Édition du 19 mai 2026

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États-Unis

Trump : retour sur quinze mois d’assauts sur la démocratie américaine

Donald Trump est de retour à la Maison-Blanche depuis un peu plus d’un an et, déjà, la démocratie américaine vacille. Ses décisions très controversées, autant sur les plans économique ou social que militaire, et ses positions provocatrices alimentent un consensus de plus en plus large autour de la crainte qu’il ne devienne un véritable dirigeant autoritaire.

28 avril 2026 | tiré d’un blog de mediapart.fr | Illustration 1 : The Now Time © Unsplash
https://blogs.mediapart.fr/voix-en-exil/blog/280426/trump-retour-sur-quinze-mois-d-assauts-sur-la-democratie-americaine

Il avait déjà bousculé les normes lors de son premier passage à la Maison-Blanche. Mais le Trump 2.0 va bien plus loin. Fake news, provocations calculées, coups de force institutionnels : le président américain semble avoir définitivement rompu avec les codes qui régissent la plus haute fonction du pays.

Ce qui se joue en ce moment n’a rien d’entièrement nouveau : le 6 janvier 2021, Donald Trump lançait déjà ses partisans à l’assaut du Capitole, symbole de la démocratie américaine. Il n’a d’ailleurs jamais condamné leurs actes ni reconnu son rôle dans l’insurrection, et encore moins les victoires électorales du camp démocrate.

Quatre ans plus tard, il est de retour, porté par une base MAGA prête à tout lui pardonner — sauf peut-être de s’afficher sous les traits de Jésus. Trump entame son second mandat d’une façon résolument revancharde, enchaînant les diatribes et les mesures (67 décrets en un mois) contre un ordre mondial qu’il entend faire plier à sa volonté.

Guerre commerciale

Avec un protectionnisme assumé, il fait reposer une grande partie de sa politique économique sur les droits de douane, malgré les protestations d’un grand nombre d’économistes. Les droits dits “réciproques” montent jusqu’à 50% pour des partenaires commerciaux majeurs comme l’Inde et le Brésil et 145 % sur les produits chinois. Au nom d’un nationalisme économique agressif, Trump mène une guerre commerciale qui pénalise avant tout le consommateur américain.

Mais le président américain est allé trop vite. Le 20 février 2026, la Cour suprême lui inflige un camouflet. Dans une décision prise par 6 voix contre 3, la plus haute juridiction américaine a estimé que Trump avait violé la loi fédérale en imposant unilatéralement des droits de douane massifs dans le monde.

Le juge en chef, John Roberts, a écrit que la loi sur laquelle s’appuyait Trump, l’International Emergency Economic Powers Act, ne peut en aucun cas s’appliquer aux droits de douane ni aux taxes douanières. Apprenant la nouvelle lors d’une réunion avec des gouverneurs à la Maison blanche, Trump aurait lâché « C’est une honte » avant de quitter la pièce.

Plus tard, lors d’une conférence de presse, il qualifie les juges de sa majorité de « peu patriotiques et déloyaux envers la Constitution ». Ce conflit ouvert entre un président et les membres de sa propre Cour suprême témoigne d’un niveau indéniable de dérive institutionnelle.

Une politique migratoire de terreur

Sur le front intérieur, la politique migratoire de Trump est entrée dans l’histoire pour les pires raisons. Trente-deux personnes détenues par l’ICE (United States Immigration and Customs Enforcement ou Service de l’immigration et des douanes des Etats-Unis) sont mortes en 2025, un record sur deux décennies. Au moins sept autres sont décédées en janvier 2026, dans des centres de détention surpeuplés où règnent la négligence médicale et la violence.

La machine répressive de Trump a également commencé à broyer ses propres citoyens. En janvier 2026, à Minneapolis, lors d’opérations anti-immigration, des agents fédéraux de l’ICE ont abattu deux citoyens américains : Renée Good et Alex Pretti, 37 ans tous les deux. Des vidéos contredisent la version officielle de l’administration sur les circonstances de ces décès.

Une dérive autoritaire s’accompagne naturellement d’attaques contre la liberté de la presse. Trump ne fait pas exception. Selon une estimation, Trump a publié 215 messages anti-médias sur les réseaux sociaux en 2025, ciblant individuellement des journalistes et des organes de presse pour la couverture critique de son administration.

Dès le jour de son investiture, il gèle des centaines de millions de dollars d’aide étrangère destinée à soutenir la liberté de la presse dans le monde. Il démantèle également l’US Agency for Global Media, qui soutenait des médias indépendants comme Voice of America et Radio Free Europe que suivaient 427 millions de personnes dans des régimes répressifs. L’Associated Press est bannie des événements officiels de la Maison blanche, en représailles d’avoir refusé d’adopter l’appellation « Golfe d’Amérique » au lieu de « Golfe du Mexique » dans son guide de style.

