Édition du 26 mai 2020

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États-Unis

Coronavirus : aux États-Unis, une situation aggravée par les inégalités

Au début de cette semaine dernière, cinq billions de dollars ont été effacés des marchés boursiers du monde entier, en raison des craintes liées au Coronavirus. Les travailleurs, à l’ombre de la menace du virus, auront cependant des préoccupations bien plus importantes.

Publié le 15 mars 2020 | tiré d’Alternative socialiste

Alors que le virus COVID-19 fait le tour du monde, des millions de travailleurs seront non seulement préoccupés par leur santé et celle de leur famille, mais aussi par la question de savoir si cette crise les anéantira économiquement. Aux États-Unis, et en particulier sur la côte ouest, on constate déjà une réduction des voyages et des revenus de nombreuses entreprises en raison de l’annulation de conférences. Les effets économiques s’aggraveront si les écoles sont fermées et si d’autres restrictions sont imposées.

Cinquante millions de personnes en Chine sont actuellement soumises à une quarantaine obligatoire, la plupart ne pouvant pas quitter leur domicile et aller travailler. Au Japon, toutes les écoles seront fermées pendant tout le mois de mars, ce qui oblige les parents qui travaillent et qui ont des enfants plus jeunes à rester à la maison. On estime que l’éducation de 300 millions de jeunes a été perturbée dans le monde entier.

Plus de 200 personnes sont mortes en Iran et le virus menace de se propager au Moyen-Orient, y compris parmi les réfugiés désespérés en Syrie dans des camps sans infrastructure. Les experts estiment que le nombre de cas de cette maladie dans le monde passera à 100.000 en quelques jours.

Dans le monde entier, de nombreux hôpitaux n’ont pas de kits de test ou sont à court de matériel. Les masques respiratoires et les désinfectants manquent dans les magasins. Dans les zones les plus touchées par le virus, seuls les plus désespérés se rendent à l’extérieur. De nombreux pays pauvres, le virus se propagera d’autant plus facilement que leurs systèmes de santé sont défaillants, et les quartiers pauvres du monde développé seront les plus touchés par la maladie.

Quel est le degré d’imminence de COVID-19 aux États-Unis ?

Ici aux États-Unis, malgré la tentative de l’administration Trump la semaine dernière d’affirmer le contraire, l’épidémie s’étend. Sur la côte ouest, au moment où nous écrivons ces lignes, l’État de Washington s’est déclaré en situation d’urgence sanitaire avec 10 décès signalés, et en Californie, 124 travailleurs de la santé du centre médical de l’Université de Davis sont en quarantaine.

Les États-Unis seront deux fois plus touchés que les autres pays développés en raison de leur système de santé privé et de la faiblesse de leur réglementation en matière de congé de maladie. Les Centers for Disease Control (CDC) demandent aux gens de faire trois choses : se laver les mains et, s’ils sont malades, rester à la maison et consulter un médecin. Des millions de travailleurs à bas salaire ne pourront se permettre que de se laver les mains.

Quarante-cinq pour cent des Américains ne disposent pas d’épargne et 24 % disposent de moins de 1.000 dollars de réserve. Ils y réfléchiront à deux fois avant de rester à la maison. Les enseignants, les serveurs, les chauffeurs et les autres travailleurs ayant des contacts fréquents avec les gens sont vulnérables à la maladie. Les employeurs américains ne sont pas tenus par la loi fédérale d’accorder aux travailleurs des congés de maladie payés, ce qui contribue à faire circuler plus de virus au travail que ce qui devrait être le cas. Pour les 60 millions d’Américains qui n’ont pas ou peu d’assurance maladie, consulter un médecin signifie peser le pour et le contre en considérant dans l’équation le paiement du loyer ou des prêts étudiants. Un facteur supplémentaire dans la circulation du virus au travail est la culture de travail oppressive des patrons aux États-Unis, où l’on attend de vous que vous travailliez jusqu’à ce que vous tombiez raide.

Les travailleurs faiblement rémunérés, surtout les sous-assurés, le plus souvent des femmes, et souvent des personnes de couleur, seront les moins à même de se défendre contre ce virus et ses effets.

