Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Point de mire du 30 avril 2019

Le capitalisme vert n'est pas une solution !

Dans ces points de mire, Presse-toi à gauche présente synthétiquement des éléments d’analyses d’articles publiés dans l’édition de la semaine et explicite ses partis-pris sur les points d’actualité et les débats en cours. Points de mire, pour bien marquer où nous voulons en venir !

La décision du gouvernement Trudeau de refuser l’accès au pays à Carles Puidgemont constitue une véritable gifle à la démocratie et une démonstration de la solidarité des gouvernements lorsqu’il est question de réprimer un mouvement indépendantiste. André Frappier qui fut observateur lors du référendum du 1er octobre 2017 sur l’indépendance de la Catalogne, montre que Justin Trudeau se cache derrière ses fonctionnaires dans ce dossier. Il cautionne ainsi l’attitude anti-démocratique du gouvernement de Madrid. La Société St-Jean-Baptiste, l’organisme à l’origine de l’invitation faite à Puigdemont, compte utiliser les tribunaux pour connaitre les raisons de ce refus.

Les mobilisations pour la lutte aux changements climatiques se poursuivent mais Bernard Rioux craint qu’elles ne s’empêtrent dans une méli-mélo de lobbying et de mains tendues. Il déplore que l’orientation actuelle consiste à faire pression sur le gouvernement Legault afin qu’il dépose un plan de lutte aux changements climatiques. Or, ce gouvernement comme les précédents n’ont en réalité qu’une mission : mettre en place les conditions pour que les profits soient au rendez-vous... et que l’on applique une bonne dose de poudre aux yeux, question de berner celles et ceux qui croient encore que le gouvernement Legault se préoccupe de l’environnement. Il croit en revanche à une mobilisation populaire qui exige de sortir des règles du système actuel, le capitalisme. Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra opérer une réelle transition énergétique et une baisse radicale des émissions de GES.

L’ASSE, l’organisation qui fut à la tête du mouvement contre la hausse des frais de scolarité en 2012, a été dissoute par les délégué.e.s lors d’un congrès à Québec. Des discussions se poursuivent afin de mettre en place une nouvelle organisation avec une orientation combative s’appuyant sur la solidarité et la démocratie. Fondée en 2001, les militant.e.s de l’ex-ASSE s’engagent maintenant à poursuivre la lutte pour la gratuité scolaire, fer de lance du mouvement en 2012.

À l’occasion du 1er mai, fête internationale des travailleuses et des travailleurs, l’R des centres de femmes du Québec lance une campagne pour faire reconnaître le travail invisible. Lors de la manifestations du 1er mai, les femmes seront présentes et invitent à faire la grève du travail invisible. Rappelons que le travail invisible n’est pas reconnu comme tel et n’est pas comptabilisé dans la création de richesse au pays. L’R des centres de femmes met un compteur en ligne pour en évaluer la valeur réelle.

C’est le 1er mai et ce devrait être un moment de célébration mais plusieurs n’ont pas le goût de faire la fête. Pourtant il y plusieurs raisons de tenir cette journée. Guillaume Manningham retrace les origines de cette journée ouvrière. Cependant, de nombreuses organisations, comme le SPGQ déplore les écarts salariaux entre les hommes et les femmes qui existent encore dans la fonction publique. Le syndicat évalue que le gouvernement du Québec perd annuellement plus de 800 millions $ à cause de son laxisme face à l’évasion fiscale.

Sur la scène internationale

Nous débutons notre survol de la situation internationale par une mise en accusation du Canada. Nous poursuivons avec deux réflexions : une sur le colonialisme italien et une sur l’immigration et deux analyses de fonds de pays ayant fait manchette ces derniers mois soit : l’Iran et la Chine,

Affaire Chevron en Amazonie équatorienne : La décision de la Cour suprême du Canada ferme la porte à la fin de l’impunité La Cour suprême du Canada a accepté d’examiner les agissements de la compagnie canadienne Chevron en Amazonie équatorienne. Cela vous étonnera-t-il e savoir que : « ..., le 23 mai 2018, la Cour d’appel de l’Ontario a rejeté la demande, alléguant que Chevron Canada était une société autonome et indépendante de la société mère Chevron et que, par conséquent, il n’avait aucune obligation envers la justice équatorienne. »

Ainsi la justice canadienne cautionne l’exploitation éhontée de cette multinationale et favorise leur impunité. Une Campagne est donc lancée pour avancer : « ... dans les négociations d’un traité international contraignant sur les sociétés transnationales et pour les droits humains. La campagne lance aussi un appel à la solidarité internationale auprès les communautés affectées par Chevron. » Un dossier à suivre en tant qu’ individu-e vivant au Canada.

De plus en plus, en Europe, la notion de colonialisme refait surface et pose la nécessité de réparations. Cet article éclaire le colonialisme italien : une situation peu connue. Les colonies italiennes dans la Corne de l’Afrique et l’absence de réparations

L’auteur, pour nous aider à mieux comprendre la situation, fait un bref retour historique. La colonisation italienne commence en 1869 par l’établissement d’une colonie en Érythrée et s’intensifiera au cours des années suivantes pour couvrir l’Éthiopie et la Somalie. Ce colonialisme connaîtra ses beaux jours de 1913 à 1943 profitant de la Première guerre mondiale et de la montée du fascisme. En 1935 on voit naître : « Dans la même année, toutes les colonies italiennes de la Corne de l’Afrique furent unifiées dans l’Afrique Orientale Italienne (AOI). » Ainsi naît :  « L’empire italien fondé en 1936 dura 5 ans. » La fin de la Deuxième guerre mondiale met fin à ce rêve impérialiste et oblige l’Italie à restituer les œuvres volées. Mais aucun procès n’a permis de juger les responsables et au contraire : « ils ont retrouvé une place dans l’appareil administratif de la Première république. »

Sans réparations, sans reconnaissance des crimes et du colonialisme, on peut poser les questions suivantes : « Quel avenir pour une population qui ne connaît pas son histoire ? Comment peut-on combattre l’avancée de l’extrême droite aujourd’hui si nous n’avons pas fait face à notre passé ? » Les réponses restent à venir.

