Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Monde du travail et syndicalisme

C'est la règle : Il n’y a pas de pays qui respecte les droits des travailleurs et des travailleuses

Il n’y a pas de répit à la lutte des classes. Les rapports annuels précédents de l’Indice des droits mondiaux, compilé par la Confédération syndicale internationale, ont invariablement montré qu’aucun pays du monde ne protège pleinement les droits des travailleurs et des travailleuses. Et l’édition 2022 non seulement n’y fait pas exception, il constate que la répression de la syndicalisation augmente.

12 octobre 2022 | Systemic Disorder
systemicdisorder.wordpress.com /2022/10/12/its-a-clean-sweep-not-one-country-guarantees-workers-rights/

Le meilleur score de tous les pays pour l’Indice CSI des droits dans le monde 2022 (https://files.mutualcdn.com/ituc/files/2022-ITUC-Rights-Index-Exec-Summ-EN_2022-08-10-062736.pdf ) était « des violations sporadiques des droits ». Et seuls neuf pays, tous en Europe, l’ont obtenu. C’est en baisse par rapport à la douzaine de pays dans ce classement il y a deux ans. Le capitalisme, et sa variante néolibérale vieille de quatre décennies, ne s’adoucit pas. Il fait ce qu’il doit faire, ce que les détenteurs et les détentrices du capital doivent faire pour que leur système d’exploitation et de domination continue de fonctionner.

Jetons un regard sur quelques faits saillants généraux, avant d’examiner la situation dans des pays individuels.

• 87% des pays ont violé le droit de grève.
• 79% des pays ont violé le droit de négociation collective.
• 77% des pays ont exclu les travailleurs et les travailleuses du droit de créer ou d’adhérer à un syndicat.
• 74% des pays ont empêché l’enregistrement des syndicats.

Dans son résumé analytique, le rapport Global Rights Index indique :

« Les travailleurs et les travailleuses sont en première ligne pour subir l’impact de multiples domaines de crise : les niveaux historiques d’inégalité, l’urgence climatique, la perte de vies et de moyens de subsistance à cause de la pandémie, et l’impact dévastateur des conflits armés. Et les lieux de travail sont en première ligne de la lutte pour la démocratie. Les gouvernements brutaux savent à quel point cela compte, puisque quatre pays sur cinq bloquent la négociation collective et dans un tiers des pays les travailleurs et les travailleuses subissent des attaques violente. Des syndicalistes ont été assassiné.e.s sur tous les continents. Là où les gens défendent leurs droits et la justice sociale, ils et elles sont réduit.e.s au silence par une répression brutale. »

Ne pensez pas que ce ne sont que des problèmes uniquement des pays sous-développés. Il y a des pays du Nord mondial aussi qui obtiennent de mauvais résultats dans l’indice, notamment l’Australie, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Canada et les États-Unis.

Presque toutes les tendances s’aggravent, et cela dans toutes les régions du monde. Plusieurs indicateurs — dont le droit de grève, le droit de former un syndicat et d’y adhérer, le droit aux activités syndicales et le droit aux libertés civiques — n’ont cessé de se détériorer depuis le début de la publication des rapports annuels en 2014. « Le nombre de pays qui excluent les travailleurs et les travailleuses du droit de forer ou d’adhérer à un syndicat sont passés de 106 en 2021 à 113 en 2022 », indique le rapport.

L’indice mondiale des droits classe les pays du monde de 1 à 5, 1 étant la meilleure catégorie, dénotant des « violations sporadiques des droits », définies comme pays où « les violations contre les travailleurs et les travailleuses ne sont pas absentes, mais ne se produisent pas de manière régulière ». Les neuf pays notés 1 sont l’Autriche, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, l’Islande, l’Irlande, l’Italie, la Norvège et la Suède. (Ceux-ci sont en vert sur les cartes du rapport.)

Les pays classés 2 sont ceux qui connaissent des « violations répétées des droits ». Ils sont définis comme ceux où « certains droits ont fait l’objet d’attaques répétées de la part des gouvernements et/ou par des entreprises qui ont sapé la lutte pour de meilleures conditions de travail ». Les pays ayant cette note sont la République tchèque, la France, le Japon, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande et l’Espagne. (Ceux-ci sont jaunes sur les cartes du rapport.)

Les pays ayant obtenu la note 3 sont ceux qui connaissent des « violations régulières des droits ». Ce sont les pays ceux où « les gouvernements et/ou les entreprises interfèrent régulièrement dans les droits collectifs du travail ou ne garantissent pas pleinement des aspects importants de ces droits » en raison de lacunes juridiques « qui font possibles de fréquentes violations ». Les pays ayant cette cote sont l’Argentine, la Grande-Bretagne, le Canada, le Mexique et l’Afrique du Sud. (Ils sont en orange clair sur les cartes du rapport.)

Les pays de la note 4 sont ceux qui connaissent des « violations systématiques des droits ». Ils sont définis comme ceux où « le gouvernement et/ou les entreprises sont engagés dans des efforts sérieux pour écraser la voix collective des travailleurs et des travailleuses, mettant les droits fondamentaux en danger ». Les pays ayant cette note sont l’Australie, le Chili, la Grèce, le Pérou, le Sénégal et les États-Unis. (Ils sont orange foncé sur les cartes du rapport.)