« Je vous demande instamment d’ouvrir les fonds d’urgence de la ville de Seattle et du comté de King pour garantir que toute personne de notre région souffrant d’une maladie respiratoire ait accès à la visite d’un médecin sans crainte de factures médicales », était-il écrit dans une lettre ouverte de la conseillère socialiste de Seattle Kshama Sawant (Socialist Alternative) aux dirigeants de la ville et du comté de King. Cette lettre souligne la nécessité d’adopter des mesures d’urgence afin d’aider les travailleurs au niveau local. Mais il est encore plus vital de prendre des mesures réelles au niveau fédéral, de mobiliser les ressources nationales et d’assurer une coordination à l’échelle nationale.

Le 10 mars, le New York Times a publié un éditorial en faveur d’un Congrès « exigeant que les travailleurs reçoivent des congés payés s’ils tombent malades ou s’ils doivent s’occuper d’un membre de leur famille malade ». Comme le journal souligne, 32 millions de travailleurs du secteur privé n’ont pas de congé de maladie payé. Les États-Unis sont l’un des rares pays industrialisés à ne pas avoir de politique de congés de maladie payés, bien que certains États aient adopté une loi en ce sens. Bien que l’appel du Times pour des congés de maladie payés dans cette situation soit rationnel, même d’un point de vue capitaliste, le manque de congés de maladie pour des dizaines de millions de personnes expose en soi à quel point le capitalisme américain est dysfonctionnel.

Trump à la barre !

Le Coronavirus exposera aussi pleinement le régime dysfonctionnel et incompétent de Trump. La principale préoccupation du milliardaire en chef est la bourse et sa réélection. La santé et le bien-être des travailleurs sont au bas de sa liste de priorités. C’est le point de départ de sa réponse à l’épidémie.

Lors de la conférence de presse de la semaine dernière, le président a clairement exprimé sa position : exagérer les succès du confinement et, puisque le vice-président Pence supervise le confinement, faire de lui son bouc émissaire. Le président a contredit la position du CDC selon laquelle le coronavirus se répand. Trump a même affirmé qu’un vaccin était en route, ce que les experts ont exclu. La nomination par Trump de Pence, dont le scepticisme vis-à-vis de la science est bien connu, va ajouter à l’anxiété des experts qui veulent s’attaquer efficacement à cette crise.

La tentative de garder secrètes les informations précises quant à la propagation du virus en Chine est à la base de celle-ci. L’administration Trump adopte une approche similaire qui aggravera sans aucun doute l’épidémie. Mais les régimes qui mentent éhontément le font souvent à leurs risques et périls.

Il devient chaque jour plus clair que des semaines précieuses ont été perdues alors que des efforts auraient pu être déployés pour contenir le virus. Cela est particulièrement démontré par la pénurie de tests. L’administration affirme maintenant qu’un million de personnes seront testées d’ici la fin de la semaine. Mais comme le montre la situation dans l’État de Washington, le virus s’y propage depuis des semaines sans entrave, en l’absence de tout plan national sérieux pour une réponse coordonnée

Les Républicains xénophobes

Il est dans la nature de la classe capitaliste de rechercher des boucs émissaires. La droite va tenter de brosser le tableau d’un monde hostile à l’Amérique. Le sénateur de l’Arkansas, Tom Cotton, a affirmé que le principal rival économique des États-Unis, la Chine, pourrait avoir fabriqué le virus dans un super laboratoire. C’est un signe des efforts que les républicains, en particulier, déploieront pour protéger leur chef des reproches.

Jouer avec la xénophobie anti-chinoise permettra quelques gains politiques, mais il est peu probable que cela tienne la route pour la plupart des travailleurs. Cependant, les discriminations à l’égard des Asiatiques et des Américains d’origine asiatique semblent bien s’accroitre. Des centaines de personnes ont défilé dans le quartier chinois de San Francisco le week-end dernier sous la bannière « Fight the Virus NOT the People » (combattre le virus, pas les gens). Comme le changement climatique, cette crise sanitaire exige une réponse internationale qui est minée par les perspectives nationales étroites de chaque classe capitaliste.

L’effondrement des marchés boursiers internationaux a marqué la fin de l’une des pires semaines de l’histoire de l’administration républicaine actuelle. Ce qui veut dire quelque chose. Suite à l’échec de la stratégie de destitution du Parti démocrate, Trump s’est lancé dans une grande purge contre toute personne résistant à son autorité. Il a chargé un jeune homme de 29 ans, John McEntee, d’enquêter dans tous les ministères fédéraux pour détecter les signes d’un sentiment anti-Trump. De plus en plus, le président s’entoure d’incompétents dont le principal attribut est leur totale loyauté envers le milliardaire. C’est totalement contre-productif pour une catastrophe sanitaire nationale. Trump cherche à faire taire les experts de la santé et à placer ses partisans sur le devant de la scène.

