Germain Dallaire,
Samedi le 15 novembre dernier, le PQ faisait connaître son orientation concernant la monnaie dans un Québec indépendant. Il faut saluer avec enthousiasme la prise de position en faveur d’une monnaie québécoise. Il s’agit d’un pas en avant décisif par rapport à la souveraineté association de René Lévesque et l’union monétaire de Jacques Parizeau. Pour la première fois, on assume pleinement ce que signifie réellement l’indépendance d’un pays. En soi, c’est un événement.
La démonstration faite par PSPP en conférence de presse était d’une limpidité totale. Le Québec deviendra de facto la 27ieme économie du monde avec toute l’infrastructure financière et réglementaire nécessaire ainsi que les institutions(banques, caisse de dépôt, assurances). Jamais un nouveau pays n’aura été aussi bien pourvu pour prendre en main son destin de façon autonome.
Si l’objectif apparaît limpide, le chemin choisi pour y arriver pose cependant d’énormes questions parce qu’en plus d’être long (dix ans), l’issue en est carrément hypothétique. Toute la lucide analyse faite lors de la conférence de presse risque de s’effondrer comme un château de cartes. En choisissant de donner ce qui s’apparente à un veto à une commission d’experts (banquiers, gestionnaires, universitaires), le PQ abdique de sa responsabilité politique. Avec la CAQ, nous avons vu apparaître les top guns de l’administration publique, avec le PQ ce sont les top guns de l’indépendance. La décision de nous doter de notre propre monnaie ne doit pas relever d’une commission formée d’experts prétendument objectifs, rationnels et indépendants. Si leur implication active dans la mise en œuvre est légitime et souhaitable, la décision doit être prise par le pouvoir politique dans la mesure où elle découle d’une volonté démocratique de la population.
La prétendue objectivité des experts économiques est une pure fiction qui se vérifie tous les jours par les opinions souvent opposées qu’ils expriment publiquement. Le PQ lui-même en a fait l’expérience dès le lendemain de sa conférence de presse alors qu’un économiste patenté traitait le mal hollandais de foutaise dans les pages d’un quotidien. Le PQ s’est fortement appuyé sur ce phénomène pour justifier sa prise de position en faveur d’une monnaie québécoise.
Le PQ présente cette démarche en s’appuyant sur une volonté de stabilité. S’imaginer que la réalisation de l’indépendance sera un long fleuve tranquille relève de la pensée magique. Suffit de regarder toutes le magouilles qui ont entouré les référendums de 1980 et 1995. Du « coup de la Brink’s » au scandale des commandites en passant par la naturalisation accélérée de milliers d’immigrants, les leaders fédéralistes autant politiques qu’économiques ont montré qu’ils ne reculeraient devant rien pour maintenir le statu quo. Faut-il le rappeler, la demande unanime de l’Assemblée Nationale de publier les documents de la Commission Grenier est toujours lettre morte près de deux ans après le vote. Comme le dit si bien PSPP en parlant des prochains mois, « on n’a encore rien vu en termes de vents contraires ». Ces documents secrets pourraient aider en mettant les fédéralistes sur la défensive .
Le conseil national portait essentiellement sur les PME et les régions. Comme pour la monnaie, on retrouve la même préjugé aveugle en faveur du milieu d’affaire. Le PQ voit les 90 milliards d’impôts rapatriés d’Ottawa comme une manne permettant d’installer ce qu’il appelle un système fiscal plus compétitif. Quand on utilise un tel langage, on vise la clientèle d’affaire. En plus de la fiscalité, les tarifs d’électricité sont dans le viseur. Le 20% de réduction de tarif d’électricité sur le tarif L qui ont coûté à ce jour 1,37 milliard aux québécois et vont en coûter autant sinon plus jusqu’à la fin du programme en 2032 fait saliver les PME qui veulent leur part du gâteau. PSPP a terminé son conseil national en parlant de création de richesse. François Legault n’aurait pas dit mieux. Une CAQ 2,0 vous dites ?
Plutôt de parler de stabilité, ce dont il faut parler c’est de courage et d’audace. Plus que jamais l’épitaphe qu’a fait inscrire Jacques Parizeau sur sa pierre tombale doit nous servir de boussole : « N’ayez pas peur ».
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