Les pays classés 5 sont ceux qui n’ont « aucune garantie de droits », définis comme « les travailleurs n’ont effectivement pas accès à ces droits [déclarés dans la législation] et sont donc exposés à des régimes autocratiques et à des pratiques de travail déloyales ». Les pays ayant cette note sont le Brésil, la Chine, la Colombie, la Corée du Sud et la Turquie. (Ceux-ci sont en rouge sur les cartes du rapport.)

De plus, il y a des pays avec une note de 5+ - ceux sans « Aucune garantie des droits en raison de l’effondrement de l’État de droit ». L’Afghanistan, la Libye, la Syrie et le Yémen font partie des 10 pays répertoriés dans cette catégorie et sont colorés en rouge foncé.

Le CSI affirme représenter 200 millions de travailleurs et de travailleuses dans 163 pays et compte 332 affiliés nationaux. Elle détermine ses notations en vérifiant le respect d’une liste de 97 normes issues des conventions de l’Organisation Internationale du Travail. Ces 97 normes portent sur les libertés civiques, le droit de former des syndicats ou d’y adhérer, les activités syndicales, le droit de négociation collective et le droit de grève.

Il convient de noter la mauvaise note des États-Unis et de la Grande-Bretagne, les deux pays qui aiment le plus gronder les autres gouvernements et se présenter comme des phares démocratiques que le monde devrait imiter (ou sinon !). Les États-Unis ont toujours reçu une note de 4, y compris en 2020 et en 2019. Le rapport de 2022 note une myriade d’offensives antisyndicales utilisées par les employeur.e.s de ce pays. Le Royaume-Uni, qui a obtenu des notes de 3 et 4 au cours des dernières années, a vu des travailleurs et des travailleuses sommairement licencié.e.s et remplacé.e.s par des travailleurs et des travailleuses intérimaires à un salaire inférieur au salaire minimum.

Les conditions ne sont pas sensiblement meilleures dans les pays les plus désireux de suivre l’exemple des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Au Canada, le non-respect des conventions collectives est un « événement courant », les dirigeant.e.s syndicaux et syndicales sont poursuivi.e.s pour avoir participé à des grèves et les travailleurs et les travailleuses qui participent à des grèves sont licencié.e.s. En Australie, des accusations criminelles sont déposées contre les syndicats et les dirigeant.e.s syndicaux et syndicales en tant que tactiques d’intimidation, et les gouvernements autorisent non seulement les employeur.e.s à refuser de négocier avec les syndicats, mais interviennent dans les conflits du côté des employeur.e.s. Les deux pays sont moins bien classés qu’il y a deux ans.

Et ainsi de suite. Dans son dernier rapport sur « Le monde du travail », l’Organisation internationale du travail (OIT) a déclaré que « trois travailleurs ou travailleuses sur cinq vivaient dans des pays où les revenus du travail n’avaient pas encore retrouvé leur niveau d’avant la crise », tandis que l’inégalité et le genre l’écart de rémunération reste important. Un rapport distinct de l’OIT a conclu qu’ « un retour aux performances d’avant la pandémie restera probablement insaisissable pour une grande partie du monde au cours des prochaines années », avec un déficit mondial de l’équivalent de 52 millions d’emplois à temps plein. Des dizaines de millions d’adultes sont tombé.e.s dans l’extrême pauvreté pendant la pandémie de Covid-19.

Ces tristes résultats ne sont pas une surprise. La classe des capitalistes - les riches, et en particulier les milliardaires - n’ont fait que s’enrichir aux dépens de tout le monde pendant la pandémie. Au cours de la première année seulement de la pandémie, 2020, les milliardaires du monde ont accumulé 1 billion de dollars supplémentaires. Dans ce même temps, les entreprises du Nord enrichissent les spéculateurs et spéculatrices et leurs cadres supérieur.e.s avec des billions de dollars en dividendes et en rachats d’actions. Et les gouvernements du monde, par l’intermédiaire de leurs banques centrales, ont distribué un montant incroyable de 10 billions de dollars en argent gratuit au secteur financier par le biais de les programmes de « quantitative easing », nom technique pour l’intervention sur les marchés financiers par la création d’énormes sommes d’argent spécifiquement destinées à y être injectées et qui gonflent ainsi les bulles boursières.

Malgré ces sommes d’argent incroyables, il n’y a toujours que des miettes pour les travailleurs et les travailleuses. C’est toujours l’austérité pour ceux et celles dont le travail crée la richesse que les industriel.le.s et les financiers et financières se partagent entre eux et elles.

Mais les interventions des banques centrales sont profitables à l’industrie financière. Et c’est tout ce qui compte pour les gouvernements et pour la classe capitaliste qui domine l’économie et, à travers elle, l’État et les grands médias d’information.

L’objet du capitalisme est de réaliser le plus grand profit possible pour les gros possédants, grosses possédantes, quel qu’en soit le coût pour les employé.e.s, les classes populaires, et l’environnement. La fourniture d’une marchandise ou d’un service utile est tout à fait accessoire à l’objectif de faire des profits.

Faire baisser les salaires et les conditions de travail par la manipulation de la loi et par la violence pure et simple est toujours au premier plan des méthodologies des capitalistes pour atteindre leurs objectifs. Les tristes résultats de l’étude présentée par la Confédération syndicale internationale ne sont pas le résultat de quelque mystérieux échec. Ils font partie intégrante et inévitable du système capitaliste.

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