Édition du 24 janvier 2023

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International

Sarkozy-Le Pen : la copie et l'original

La forte mobilisation électorale a largement profité à Sarkozy, qui recueille 31,18 % des suffrages, soit plus de 11 millions de voix. Le Pen, lui, chute : 10,44 % des voix. Sarkozy a réussi son pari : la rupture avec la période Chirac pour affaiblir le FN à son profit. Une page est tournée.

Article paru dans Rouge, l’hebdomadaire de la LCR, concernant le bilan du premier tour.

« Les Français ont préféré l’apparence du changement au changement réel », a déclaré avec dépit Le Pen, le soir du premier tour, devant la faiblesse de ses scores. L’extrême droite perd, en additionnant les scores de Le Pen et de Mégret en 2002, près d’1,5 million de voix par rapport à l’élection présidentielle précédente. Cette chute de Le Pen, qui prépare probablement, à plus ou moins long terme, le déclin du FN, est pour une large part due au fait que Sarkozy a repris à son compte les thèmes privilégiés de l’extrême droite. Flattés dans le sens de leurs préjugés, bon nombre d’électeurs d’extrême droite ont voulu assurer la présence de Sarkozy au second tour dans le meilleur rapport de force possible.

Ce dernier a réussi son pari d’absorber une partie de l’électorat FN afin de s’imposer comme le candidat de la rupture avec l’époque Chirac, celle de la cohabitation, dont Le Pen a été l’enfant. À l’issue des années 1990, alors que Chirac avait été Premier ministre de Mitterrand, puis Jospin celui de Chirac, Le Pen avait su détourner à son profit le mécontentement suscité par les reniements et le libéralisme de la gauche, mécontentement que la droite, partageant le pouvoir avec elle, ne pouvait capitaliser. En rompant avec cette période, Sarkozy a reconquis une partie de cet électorat en s’affirmant comme une vraie droite, décomplexée, dure, se nourrissant des mêmes préjugés que l’extrême droite.

Cette première étape achevée, il lui faut, parallèlement, gagner la bataille au centre. Ainsi reprend-il, pour le second tour, la chanson de Bayrou : « Je ne souhaite qu’une chose : rassembler le peuple français autour d’un nouveau rêve français. » Nicolas Sarkozy arrondit les angles, déclare son « respect » pour Ségolène Royal et termine sa déclaration d’après premier tour en déclarant : « Cette France fraternelle, c’est elle qui m’a tout donné. Je lui dois tout. Il est venu le temps de tout lui rendre à mon tour. J’invite tous les Français de bonne volonté, quels que soient leurs origines, leurs croyances, leurs partis, à s’unir à moi pour qu’ensemble nous puissions bâtir. » Et ses officiers de multiplier les appels du pied en direction de Bayrou et de ses électeurs.
Face à cela, Royal semble vouloir mener sa campagne sur le terrain des personnalités, des caractères des deux candidats espérant ainsi attirer des électeurs de Bayrou qui pourraient être repoussés par l’arrogance de Sarkozy... Elle prend l’initiative de proposer au leader centriste « un dialogue ouvert et public », se mettant encore une fois en position de concurrence avec Sarkozy sur le même terrain que lui. La logique présidentielle conduit les deux adver-saires à chasser sur les mêmes terres du centre, en soulignant les convergences de fond qui existent entre eux, par-delà les personnalités. Il n’est pas dit que Sarkozy ne soit pas le perdant de ce petit jeu. Son ambition de capter des voix à la gauche, au centre et à l’extrême droite, pourrait se révéler un piège et se retourner contre lui. Sauf que son score se nourrit de la pression à droite qu’exercent l’ensemble des forces politiques, y compris le PS, leur capitulation devant les exigences des grands actionnaires et du Medef.
C’est ce dont se flattait Le Pen : « Nous avons gagné la bataille des idées. La nation et le patriotisme, l’immigration et la sécurité ont été mis au centre de la campagne de nos adversaires. » Que Le Pen puisse ainsi se flatter d’avoir réussi à enfermer le débat politique dans le cadre de préoccupations réactionnaires travaille pour Sarkozy. Le recul électoral du FN ne pourra se transformer en un réel retour du balancier politique à gauche en réponse au 5 mai 2002 que si émerge une nouvelle force capable d’imposer dans le débat, la démocratie, le progrès, l’urgence sociale et démocratique, la nécessaire alternative anticapitaliste dont la société a besoin.

C’est pourquoi, agir pour battre Sarkozy, c’est au second tour, dans la continuité du premier, exercer la pression la plus forte possible, la plus à gauche possible.

Mots-clés : France International

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