Nous poursuivons nos réflexions sur le phénomène de l’immigration.
Immigration et lutte des classes L’auteur, Saïd Bouamama, situe son article au coeur des problématiques sur l’immigration et affronte le préjugé les plus fréquents. Ce préjugé de vol de travail ne sert que le patronat pour baisser les salaires et les conditions de travail. S’en suit toute une explication historique de la création de cette mise en concurrence des travailleurs et travailleuses. Est ainsi mis en lumière le fait que : « L’unité de la classe ouvrière n’est donc pas une donnée première mais au contraire le résultat d’un travail politique et idéologique d’unification. »

Pour le patronat l’immigration est une nécessité non seulement en terme de nombre mais aussi en terme de mobilité et de flexibilité.Trois idées synthétisent la pensée du patronat : « 1) Les travailleurs nationaux sont trop organisés et combatifs pour leur imposer une baisse des salaires et des conditions de travail ; 2) Ils sont trop attachés aux droits liés à un métier et au fait d’avoir un logement décent ; 3) Il faut donc constituer une nouvelle strate inférieure dans le monde du travail » L’auteur s’achemine vers une conclusion à méditer à savoir : « La frontière de la nationalité est ici utilisée pour masquer la frontière de la classe sociale. A la division entre un « nous » ouvrier et un « eux » capitaliste est substituée un clivage entre un « nous » national et un « eux » immigré. »

Nous avons aussi retenu deux analyses économiques sur l’Iran et la Chine.

Iran. Crise socio-économique, répression et élans démocratiques Boycott et embargo américain ne peuvent expliquer à eux seuls la crise économique actuelle en Iran. Le régime réactionnaire et corrompu des Ayatollahs doit être mis en cause. Pour l’auteur, ce régime est une théocratie basée sur l’islam.

Après un bref rappel historique, l’auteur montre que la guerre Iran-Irak a eu des conséquences humaines incroyables mais a aussi permis aux dirigeants iraniens d’en : « profiter pour détruire toutes les institutions démocratiques (les partis politiques, les syndicats, les associations) et liquider surtout les mouvements et les militants politiques radicaux, surgis avec la période révolutionnaire. On évalue au minimum à 30 000 le nombre d’exécutions des prisonniers politiques à la fin de la guerre. »

Depuis ce temps, les autorités ont appliquées avec ferveur les politiques d’ajustement structurel : « La posture « anti-impérialiste » de toutes les factions du régime des ayatollahs n’est que le cache-misère de cette politique réactionnaire, au service d’une bourgeoisie rentière et corrompue, au pouvoir depuis la révolution iranienne de 1979. Les conséquences de cette politique en matière économique et sociale démontrent son impact désastreux sur la situation de toutes les couches populaires en Iran, »

Dette des entreprises en Chine : se dirige-t-on vers une crise ?

Les données sur la situation économique et sociale de la Chine ne sont pas légion. Cet article tente de combler un vide surtout à l’aube de rumeurs de crise économique mondiale. Les entreprises chinoises sont -elles trop endettées et vont-elles peser dans une situation mondiale très instable et très fragile ?Quel est la dette de la Chine ? « La dette totale de la Chine est supérieure à celle des États-Unis et l’on estimait en 2015 qu’elle était deux fois plus élevée que la dette moyenne des économies de marché émergentes » Quelle est la dette des entreprises ? « La dette des entreprises représente actuellement plus des deux tiers de la dette totale, soit 170 % du PIB en 2015. C’est le double du poids de la dette des entreprises dans les économies avancées (85 %) et trois fois plus que dans les économies de marché émergentes, hors Chine (50 %) (Ma et Laurenceson, 2016). » Et pour conclure : « ce rapide panorama de la dette chinoise, nous observerons que les responsables politiques chinois ont montré leur détermination à endiguer les dérives de la croissance du crédit ces dernières années »

Et comme surprise de la fin : un article sur la capitalisme vert très clair et très synthétique. Capitalisme vert = écocide

Voici les idées fortes du texte :
-  « le mode de production capitaliste est responsable de la catastrophe écologique et on n’en sortira pas sans mettre à mal l’absurde théorie de la croissance. »
- sur la bourse du carbone : « Ce système a été inventé pour permettre aux entreprises polluantes de polluer le plus possible en ayant l’air vertueuses. »
-sur la taxe du carbone : « Les entreprises polluantes paient une taxe sur leur activité et la refilent au consommateur, qui ne peut pas se passer de son auto pour se rendre au travail vu qu’il n’y a pas de service de transport en commun ».

Et tout cela avec un conclusion magistrale : « Le capitalisme vert, c’est comme un cannibale végétarien : il met des légumes sur la table ; pendant que vous mastiquez votre repas, il se glisse en dessous et vous dévore par le bas de sorte que vous ne pourrez plus vous enfuir. »

Bonne lecture

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