Édition du 24 mai 2022

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Environnement

Arbres, tramway et changements climatiques : Changer de lunettes pour éviter l’inévitable

On apprenait lors de l’état des lieux sur le tramway du nouveau maire de Québec qu’il n’y aurait finalement pas plus d’arbres sauvés ou de boisés épargnés le long du tracé. Car « malheureusement, très malheureusement », dans un tel projet les coupes d’arbre seraient « inévitables ». Et les journalistes et commentateurs de reprendre l’expression à qui mieux mieux, consacrant ainsi la formule « abattages inévitables », qui n’a pourtant aucun sens.

On voudrait donc nous faire croire que le passage du tramway à travers bois, et la construction d’un centre d’entretien sur 11 hectares de milieux humides sont inévitables ? Les surfaces minéralisées ne manquent pourtant pas le long du tracé actuel ! En fait, il est assez évident que si ces boisés n’étaient pas des boisés, mais des infrastructures construites par l’humain, les concepteurs auraient certainement fait passer le tramway à côté. Or, les boisés sont aussi des infrastructures, dites infrastructures naturelles. La forêt urbaine et les milieux humides sont non seulement l’équivalent de stations d’épuration de l’eau, d’unités de purification de l’air, de systèmes de climatisation industriels, de murs anti-bruit et d’usines de captation de carbone, mais ils sont aussi des habitats pour la faune et la flore, et des sources reconnues de bien-être physique et mental chez l’humain.

Il est pourtant clair qu’on ne leur reconnait pas cette immense valeur. Car malgré les belles paroles, certainement de bonne foi, sur l’importance de la forêt urbaine ou la nécessité d’agir face aux bouleversements climatiques, la réalité c’est que pour nos concepteurs, nos décideurs et la grande majorité d’entre nous, ce sont les contraintes anthropiques qui comptent, celles avec lesquelles on travaille. En revanche les contraintes naturelles ne sont que des variables d’ajustement, sacrifiées car « malheureusement, très malheureusement » on ne peut pas faire autrement.
Pensez-y une minute : pouvez-vous imaginer les experts qui ont travaillé à la conception du projet du tramway tracer sur une carte un parcours qui traverserait et scinderait en deux des immeubles, des pavillons d’université ou des maisons ? C’est inconcevable ! En revanche on imagine sans peine ces mêmes experts tracer un parcours à travers des milieux naturels qui sont loin d’être vides, puisqu’ils fourmillent de vie, de diversité et de beauté, mais que l’on ne considère pas moins comme vacants avec nos lunettes de développeurs anthropocentriques.

L’ironie extrême dans ce dossier est donc qu’avec le tramway, on prétend prendre l’indispensable virage vert vers un développement plus durable et une transition écologique, mais la façon dont on mène ce projet prouve plutôt qu’on n’a toujours rien compris et que fondamentalement rien ne change. La réalité c’est qu’il serait possible de faire ce projet de tramway, en respectant approximativement son tracé actuel, sans sacrifier autant d’arbres. La semaine dernière, à l’occasion d’un comité plénier sur le tramway, on nous a laissé entendre que des optimisations étaient encore envisageables sur un segment de René Lévesque bordé d’arbres majestueux. Ce revirement plutôt inattendu n’est-il pas la preuve que les abattages annoncés sont tout à fait évitables ? C’est une question de priorité collective et de volonté politique.

La formule « abattages inévitables » a été facilement adoptée, peut-être parce qu’elle nous dédouane de notre responsabilité. Assumons plutôt qu’il s’agit en fait d’un choix, délibéré, même s’il est inconsciemment guidé par les vielles lunettes déformantes dont on n’arrive décidément pas à se défaire, malgré l’urgence. Car les répercussions dramatiques d’un réchauffement climatique au-delà de 1,5°C et d’un effondrement environnemental, elles, seront inévitables.

Marie-Hélène Felt, Citoyenne de Québec et Mère au front

Il est grand temps d’adopter une perspective d’environnementalistes pour faire valoir la forêt urbaine et les milieux naturels en péril, c’est pourquoi nous co-signons ce texte :
Catherine Hallmich, Cheffe des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki
Louise Gratton, consultante en conservation
Denise Leahy, initiative ÉcoTramQuébec
Daniel Desroches, Les Amis du Boisé Neilson
Jean-Paul Galbrand, pour le groupe Forêt Charlesbourg
Vicky Croteau et Marie-France Mathieu, collectif Montchâtel, fort de nature
Martin Fournier, Vigilance Arbres Sainte-Foy
Elsa Moreau, Mère au front de la Ville de Québec

Mères au front

Mères au front est un mouvement pancanadien décentralisé et diversifié qui rassemble des mères et grands-mères propulsées par le désir profond d’agir sur différents fronts pour protéger l’avenir de nos enfants et la vie sur terre face à l’urgence climatique.

Informations

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Facebook.com/Meresaufront

#MèresAuFront

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