Édition du 22 juin 2021

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Au coeur des grèves dans le secteur des chaînes de restauration rapide - Les Worker Centers

Les Worker Centers (WC) se sont fait remarquer à l’été 2013 en organisant les grèves et les manifestations des travailleurs des chaînes de restauration rapide. Le statut juridique de ces centres est crucial, en ce qu’il leur permet de contourner le National Labor Relations Act (NLRA, plus connu sous le nom de loi Wagner) dans leurs campagnes pour syndiquer les travailleurs sur leurs lieux de travail.

Tout cela parce qu’en 2006, le National Labor Relations Board (NLRB) a décidé que ces centres ne seraient pas assujettis à la réglementation fédérale qui gouverne les syndicats (NLRA), aussi longtemps qu’ils limitent leur activité à faire des demandes aux employeurs, sans montrer une volonté quelconque de s’engager dans une négociation collective. Ces centres ont donc commencé leurs campagnes en organisant des protestations et en dénonçant dans les médias le traitement qui était fait aux salariés des fast food. À la différence des syndicats qui doivent se limiter à 30 jours de piquets de grève, les WC peuvent établir des piquets de grève sans limite de temps et n’ont pas à pétitionner auprès du NLRB.

En général, les actions initiées par les WC mobilisent moins de travailleurs que les syndicats ; ils ne parviennent jamais à recueillir les 30 % de signatures exigées de la part des salariés d’une unité de négociation désireux d’être représentés par un syndicat, passage obligé du processus d’accréditation syndicale. Mais ces actions ont été soutenues et animées par des organisateurs professionnels et des organisations proches du monde du travail. Le premier objectif de ces WC est en général de retourner l’opinion publique contre un employeur, et d’inciter les salariés de cet employeur à se rebeller et finalement à se syndiquer. Les plus importants WC ont d’ailleurs été fondés par des syndicats. Ainsi, les grèves des fast food organisées sous la bannière « Fight for 15 » sont financées par le SEIU qui leur a donné 7,5 millions de dollars. De la même manière, « OUR Wal-Mart » a été fondé par l’UFCW et le « Restaurant Opportunities Center » (ROC), qui cible les restaurants autres que les fast food, est une création de Here, le syndicat de l’hôtellerie et de la restauration qui avait fusionné avec Unite et était sorti de l’AFL-CIO en 2005 pour rejoindre Change To Win, la centrale concurrente (voir infra). ROC est décrit par son cofondateur comme un outil dont l’objectif est de syndiquer 99 % d’un secteur qui ne connaît pas de présence syndicale.

Ces WC n’ont pas de règles bien établies concernant leurs membres. Certains, comme ROC, font payer l’adhésion et leurs membres sont des travailleurs de la restauration ou des membres de la communauté ; d’autres, comme « OUR Walmart » ou « Fast Food Forward », sont composés d’ex-dirigeants syndicaux et de professionnels de la syndicalisation ainsi que de quelques salariés du secteur. Ils ne sont pas non plus soumis aux règles de transparence financière et de gouvernance qui régissent les syndicats (Taft Hartley Act de 1949) : ainsi, ils ne sont pas tenus à des procédures formalisées pour élire leurs dirigeants, n’ont pas de rapports financiers à remettre au ministère du Travail, et n’ont pas à oeuvrer en défense des intérêts des salariés.
Ces spécificités ont permis à ces organisations de fleurir un peu partout. L’AFLCIO rapporte qu’elles seraient au nombre de 230 à être actives aujourd’hui dans le pays, alors qu’en 1992, on les comptait sur les doigts d’une main. Ces organisations sont donc entrées formellement dans l’AFL-CIO au Congrès de 2013.

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