Édition du 17 septembre 2019

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Afrique du sud : Le président Cyril Ramaphosa a formé son gouvernement

Le président Ramaphosa a choisi son gouvernement dans un souci d’équilibre et de respect de ses promesses, dosage subtil entre expérience, jeunesse et parité. C’est un bon début, reste à voir si le renouveau annoncé sera mis en œuvre rapidement pour répondre aux besoins urgents de la relance économique.

Tiré du blogue de l’auteure.

Il avait promis de réduire le nombre des ministres : c’est fait. Le nouveau gouvernement compte 28 ministres au lieu de 36 et pour la première fois la parfaite parité entre hommes et femmes est respectée ; des ministres jeunes ont été choisis « pour respecter notre engagement à donner aux jeunes des responsabilités dans tous les secteurs de notre société » a annoncé le Président.

Les finances et les entreprises publiques vont à deux valeurs sûres et expérimentées, Tito Mboweni et Pravin Gordhan. Tous deux ont bataillé contre la corruption et pour des finances saines, ce qui ne peut que plaire aux investisseurs étrangers. Pour équilibrer le duo de vieux routiers, le jeune David Masondo, membre du SACP, devient vice ministre des finances. Une façon habile de faire taire les alliés de l’ANC qui critiquent la politique néo-libérale mise en œuvre au cours du mandat de Nelson Mandela.

Dans la même logique de soutien des partenaires historiques de l’ANC, Ibrahim Patel, un ancien syndicaliste du COSATU, est nommé à la tête du ministère du Commerce et de l’Industrie, l’ancien secrétaire général de la confédération syndicale S’Dumo Dlamini au ministère de l’Agriculture, de la Réforme agraire et du Développement rural, et Thulas Nxesi, un ancien syndicaliste enseignant et membre du Sacp, au ministère du Travail et de l’Emploi. Trois secteurs clés de la politique de redressement économique du pays : ré-industrialisation, création d’emplois et patate plus que chaude, la réforme agraire, toujours annoncée et toujours remise à plus tard.

Du côté des femmes, Naledi Pandor, titulaire de postes ministériels dans tous les gouvernements précédents, devient ministre des Affaires étrangères en remplacement de Lindiwe Sisulu qui reprend la direction du ministère du Logement et de l’équipement. Pour les Affaires sociales, le canard boiteux Bathabile Dlamini, par ailleurs responsable de la Ligue des Femmes de l’ANC, est mise à l’écart et laisse la place à Lindiwe Zulu.

L’équilibre entre les anciens et les nouveaux, entre les genres, les jeunes et les moins jeunes donnent l’impression d’une certaine continuité ce qui a provoqué des critiques acerbes de la part de l’opposition. L’Alliance démocratique (DA) a dénoncé le maintien en poste de personnalités« compromises » comme David Mabuza, le vice-président, et le parti des Combattants de la liberté économique (EFF) pour qui la réduction du nombre de ministres n’est que du bluff, a qualifié le Président Ramaphosa de « personne malhonnête et manipulatrice ».

Le coup d’éclat du Président a été de nommer Patricia de Lille, ancienne maire DA de la ville du Cap, qui a crée son propre parti GOOD au poste de ministre des Travaux publics et des Infrastructures. Le retour d’une stratégie mise en pratique par Nelson Mandela, qui avait nommé son ennemi Mangosuthu Buthelezi du parti zoulou, Inkhata Freedom Party, à la tête du ministère de l’Intérieur. La nouvelle ministre sera responsable de l’amélioration des conditions de vie dans les townships et devra affronter la colère des habitants, qui ne manqueront pas de lui faire savoir qu’ils veulent de suite une amélioration de leur vie quotidienne.

Le sens politique de Cyril Ramaphosa, son expérience, sa manière courtoise d’arrondir les angles et sa tranquille bonhommie ne seront pas du luxe pour apaiser les conflits de factions, relancer l’économie et ne pas déplaire aux décideurs internationaux.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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