Édition du 19 février 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique québécoise

Aux kidnappeurs de rêves collectifs

Texte lu pendant la vigile pour une enquête publique et indépendante sur les interventions policières.

Depuis 2007, nous sommes dans la rue pour filmer la parole citoyenne et pour porter les revendications de la société civile.

Depuis 2007, nous sommes dans la rue parce que c’est là que nous nous sentons faire partie d’une collectivité forte et solidaire.

Nous étions là pour dénoncer Harper, Charest, pour appuyer les étudiants, les Tunisiens, les Syriens et porter la parole de citoyens dissidents qui ont pris la rue pour dire qu’ils n’étaient pas d’accord avec l’orientation des gouvernements.

Cette parole citoyenne éloquente, forte, indignée, reflet de notre vitalité et de notre liberté d’expression doit être préservée dans un état de droits.

Voilà qu’autour de nous, de plus en plus, nous entendons des citoyennes et citoyens nous dire qu’ils ont peur.

Peur de manifester. Peur de descendre dans la rue pour dénoncer des enjeux légitimes et pour exprimer leurs rêves d’une société plus juste et plus égalitaire.

Annie :« je n’ai pas envie de me faire pousser dans le dos par un goon et de prendre le risque de me faire menotter et de voir la peur dans les yeux de ma fille. »

Gaby :« Je voulais y aller, je me suis déplacée mais quand j’ai vu cette armée de polices, j’ai eu peur, j’ai reviré de bord »

René : « Pour un pacifiste comme moi, je ne peux supporter cette violence gratuite. Maintenant, la dérive de l’oppression politique et policière me fait craindre de ne pas pouvoir entrer chez moi le soir pour retrouver ma conjointe et mes deux enfants. Ils ont besoin d’un père qui n’est pas amoché suite à une manifestation violente, ou pire, qui se retrouve derrière les barreaux pour une nuit ou deux. Nous sommes à demi-civilisé, cela m’attriste profondément. »

Micheline : « J’ai soixante ans, je ne cours plus assez vite pour fuir le policier qui me fonce dessus avec sa matraque »

Ainsi, l’intimidation et l’oppression de la part des forces de l’ordre fonctionnent. Certains se taisent maintenant parce qu’ils ont peur.

Lorsque cette répression a pour objet un mouvement de protestation sociale, elle devient répression politique. Et cette répression est tueuse d’espoir.

Et parce que la contestation sociale ici comme partout ailleurs ira en s’accentuant, il nous faut sortir maintenant de cette spirale d’intimidation et de manipulation de l’opinion publique.

Les Alter Citoyens demandent avec vous tous une enquête publique et indépendante sur le travail des policiers pour que la lumière soit faite et pour que cesse l’impunité.

Mais aussi et surtout parce que la répression et l’intimidation étouffent peu à peu les rêves collectifs et kidnappent le message des citoyennes et citoyennes qui croient à un monde plus juste et égalitaire et qui hésitent maintenant à le revendiquer dans les rues.

Les médias, aussi, kidnappent le message. Si nous avons peur des forces de l’ordre, ceux qui s’abreuvent à TVA, LCN ou au journal de Montréal ont peur des manifestants.

Nous dénonçons ces médias qui, au moment où nous vivons une dérive démocratique, non seulement choisissent de ne pas la voir mais contribuent à diaboliser l’acte de manifester.

Nous dénonçons ces élus qui choisissent aussi l’aveuglement volontaire. Nous avons pourtant bien vu le pouvoir de la politique sur l’opinion publique lorsque Jean Charest et Christine St-pierre ont ouvert la porte au mépris et à la répression d’un mouvement populaire. Nous avons maintenant besoin de la parole d’une première ministre qui agit autrement que par opportunisme politique.

Madame Marois, une soixantaine organisations de la société civile et des milliers de citoyens vous demandent d’agir pour que la lumière soit faite sur ce qui se passe dans nos rues.

Nous voulons que la rue demeure notre espace démocratique où comme citoyens nous demeurons libres de prendre la parole, où nous partageons nos rêves collectifs et où nous croyons qu’ensemble, comme aujourd’hui, nous pouvons faire une différence.

Nous ne lâcherons pas.

La crise sociale n’est pas terminée. Nous sommes en plein dedans.

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