Édition du 20 août 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

A l’initiative de « Labor Notes », un important rassemblement de la gauche syndicale aux États-Unis

« Labor Notes », une publication et un centre d’éducation syndicale, a rassemblé de l’ordre de 2000 activistes issus du monde du travail en provenance de tout le pays (et de plusieurs autres) lors de sa conférence bisannuelle du 4 au 6 avril dernier à Chicago.

La première conférence de Labor Notes a eu lieu à Detroit en 1981 avec 400 parti­ci­pant·e·s, mais cette édition a été la plus importante, la plus jeune et diversifiée et – selon nombre de personnes – la plus enthousiasmante de son histoire. Un jeune militant rapportait : « La conférence d’il y a deux ans était organisée autour du thème du mouvement Occupy, mais c’est à cette conférence que les idées et l’esprit d’Occupy ont eu le plus d’influence et d’audience. ? »

Pour un renouveau syndical par en bas

Fondée en 1979, la revue Labor Notes et son site labornotes.org servent de tribune à des mouvements de base et aux partisan·e·s d’un renouveau syndical. Ni affiliée à une centrale syndicale, ni organisation de membres, Labor Notes rassemble dans ses conférences des activistes avec un point de vue similaire issus de syndicats, de Workers centres et d’autres groupes de tra­vail­leurs·euses. Y participent des mi­li­tant·e·s de base, des dé­lé­gué·e·s syndicaux d’entreprises et des secrétaires syndicaux locaux.

Parmi les groupes représentés à cette conférence, il y avait des travailleurs de l’automobile, des conducteurs de bus, des em­ployé·e·s de fast-food, des in­fir­miers·ières, des em­ployé·e·s de la poste et des télécoms, des en­sei­gnant·e·s, des camionneurs, des employé·e·s d’universités. Alors que les conférences précédentes étaient centrées sur des secteurs organisés, ces dernières années l’accent a été mis sur les sa­la­rié·e·s de secteurs non syndicalisés comme Walmart ou McDonald.

Au fil des ans, Labor Notes a soutenu les efforts de la base pour réformer et démocratiser des syndicats comme les Teamsters (organisation des routiers), les United Auto Workers, les United Food and Commercial Workers et la Service Employees International Union. La conférence a fourni un espace où des mi­li­tant·e·s préoccupés par la démocratie interne des syndicats et partisans d’une position plus ferme contre les patrons pouvaient se rencontrer et partager leurs perspectives.

Outre les sessions plénières, la plupart des travaux se sont déroulés dans les 140 rencontres et ateliers. Les ateliers ont traité de tous les thèmes syndicaux imaginables, de l’organisation de syndicats au lancement de grèves, des problèmes des tra­vail­leurs·euses immigrés aux problèmes des femmes et des Afroaméricains au travail, des aspects légaux des droits des travailleurs.euses à la création de coopératives. Ces ateliers ont permis aux militant.e.s de partager leurs expériences les plus positives.

Débats stratégiques et tactiques

En plus des ateliers, il y a eu des réunions de secteurs, rassemblant des sa­la­rié·e·s de la même industrie ou du même syndicat. Cette année dix secteurs différents se sont réunis : télécoms, enseignement, poste, industrie alimentaire, routiers, santé, assistants universitaires et précaires du secteur académique, transports publics. Ces réunions permettent aux mi­li­tant·e·s syndicaux de partager des expériences et de débattre de stratégies face aux problèmes sectoriels particuliers.

Labor Notes a toujours des sessions qui traitent des développements internationaux dans le monde du travail. Les par­ti­cipant·e·s apprennent de ces expériences et manifestent leur solidarité avec ces tra­vail­leurs·euses. Cette année Labor Notes a reçu des dockers de Hong Kong, des travailleurs.euses de l’automobile en Inde, du vêtement au Bangladesh et du métro en Argentine. Il y a eu des exposés sur la situation des travailleurs.euses en Palestine et sur les protestions ouvrières contre les dépenses délirantes en vue de la coupe du monde au Brésil.

Le mouvement ouvrier US est en situation de faiblesse ; seuls 11,3 % des sa­larié·e·s sont syndiqués, dont 6,7 % dans le secteur privé ; 55 000 tra­vail­leurs·euses seulement ont participé à des grèves importantes l’an passé. Les directions syndicales n’offrent en outre guère de perspectives dans la lutte contre l’austérité et les attaques aux droits des tra­vail­leurs·euses. Dans ces conditions, la Conférence de Labor Notes joue un rôle important d’impulsion, de lien entre activistes et pour faire émerger d’importantes idées stratégiques et tactiques dans le sens de la reconstruction du mouvement ouvrier.

Les publications de Labor Notes, la revue mensuelle et le site internet, mais aussi les livres édités participent à son travail d’éducation. Le plus récent d’entre eux : Comment faire démarrer votre syndicat en panne : les leçons des enseignants de Chicago (How to Jump-Start Your Union : Lessons from the Chicago Teachers), analyse l’expérience du comité de base dudit syndicat d’enseignants, montre comment il y a pris le pouvoir et mené la grève impressionnante de septembre 2012. Labor Notes organise aussi des « Ecoles d’agitateurs » qui rassemblent des douzaines, parfois des centaines, d’activistes dans diverses villes du pays.

Quel engagement politique indépendant ?

Nouveau lors de cette conférence a été le débat sur l’action politique indépendante, avec un groupe d’orateurs.trices qui ont parlé de leurs campagnes : Jeff Crosby à New Lynn (Massachusetts), pour le North Shore Central Labor Council ? ; Mike Parker candidat à la mairie de Richmond (Californie) avec la Richmond Progressive Alliance, Amisha Patel du Grassroots Collaborative en Illinois et Kshama Sawant, socialiste élue au conseil de ville de Seattle. Alors que Sawant a insisté sur l’importance de son groupe Socialist Alternative dans sa campagne, Mike Parker a souligné l’importance de ces campagnes politiques comme expression des mouvements sociaux.

La Conférence de Labor Notes comporte toujours une action de soutien de campagnes en cours. Cette fois, des centaines de par­ti­ci­pant·e·s ont manifesté en solidarité avec les postiers devant un magasin de fournitures de bureau de la chaîne Staples, pour protester contre le rôle joué par celle-ci dans la privatisation de services postaux. Le syndicat des tra­vail­leurs·euses de la poste exige que les « unités postales » de Staples emploient des membres du syndicat qui, autrement, perdront leurs emplois à la Poste. Des centaines d’activistes de Labor Notes ont manifesté leur soutien actif à l’exigence qu’on emploie des postiers pour faire le travail de la poste.

Vers la fin de la conférence a eu lieu un débat sur le thème : le mouvement ouvrier peut-il changer le monde ? Un échange intergénérationnel avec un impressionnant panel de mi­li­tant·e·s, jeunes et vieux, qui ont débattu de savoir comment on peut consacrer une vie à travailler dans le mouvement ouvrier. Une discussion fantastique, à la fois source d’inspiration et d’enseignements.

* Vidéos de la conférence sur : ?labornotes.org/blogs/2014/04/first-videos-2014-labor-notes-conference

* Paru en Suisse dans « solidaritéS » n° 247 (29/04/2014) p. 8-9. http://www.solidarites.ch/journal/
Mis en ligne le 11 juillet 2014

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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