Édition du 20 octobre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Toc, toc, toc ?

Hey, les gars, n’entendez-vous pas la clameur de plus en plus insistante qui s’agite à votre porte ? ne percevez-vous pas la peine, la colère, l’indignation et l’impuissance des femmes qui prennent enfin la parole pour vous interpeller ouvertement, osant ainsi défier la loi du silence qui nous veut soumises et apeurées depuis l’aube des temps ? Pourquoi demeurez-vous silencieux comme si cela ne vous concernait pas, ou outrés et sur la défensive, comme si c’était vous les victimes ?

14 septembre 2020 | Danielle Desormeaux
tiré de : Parution de septembre 2020 De Journal Entrée Libre , le 2020-09-16

http://www.entreelibre.info/2020/09/14/toc-toc-toc/

Non, notre but n’est pas de briser votre réputation ou de nous venger. Plusieurs d’entre nous ne souhaitent même pas obtenir justice, réparation ou excuses. Devant les violences que nous subissons quotidiennement, gratuitement et impunément, nous souhaitons certes briser le silence, mais surtout, ce que nous voulons vraiment, c’est que ça change.

TOC, TOC, TOC ! !

Malgré les clameurs qui s’agitent autour de vous, pourquoi êtes-vous si peu nombreux à prendre la parole, à vous indigner, à dénoncer l’inacceptable ? Votre silence contribue à consolider la coriace solidarité masculine et vous rend complice malgré vous. Ne vous rendez vous pas compte qu’à force de vous cacher derrière la cloison inébranlable de votre image de virilité, non seulement vous infligez beaucoup de mal autour de vous, mais que vous être vous-mêmes prisonniers d’un mirage ?

Sans le savoir, encore trop d’hommes sont enchainés à l’idée reçue de ce qu’est, ou de ce que devrait être, un vrai gars. Pour avoir le droit de se qualifier en tant qu’homme, ils croient devoir se conformer à des critères, à un modèle rigide et étroit qui leur assure, certes, les avantages accordés aux dominants, mais qui les éloignent aussi de leur humanité. L’impératif social qui incite les hommes à vouloir être et demeurer dominants se traduit dans leur façon d’être, de penser, de ressentir et de se comporter avec les autres, en particulier avec les femmes.

Selon ce modèle, le mâle alpha se doit de contrôler, de décider et d’exercer sa volonté, tout en s’abstenant d’éprouver états d’âme ou sensibilité, ces qualités indésirables et méprisées réservées aux faibles. Un vrai homme n’a besoin de personne et mérite tout ce qu’il est capable de prendre. Plus il impose, conquiert, usurpe, possède, domine et gagne, sans se laisser atteindre, plus il est digne d’être considéré comme un vrai homme. Selon cette idéologie, les femmes deviennent des objets à conquérir, à posséder, à dominer et à utiliser pour leurs besoins et leur plaisir, ou pour rehausser leur prestige et leur image, comme le sont la carrière ou les possessions matérielles. Elles servent d’accessoires permettant d’exercer leur supériorité et leur pouvoir et de nourrir leur sentiment de virilité.

Pendant de longs siècles, les femmes se sont conformées à leur rôle d’objet et de servante, et se sont soumises, par tradition ou par peur, à ce que les hommes et la société attendaient d’elles. Aujourd’hui, malgré tout le chemin parcouru, leurs voix s’élèvent encore. Les femmes demandent qu’on leur reconnaisse une existence et une volonté distinctes et indépendantes des désirs et des besoins des hommes. Elles souhaitent être reconnues et respectées dans leurs préférences et leurs limites. Elles revendiquent la liberté de faire ce qu’elles veulent, de s’exprimer, de circuler où bon leur semble, de porter ce qu’elles veulent, de dire oui ou de dire non, et ce, en toute sécurité. Elles ont besoin d’alliés, d’amis, d’amoureux et d’amants, de professeurs, entraineurs, parents, conjoints et mentors, capables d’éprouver de l’empathie et de respecter de leur intégrité. Pas d’agresseurs.

Pour que les choses changent, nous avons besoin que les hommes acceptent d’ouvrir une brèche dans la cuirasse qui les isole de nous et qui les rend insensibles à la souffrance qu’ils nous infligent. Car s’ils pouvaient éprouver la douleur des filles et des femmes, des mères, des sœurs, des amies, des collègues de travail et de toutes les parfaites inconnues croisées au hasard des rencontres, qui subissent quotidiennement les comportements de domination et d’agressions des hommes, ils seraient incapables de continuer d’agir et de penser comme ils le font. S’ils pouvaient prendre conscience des séquelles engendrées par les blessures profondes à notre intégrité et à notre dignité, à plus ou moins grande échelle, mais encore et toujours, ils auraient tellement mal au cœur et à l’âme qu’ils ne pourraient s’empêcher de nous prendre dans leurs bras, de pleurer avec nous et de nous promettre de tout faire pour que ça ne se reproduise plus jamais, pour aucune d’entre nous.

Toc, toc, toc ?

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