables pour « tromperie aggravée » et « homicides et blessures involontaires, les laboratoires Servier ont été condamnés à 2,7 millions d’euros d’amende dans l’affaire Mediator. Médicament sur la sellette qui serait responsable de plusieurs centaines de décès.

La présidente du tribunal correctionnel de Paris, Sylvie Daunis, n’a pas mâché ses mots pour clouer au pilori le groupe pharmaceutique : « Malgré la connaissance qu’ils avaient des risques encourus depuis de très nombreuses années, ils n’ont jamais pris des mesures qui s’imposaient et ainsi trompé ».

Une combine systémique préméditée, combattue par une femme

L’enjeu commercial reste le ressort de ces manœuvres perfides à soulever l’indignation.

Il a fallu qu’une femme, « Lanceuse d’alerte », prenne son courage à deux mains pour que la triste vérité éclate, 10 ans plus tard, au grand jour sur la toxicité du Mediator, à l’origine de graves lésions mortelles.

Outrée par les répercussions, la pneumologue Irène Frachon décide de briser le silence en publiant un livre explosif, et d’aller croiser le fer avec l’un des mastodontes de la « Big-Pharma ». Elle ameute les mass- media, attestant avec aplomb qu’elle sera présente pendant les six mois de débats et qu’elle « ne lâcherait rien ». Un coup de maître destiné à prendre le coupable de court et lui faire cracher le morceau.

Sa prise de position et sa détermination à débucher du bois le « méchant loup », défraient la chronique. Bravant le risque, elle interpelle les autorités sur le drame sanitaire dont le nombre de décès oscillant entre 1500 et 2000, est brandi comme preuve matérielle : « Je suis la privilégiée qui fait un peu peur, confesse-elle à la presse. J’ai réussi à obtenir 2800 avis d’indemnisation pour les victimes du Mediator. C’est tout ce qui m’intéresse ».
Servier est pointé du doigt et le médicament, présenté comme antidiabétique, mais copieusement prescrit comme coupe-faim, 33 ans durant, est retiré en 2009, au terme d’un ravage révoltant ; alors que les premières plaintes remontent à 1995.

L’accusation estime que les laboratoires ont sciemment dissimulé les propriétés anorexigènes et les effets secondaires délétères du Mediator. D’où le procès marathon de 517 heures durant lesquelles la « Volonté de tromper » est mise en exergue. A l’effet de « restaurer la confiance trahie », la procureure Aude Le Guicher a pesé de tout son poids, en qualité de garante de l’institution judiciaire française, en pénalisant le « choix cynique » et « le sinistre pari » d’une firme ayant priorisé ses intérêts financiers » à la santé des consommateurs du médicament.

L’amende de 10,228 millions d’euros infligée à la maison-mère et de 5 groupes pharmaceutiques, celle de 303 000 euros à l’encontre de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSM), inculpée pour manquement à sa mission de police sanitaire, ainsi que les 200 000 euros de peine pécuniaire prononcée à l’égard du numéro 2 de la firme, ont laissé un goût d’incohérence et d’inachevé :

« Ces peines sont trop légères, s’offusquaient les parties civiles (2684 victimes), à leur tête la baroudeuse Irène Frachon, s’affirmant comme fer de lance du combat des victimes du Mediator  :

« Il y a une difficulté dans le Droit pénal à punir correctement les délits de ce type-là, qui relèvent de la délinquance en col blanc  » tonne celle qui a joué la carte de la médiatisation pour débusquer les entourloupettes mal ficelées. Des agissements à l’antipode de cette campagne publicitaire sur l’interface du site du groupe Servier : « Partout dans le monde, nous sommes prêts à relever les défis de la santé de demain, pour et avec les patients  ». 
Pour ma part, mon défi est de raccommoder mes baskets qui baillent aux corneilles pour un petit footing soft et salutaire, histoire de m’assurer que je ne marche pas sur ma tête !

O. H.

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