Un interventionnisme dévastateur

Dés le début de sa présidence, Trump fait de l’acquisition du Groenland une priorité, la présentant comme un impératif de sécurité nationale face à la concurrence arctique de la Russie et de la Chine. Dès le 6 janvier 2025, avant même de prêter serment, il menace le Danemark de taxes douanières « très élevées » si celui-ci ne cédait pas ce territoire autonome.

Il envoie également son fils, Donald Trump Jr., au Groenland en mission de séduction populaire. Sur place, des observateurs locaux décrivent la visite comme « mise en scène ». Les Groenlandais, eux, ne sont pas amusés : plus de 85 % des 56 000 habitants de l’île s’opposent à toute intégration aux États-Unis.

En janvier 2026, Trump franchit une nouvelle ligne. Des commandos américains Delta Force attaquent Caracas et capturent le président vénézuélien, Nicolás Maduro et son épouse. Ces derniers sont transférés à New York pour y être jugés. L’opération, baptisée « Absolute Resolve », avait été répétée des mois durant sur une réplique du bâtiment ciblé.

La Washington Office on Latin America, organisation historique qui défend les droits humains sur le continent américain, dénonce l’illégalité de cette action. Elle rappelle que depuis septembre 2025, les États-Unis ont mené 32 frappes militaires et tué au moins 115 personnes dans la mer des Caraïbes et le Pacifique oriental, des exécutions extrajudiciaires selon les experts. De nombreux gouvernements condamnent également l’attaque comme une violation du droit international.

Le prétexte officiel de l’opération était la lutte anti-drogue. Mais Trump lui-même indique sans ambiguité lors d’une conférence de presse que le pétrole vénézuélien est une motivation centrale. Il déclare que les États-Unis allaient gérer le Venezuela et « vendre de grandes quantités de pétrole à d’autres pays ».

Le summum de la frénésie guerrière est atteint le 28 février 2026. Les États-Unis et Israël lancent des frappes aériennes surprises sur de multiples sites en Iran. Les frappes qui tuent le Guide suprême, Ali Khamenei, et de nombreux hauts responsables iraniens. L’opération, baptisée « Epic Fury » par la Maison blanche, a embrasé toute la région, et a été lancée sans autorisation du Congrès, en violation de l’article 1 de la Constitution américaine qui réserve au parlement le pouvoir de déclarer la guerre.

Même au sein du camp républicain, des voix s’élèvent. L’élu conservateur Thomas Massie qualifie les frappes d’« actes de guerre non autorisés par le Congrès ». Plus troublant : des sources ont révélé à CNN que la veille des frappes, le Pentagone avait lui-même informé des membres du Congrès que l’Iran ne planifiait pas d’attaques contre les forces américaines, sauf si Israël attaquait le premier, contredisant directement les justifications officielles de l’administration.

Depuis le début du conflit, au moins 2000 personnes ont été tuées en Iran, plus de 2100 au Liban et 26 en Israël — sans compter les milliers de blessés et les millions de déplacés. L’Iran a bloqué le détroit d’Ormuz, ce qui a fait bondir les prix du pétrole et fragilisé l’économie mondiale.

Le 7 avril, Trump, entre deux allers-retours dans son club de Mar-a-Lago en Floride, déclare dans un ultimatum qu’une “civilisation entière va mourir ce soir”, avant de reculer.

Ce tableau d’ensemble montre à quel point Trump gouverne selon les réflexes d’un homme fort qui a découvert que le pouvoir, aux États-Unis, peut s’exercer sans presque aucune contrainte si l’on est prêt à briser les normes une par une.

La démocratie américaine vacille, mais des gardes-fous persistent. La Cour suprême a résisté aux taxes douanières. Des juges fédéraux ont bloqué certaines déportations illégales. Les citoyens descendent en masse dans la rue. La vraie question est aujourd’hui de savoir combien de temps ces garde-fous tiendront face à un homme qui semble avoir décidé qu’il n’avait de comptes à rendre à personne.

Journaliste haïtien et fondateur du média Écho Migrant, Jean Samuel Mentor travaillait en tant que reporter-rédacteur dans plusieurs médias en ligne et radios. En 2021, il remporte le 2e Prix Jeune Journaliste de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Début 2023, alors rédacteur en chef du média Haïti News 2000, il enquête sur les compagnies privées de sécurité et le trafic illégal d’armes en Haïti et reçoit de nombreuses menaces de mort. Il est forcé de quitter son pays fin 2023 et rejoint la France, où il obtient un prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre dans la catégorie radio pour son reportage « Haïti : le corps des femmes, terrains de guerre des bandits. »

Aujourd’hui, il travaille à la création d’Écho Migrant, média d’investigation consacré à la migration.

Une version de cet article a d’abord été publiée par l’Œil de la Maison des Journalistes.

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