Édition du 21 mai 2019

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Économie

Attaquer la Chine n’a rien à voir avec le commerce mais tout avec la politique

Le commerce ? Ce n’est pas l’enjeu, c’est politique.

Les prises de bec entre les États-Unis et la Chine ont peu à voir avec les déficits et les tarifs. Ça a à voir avec la Pennsylvanie, le Wisconsin, l’Ohio et du Michigan (Les États qui ont donné la victoire à D. Trump en 2016 contre toute attente.n.d.t.)

Tom Clifford, Counterpunch.org, 10 mai 2019
Traduction, Alexandra Cyr

Beijing est convaincu que les Républicains.es et les Démocrates sont d’accord pour considérer qu’ils peuvent avoir un bouc émissaire, quelqu’un à blâmer. C’est la menace chinoise. Les messages de D. Trump contre la Chine les confortent dans leurs croyances. Pour sa part, le Président sait que sa réélection en 2020 passe par elle.

Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama étaient convaincus que l’intégration de la Chine dans l’économie globale (en l’acceptant dans l’OMC) la mènerait vers la démocratie et que la domination américaine aux portes de la Chine dans l’Asie de l’est allait se poursuivre. C’était un mauvais calcul qui frisait la naïveté. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, le gouvernement chinois est de plus en plus répressif mais son économie s’est graduellement ouverte (au monde).

En 2018, la Chambre de commerce américaine établissait en ce qui concernait la propriété intellectuelle : « que contrairement à ses partenaires économiques, la Chine faisait des progrès concrets dans la construction d’un environnement digital du niveau du 21 ième siècle ».

Ce développement n’est pas dû à l’altruisme mais bien à la réalité. Les compagnies chinoises ont progressé dans les inventions. Donc, le gouvernement a intérêt à créer (quoique lentement), un système légal qui les protège de vols éventuels. La Chine est en train de procéder à la transition que les anciens présidents américains espéraient. Mais, politiquement vaut mieux viser la Chine. C’est une politique de distraction. Il ne faut pas que les idées sur ce pays aient jamais l’air d’être douces : les « rouges » sont dans la maison ! Rien de surprenant à cela, ils l’ont probablement fait au tout début à travers vos ordinateurs, vos appareils électriques et vos vêtements.

Beijing a une peur dominante : « le piège des revenus moyens ». Cela pourrait déclencher l’instabilité. Il y a un contrat tacite entre le gouvernement chinois et la population : qu’elle reste en dehors de la politique et le gouvernement va le lui rendre économiquement. Pour cela il faut que les hausses de salaires ne soient pas minées par les avantages que la Chine détient à titre de centre manufacturier à bas coût avant qu’elle n’ait le temps de développer ses capacités de production de biens de valeur plus élevée. Les activités d’assemblages, selon ce calcul, doivent être remplacées par des inventions novatrices. Autrement, la croissance économique stagnera et l’agitation populaire sera à l’ordre du jour.

Paradoxalement, Beijing exige que plusieurs compagnies américaines créent des accords de partenariat (joint venture) avec les compagnies chinoises pour avoir le droit de vendre aux consommateurs.trices du pays. Pourquoi ? L’idée reçue veut que ce soit pour voler (les informations industrielles ainsi dévoilées). La Maison blanche a publié un rapport l’an dernier où il est affirmé que ces accords étaient des preuves de : « comment l’agression économique de la Chine menacent les technologies et la propriété intellectuelle des États-Unis et du monde ».

Ce n’est pas exceptionnel. Selon la Chambre de commerce américaine qui a classé 50 pays quant à leur degré de protection de la propriété intellectuelle des compagnies étrangères, la Chine arrivait devant la Turquie, le Brésil, l’Afrique du sud et les Philippines juste derrière le Mexique et 6 places derrière le Canada.

La Chine ne nie pas que ses performances ont fait perdre des emplois aux États-Unis. Mais elle souligne également qu’elle fabrique des marchandises dont des millions d’Américains.es profitent à cause de leur bas coût. Un meilleur filet de sécurité américain amoindrirait considérablement les durs effets de la première économie mondiale. Il vaudrait mieux que les chômeurs.euses puissent conserver leur assurance maladie, que l’on offre des programmes de formation professionnelle, une option qui permettrait d’envoyer ses enfants au collège sans s’endetter outrageusement. Ce sont les enjeux sur lesquels ont devrait travailler avec autant d’ardeur que celle qu’on met à s’attaquer aux tarifs douaniers sur les marchandises chinoises.

La Chine a aussi ses problèmes dont plusieurs sont semblables à ceux des États-Unis. Le coût exorbitant des soins médicaux, des frais dans les universités, une sécurité sociale inadéquate et le refus d’accorder aux migrants.es des zones rurales les services de base dans les villes où se trouve leur travail. Mais, la majorité de sa population est sortie de la pauvreté la plus dure. En 1960, le Président L. B. Johnson a lancé ce qu’il avait baptisé « la guerre à la pauvreté » aux États-Unis. Son but ultime était de s’assurer que chaque enfant : « quelles que soient les conditions économiques de ses parents, commence sa vie avec le meilleur état de santé physique et psychique possible ». Le slogan de cette guerre : « La nation la plus riche sur terre peut la gagner. Nous ne pouvons, nous permettre de la perdre ».

La Chine a sorti 800 millions de personnes de la misère et de la pauvreté extrême ; c’est plus que nulle part ailleurs dans le monde. Entre 1990 et 2005, elle représentait à elle seule plus de 75% de la baisse de la pauvreté mondiale. Cela a permis au monde d’atteindre le but de développement du millénaire fixé par l’ONU et de retrait de la pauvreté extrême. Le pays se donne comme objectif d’en finir complètement en 2020. C’est certainement ambitieux mais, quel objectif !

La menace chinoise a galvanisé les politiciens.nes des États-Unis. La Chine n’est pas parfaite, loin de là et elle a encore de nombreux défis à surmonter. Est-ce qu’elle tente d’utiliser le commerce à son avantage ? Certainement et elle n’est certainement pas la seule à le faire. La situation est changeante et personne ne peut dire avec assurance quelle allure les changements vont prendre. Mais la Chine n’est pas un problème pour les États-Unis. Il se peut même qu’elle fasse partie de la solution.

Mais, vous n’entendrez sûrement pas cela au cours de la campagne électorale.

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