Édition du 6 décembre 2022

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Éducation

Bachand et Beauchamp, les nouvelles mesures ne passent pas

En cet avant-midi du 5 Avril 2012, la Ministre de l’Éducation Line Beauchamp et le Ministre des Finances Raymond Bachand ont donné une conférence de presse dans laquelle ils annonçaient de nouvelles mesures pour assurer l’accessibilité aux études. Ces mesures, quoiqu’utiles, démontrent plutôt l’intransigeance du gouvernement libéral face aux demandes réelles des étudiant-e-s grévistes.

En effet, bien que le discours du mouvement étudiant porte également sur la question de l’accessibilité aux études, celle-ci n’est pas l’unique motif de notre protestation. Au contraire, notre grève s’inscrit plutôt dans une contestation des raisons mêmes qui mènent le gouvernement à hausser les droits de scolarité, et plus largement à remettre profondément en cause l’idéologie néolibérale, du moins en ce qui concerne la CLASSE. Dans cette perspective, le gouvernement cherche par tous les moyens à éviter cette confrontation d’idées avec les étudiant-e-s. Il tente plutôt de resserrer l’étau autour de ceux-ci, en faisant une démonstration d’ouverture sur un sujet qui, en réalité, n’est pas la question principale de la grève étudiante. Il détourne la question et essaye plutôt de mettre les étudiant-e-s en grève dans la position des intransigeants et irréalistes. C’est une tentative à laquelle il fallait s’attendre, mais que je combattrai autant que je le pourrai en expliquant pourquoi nous refusons cette offre.

La raison pour laquelle nous rejetons toute proposition ne concernant que des mesures d’accessibilité sans toucher à la hausse est bien simple : celle-ci est à la base injustifiée.
On a beau nous répéter les arguments de l’inflation qui hausse naturellement tous les coûts, de la nécessité de faire notre « juste part », de l’endettement de l’État et du crime odieux de faire payer aux pauvres travailleurs qui ne sont pas passés par l’université le prix de notre diplôme et de notre enrichissement futur (argument bien réfuté par Michel Girard de La Presse dans sa chronique du 2 Avril), nous continuons à affirmer que la situation actuelle est inacceptable compte tenu des agissements passés des différents gouvernements. Ceux-ci ont, depuis 25 ans, diminué leur part de financement en pourcentage dans les universités, passant de 87% du financement total en 1988 à 65.8% en 2009. Ces données proviennent d’une brochure publié par l’IRIS (Institut de Recherche et d’Information Socioéconomiques) qui prévoit de plus que ladite part de financement continuera de baisser jusqu’à atteindre 63.4% en 2015, alors que la part des étudiants aura passé de 5.4% à 16,9% pendant la même période. On le constate, cette hausse est purement idéologique et ne répond à aucun impératif économique réel.

De surcroît, on remarque que la recherche accapare une place de plus en plus importante au sein des universités. La question n’est pas que la recherche soit mauvaise en soi, je suis le dernier à soutenir cette idée. Toutefois, celle-ci, dûe à une hausse de ses subventions, entraine avec elle dans sa croissance une quantité de fonds non négligeables servant à payer les « frais indirects de la recherche », puisés à même le « fonds de fonctionnement » des universités. Le problème, c’est que ce fonds correspond à celui servant, entre autres, à financer l’enseignement. Ainsi, la recherche, financée par le public et le privé, vient réduire indirectement les fonds de l’enseignement, ayant comme résultat final que les étudiants se retrouvent à payer pour combler le déficit causé par la recherche. Par ailleurs, cette recherche est de moins en moins « fondamentale » et de plus en plus « appliqué », et donc commercialisable, où les brevets générés seront achetés à bas coûts par les entreprises, qui par le fait même font l’économie d’investissements en recherche et développement. Au final, c’est ce qu’on appelle la socialisation des coûts et la privatisation des profits.

Le gouvernement et les étudiants, bien évidemment, ne sont pas sur la même longueur d’onde. Nos philosophies opposées empêchent les étudiant-e-s d’accepter comme valable toute proposition ne remettant pas en cause la hausse, alors que le gouvernement refuse d’entendre nos solutions, qui s’inscrivent dans un cadre qu’il ne peut vouloir. Cette impasse apparente n’est pourtant pas sans issues. Un rapport de force comme celui que nous avons construit et que nous continuons à construire fera une pression très inconfortable sur le gouvernement qui devra réviser sa position, laquelle, à mon sens, nuit à notre société.

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