Fin mars de cette année, j’ai été chargée de représenter la cause des prisonniers politiques russes lors d’une conférence antifasciste à Porto Alegre (Brésil).
La conférence s’est tenue pour la première fois cette année et devrait devenir un événement annuel. Elle comprenait de nombreuses tables rondes : sur les droits des travailleurs, la lutte contre l’impérialisme et le néocolonialisme, la solidarité avec les peuples résistant à l’agression, l’écosocialisme, les dimensions féministes et LGBTQ+ de la lutte antifasciste, et bien d’autres encore.
J’ai particulièrement apprécié d’écouter le panel ukrainien sur les droits du travail pour les personnes en situation de guerre. Par la suite, ma délégation ukrainienne et moi-même avons passé un excellent moment et discuté de nos projets d’avenir communs, tant sur le plan politique que non politique. Si vous partagez des valeurs communes, la guerre ne vous divisera pas, même si vous êtes citoyens de pays belligérants.
Aux côtés de moi, lors du panel « russe », se trouvait le politicien Mikhaïl Lobanov. Il a parlé de la Démocratie radicale et de la situation politique en Russie. Il était important pour moi de faire part au public (brésilien et autre – la conférence était internationale) de la situation réelle de répression en Russie : combien il y a actuellement de prisonniers politiques, quelles peines sont prononcées, pour quelles raisons, et comment le profil du prisonnier politique moyen a évolué au cours des deux dernières années. Et bien sûr, de mon père, qui est connu et aimé dans le monde entier. J’ai décrit son cas en détail et expliqué comment l’aider, même depuis l’étranger.
Après la conférence, je me suis rendue à Campinas, à l’université Unicamp, où je me suis adressée aux étudiants. Mon discours y était structuré de manière légèrement différente. Ils m’ont demandé d’expliquer pourquoi cette guerre avait éclaté et comment la situation politique en Russie avait évolué depuis 2022. J’ai souligné que le problème n’est pas l’expansion de l’OTAN (comme beaucoup le pensent en Amérique latine), mais les avantages de mener une politique intérieure : en temps de guerre, on peut organiser une répression de masse, ne pas investir dans la santé et l’éducation, et promouvoir l’unité autour du gouvernement contre un ennemi extérieur. Très pratique ! De plus, j’ai fourni des statistiques montrant que les riches ne font que s’enrichir (de 32 % depuis le début de la guerre), tandis que les citoyens ordinaires s’appauvrissent. J’ai expliqué comment les sanctions occidentales affectaient les Russes ordinaires plutôt que les proches du pouvoir. Je leur ai dit que les salaires les plus élevés se trouvent actuellement dans le secteur de la guerre, et que pour beaucoup, c’est de l’argent qu’ils ne gagneraient pas en travaillant dans d’autres secteurs.
Mon discours a suscité une discussion parmi les étudiants. Ils ont débattu de l’effet à long terme des sanctions et du pourcentage de la population qui soutient réellement les actions de Poutine (ma réponse a été qu’il est difficile de l’évaluer dans un contexte de répression massive, mais que même les sondages les plus modérés montrent que la majorité des gens souhaite la cessation des hostilités).
L’impact de mon voyage se précisera plus tard. Les conférences sont l’occasion de nouer des liens internationaux. Et si nous voulons que le reste du monde parle de nos prisonniers politiques, il est important d’établir ces liens. De plus, la marche d’ouverture a rassemblé plus de 5 000 participants venus de plus de 40 pays — ce qui témoigne de l’ampleur de la demande pour une telle unité. Il est particulièrement important de comprendre le contexte : selon les organisateurs, 2026 est l’une des périodes les plus difficiles de ces 40 dernières années, et pour l’Europe, la plus difficile depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans ces conditions, établir des liens internationaux n’est pas seulement important, c’est nécessaire. Bonne nouvelle : les organisateurs ont déjà accepté de tenir la prochaine conférence à nouveau à Porto Alegre.
Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont rendu ce voyage possible : la campagne internationale de soutien à mon père, les donateurs (qui ont permis de financer mes billets et mon hébergement en une seule journée !), les organisateurs de la conférence et, bien sûr, l’équipe de Freedom Zone. J’espère vraiment ne pas vous avoir déçus !
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