Édition du 23 novembre 2021

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COP 26

COP26 : à Glasgow, la jeunesse enrage contre l’inaction climatique

Glasgow (Écosse).– Vendredi 5 novembre, en fin de matinée, le mouvement mondial de grève pour le climat Fridays for Future organisait dans les rues de Glasgow une manifestation contre l’inaction climatique. Des milliers de personnes ont défilé à Glasgow vendredi 5 novembre pour dénoncer le « bla-bla » des dirigeants durant la COP26. Les grévistes des pays du Sud ont souligné la nécessité de justice raciale face à la crise.

6 novembre | tiré de mediapart.fr
HTTPS ://WWW.MEDIAPART.FR/JOURNAL/INTERNATIONAL/061121/COP26-GLASGOW-LA-JEUNESSE-ENRAGE-CONTRE-L-INACTION-CLIMATIQUE ?ONGLET=FULL

Après une semaine de négociations à la COP26 qui a oscillé entre engagements peu ambitieux et greenwashing (écoblanchiment), plusieurs milliers de jeunes ont battu le pavé contre le « bla-bla » des gouvernements et des multinationales.

Des dizaines de jeunes grévistes des pays du Sud étaient en tête du cortège, Greta Thunberg ayant décidé de se retirer du feu des projecteurs médiatiques pour mieux mettre en lumière leurs revendications. La veille, la célèbre jeune militante suédoise avait qualifié la COP26 de « festival du greenwashing » et de « célébration du business as usual ».

Au départ de la marche, sous les hêtres de Kelvingrove Park, Miriam Vargas, tout droit venue de Cholula au Mexique, a déployé, avec d’autres manifestantes des peuples autochtones mayas et nahuas, une large banderole « Défends le futur. Rejoins les résistances indigènes ».

« Nous sommes là pour alerter sur le fait que des mégaprojets miniers et éoliens portés par des entreprises françaises ou espagnoles saccagent nos territoires, a témoigné à Mediapart la trentenaire mexicaine. Nos terres sont militarisées et exploitées au nom du capitalisme vert.

Dans un défilé compact et joyeux, Ilana, 27 ans, brandissait une pancarte « Pour une justice climatique anticoloniale et féministe », tandis que de jeunes militantes écossaises d’extrême gauche scandaient : « Le changement climatique est une guerre / Tous les riches contre les précaires ! ».

« C’est une crise globale qui a des conséquences directes sur les plus vulnérables, c’est-à-dire les peuples autochtones, les femmes, les non-Blancs, les plus pauvres, a précisé cette étudiante uruguayenne à l’université de Glasgow. Contrer le réchauffement global appelle à un changement radical de système. »

« La COP26 est une foire aux entreprises »

De nombreux étudiants et étudiantes, mais aussi des lycéens et des collégiens de la cité écossaise ont fait l’école buissonnière pour crier des slogans tels que « Qu’est-ce qu’on veut ? La justice climatique ! ». Militant à Youth for Climate France – la branche française de Fridays for Future –, Marin, 18 ans, est venu spécialement de Lyon pour cette manifestation avec Pousse, 19 ans, originaire de la même ville.
« Nous sommes là pour mettre la pression, opposer un contre-discours à celui des gouvernants qui font semblant d’agir pour le climat », a-t-il commenté. Et Pousse d’ajouter : « Au sein du site de négociation, on ne voit que des hommes blancs en costard cravate, c’est effarant. Les pays riches du Nord veulent garder leurs privilèges aux dépens des pays du Sud qui ont eu énormément de difficultés pour venir jusqu’à Glasgow. »

Très vite, les forces de l’ordre ont été débordées par une impressionnante foule hérissée de pancartes en carton sur lesquelles ont pouvait lire « Stop CO2lonialisme », « Détruisons le patriarcat, pas le climat » ou encore « Systémique, pas individuel ».

En première ligne de la manifestation, flottait un drapeau palestinien sous les délégations de grévistes pour le climat venus d’Afrique du Sud, du Guatemala ou de Namibie. Derrière, de nombreux parents étaient également présents, à l’instar de Bethy, 38 ans, qui a marché avec ses deux enfants de 6 et 8 ans : «  Pour l’instant, la COP26 est une foire aux entreprises. Je manifeste car ce qui est en jeu, c’est l’avenir de nos enfants. On voit bien comme le changement climatique nous affecte déjà, alors imaginez ce que l’on vivra dans 50 ans et ce, à cause de gouvernements qui refusent d’agir pour sauvegarder leurs intérêts. »

En milieu d’après-midi, le cortège a submergé George Square, une large place située en plein cœur de Glasgow. Figure belge de la grève pour le climat et afro-descendante, Jada Kennedy, 20 ans, a qualifié la COP26 de « criminelle »  : « Je suis là pour dire que nous sommes la solution et que le chaos climatique ne pourra pas se résoudre sans nous. Les personnes en première ligne du réchauffement planétaire sont complètement invisibilisées dans ce sommet mondial. »

Sur un modeste podium, bien loin des couloirs aseptisés du site de négociation de la COP26, les prises de parole se sont enchaînées. Le syndicaliste Chris Mitchell, figure de la grève des éboueurs qui secoue Glasgow depuis plusieurs jours, a harangué la jeune assemblée : « Nous sommes des centaines de travailleurs et d’éboueurs grévistes à avoir aujourd’hui manifesté avec vous pour défendre la justice sociale face à la crise climatique qui menace nos communautés ! »

Évoquant l’énième accord sans contrainte pour enrayer la déforestation signée par le Brésil lors de la COP26, Adriani Maffioletti, 18 ans, et habitante de Porto Alegre, a proclamé au micro avec émotion : « Jair Bolsonaro [le président brésilien – ndlr] est un menteur : nos forêts sont en feu, mon pays est en train de s’effondrer ! » « Malgré tous les beaux discours de la finance, la crise climatique continue de détruire nos communautés, nos terres, notre air, a ensuite lancé la jeune Ougandaise Vanessa Nakate. La crise climatique est devenue pour nous une réalité quotidienne. »

Adossée l’estrade et alors que les discours s’égrainaient, Collette Levy-Brown, une gréviste de 19 ans du Botswana, a fulminé auprès de Mediapart : « La COP26 n’est qu’une réunion entre Blancs privilégiés. Faire des promesses creuses sur climat comme ils le font, et sans que la question de la justice raciale soit sur la table, c’est une façon pour eux de prolonger le colonialisme. »

Mickaël Correia

Mickaël Correia, journaliste à CQFD et auteur d’une remarquable Histoire populaire du football.

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