Édition du 18 juin 2019

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Livres

Un féminisme décolonial

Un féminisme décolonial de Françoise Vergès Éditions La Fabrique

Un petit livre de 152 pages avec deux chapitres seulement mais un trésor de réflexions féministes. C’est à une critique du capitalisme racial et de l’hétéropatriarcat que nous invite l’auteure Françoise Vergès. Et elle le fait en mettant de l’avant les luttes de toutes les femmes racisées. Elle utilise peut le terme intersectionnalité mais démontre concrètement comment tenir compte des oppressions de toutes les femmes.

Dans le chapitre 1 intitulé définir un camp : le féminisme décolonial. Elle situe d’abord le féminisme décolonial dans le long chemin vers la liberté des femmes noires, colonisées et esclaves. Pour mieux arriver ensuite à une critique acerbe du féminisme occidental ou civilisé qui agit comme un repoussoir pour les femmes vivant l’oppression coloniale. Ce féminisme blanc, selon elle, ne cherche qu’a s’intégrer l’économie capitaliste et au monde des hommes prédateurs. Ce féminisme du 50-50 et des droits des femmes limitent les luttent des femmes dans le cadre capitaliste. Et cela va jusqu’à soutenir des politiques racistes et négrophobes en considérant , entre autre, les femmes racisées comme des victimes.

Elle poursuit sa critique du féminisme civilisationnel en affirmant que le féminisme doit dépatriarcaliser les luttes révolutionnaires tout en se situant dans leur sillage. Pour atteindre ce but le féminisme décolonial lie les luttes contre les viols et les violences faites aux femmes dans les luttes contre le colonialisme, l’extractivisme et la destruction du vivant et toutes les répressions policières. Elles luttent aussi pour une réelle reconnaissance de toutes les femmes et contre toute tentative d’infériorisation des femmes.

Le féminisme décolonial se veut aussi lieu de réflexion sur les interactions entre le sexisme, le le racisme et l’ethnicisme et tout cela en lien avec le système colonial. Pour Françoise, la colonie est essentiel au pays impérialiste ici la France. Et sans une analyse des imbrications et une critique claire du colonialisme, le féminisme reste pris au piège du capitalisme. Le féminisme décolonial est multidimentionnel et total. Il refuse de découper les réalité en race, couleur etc. Il prône la compréhension des liens entre capitalisme, patriarcat, sexisme, racisme, droits des personnes réfugiées et luttes environnementales. Et c’est là, que se situent les plus grandes divergences avec les féministes civilisationnelles.
Ce cadre théorique placé, le chapitre 1 se poursuit sur des exemples de luttes coloniales.

Le chapitre 2 : L’évolution vers un féminisme ciivilisationnel du XXIe siècle aborde un sujet d’actualité : la laïcité. Immédiatement Françoise critique les positions du féminisme blanc : celui de l’interdiction des signes religieux. Ces femmes blanches transforment la lutte du patriarcat contre le systèmes de domination des hommes en lutte contre l’homme arabe et l’Islam. Ce sont ces femmes qui possèdent la connaissance, qui jouent les grandes sœurs et les sauveuses de l’humanité au détriment de toutes les luttes politiques menées par des femmes dans les années ‘70. Le monde est ainsi divisé entre les civilisations qui sont pour l’égalité des femmes et les autres qui lui sont hostiles. Ainsi les inégalités entre les femmes ne sont plus inégalités structurelles mais question de mentalités, d’éducation ou de culture.

Le chapitre 2 illustre les politiques coloniales de la France en particulier concernant les emplois dans les soins et le travail domestique. Comment les femmes immigrées vont servir à combler ces tâches ingrates à bas salaire. Ainsi les femmes immigrantes deviennent invisibles à l’instar des tâches ménagères. Ce sont les femmes noires américaines qui ont démontré les liens entre ces travaux et le racisme.

Pour les femmes racisées ce travail ménager est celui de l’usure et de la fatigue en plus des bas salaire, les hommes en sont les contremaîtres. C’est pourquoi, ces travailleuses devraient être mis en avant dans la lutte contre le capitalisme et le patriarcat.

Le chapitre et le livre se termine avec brio sur le capitalisme producteur de déchets et les femmes surtout racisées et immigrantes qui le nettoient. Les liens avec l’environnement ressortent ici en toile de fonds pendant que la pénibilité, les souffrances et les dangers pour la santé sont mis en avant. Ainsi déchets-travail-ménager-racisme et sexisme devienent invisibles. Pourtant, ce travail est essentiel pour le capitalisme et sa survie.

En conclusion, le féminisme décolonial se doit dénoncer cet invisibilité du travail ménager et ses interrelations avec les différents systèmes d’oppressions.

Lire ce petit livre c’est comme manger une délicieuse truffe avec un bon café noir.

Bonne lecture

ginette lewis

Un féminisme décolonial
Editions La Fabrique, 2019, 152 p.
ISBN  : 9782358721745
Sortie 15 février 2019

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