Le marché aggrave la situation

L’aspect le plus ridicule de la réponse de Donald Trump à la crise actuelle est peut-être sa suggestion que les Américains achètent des actions afin de soutenir l’économie. Cela illustre sa profonde incompréhension de la crise actuelle, liée à son obsession de rester au pouvoir. Cela illustre aussi à quel point les milliardaires estiment que ce qui est bon pour les entreprises privées est toujours bon pour tous les autres. Cette manière de penser aggravera les perspectives de toutes les personnes concernées.

Les grandes entreprises monopolistiques qui dominent l’économie américaine ont tendance à considérer les catastrophes comme des opportunités économiques. Leur premier instinct est l’argent et comment en faire plus.

Comme dans le cas de la crise climatique actuelle, les capitalistes sont non seulement trop dépendants du profit pour élaborer un plan, mais ils sont aussi trop divisés par leurs intérêts étroits pour travailler ensemble à la résolution des problèmes. Dans une crise sanitaire majeure comme celle-ci, ils seront contraints de travailler ensemble dans une certaine mesure. Mais quand la situation requiert rapidité et agilité, ce modèle économique échoue à chaque fois. Une planification est nécessaire, qui exige la participation des travailleurs et des experts de la santé de bas en haut. Dans une économie socialiste démocratique, un tel plan de lutte contre le coronavirus ne reposerait pas sur les bénéfices ou la protection des privilèges de l’élite, il placerait les intérêts des travailleurs au premier plan.

Quelles sont les mesures à prendre ?

La réponse scientifique aux épidémies de virus reste la même aujourd’hui que depuis des centaines d’années : isolement et identification, mise en quarantaine, puis recherche des voies de transmission. Plus la réponse est précoce, plus elle est efficace et plus le virus est contenu. Le COVID-19 se contracte très facilement, mais sans un comptage précis des personnes infectées, le taux de mortalité n’est pas clair. À ce stade, il semble être sensiblement plus élevé que celui d’une grippe normale.

Bien que l’on puisse faire plus, nous sommes opposés aux mesures brutales de quarantaine de masse imposées par la dictature chinoise, où la police a été utilisée sans pitié contre le public. De nombreux districts scolaires envisagent déjà la possibilité de fermer des écoles. Une étude de Women’s Policy Research a révélé que les travailleurs qui se sont rendus au travail pendant leur maladie lors de l’épidémie de grippe H1N1 de 2009 ont probablement causé sept millions d’infections de plus qu’il n’y en aurait eu autrement. Une quarantaine plus large créerait une demande de réponse publique, y compris des mesures d’urgence au même titre que les catastrophes naturelles.

Le gouvernement fédéral doit immédiatement adopter des mesures d’urgence pour protéger les travailleurs dans la période à venir :

  • Congés de maladie payés pour tous les travailleurs malades et ceux qui s’occupent de parents malades ;
  • Pas de licenciement des travailleurs qui choisissent de se mettre en quarantaine ;
  • Soutien économique, y compris alimentaire, pour les ménages mis en quarantaine ;
  • Des soins de santé gratuits – y compris les visites et les traitements des médecins – pour tous pendant toute la durée de la crise ;
  • Moratoire sur le paiement des loyers et des hypothèques et sur le recouvrement des prêts pendant la crise ;
  • Interdiction des profits des hôpitaux ou des entreprises de fournitures médicales.
  • Le pouvoir de la classe ouvrière et une présidence de Bernie Sanders !

Dans l’immédiat, la nécessité d’une assurance maladie pour tous est cruciale. Les travailleurs n’ont pas besoin d’une épidémie de virus pour les convaincre. Le soutien hésitant de la sénatrice Warren en faveur d’un système national de soins de santé ne correspond pas à l’urgence de l’épidémie actuelle. Cela ne correspond pas non plus à la crise dans la vie quotidienne de millions d’Américains confrontés à des besoins de santé qu’ils ne peuvent pas se permettre de payer. Le plan de Bernie Sanders prévoit une mobilisation massive des travailleurs pour forcer les républicains et les démocrates de l’establishment à adopter la loi sur l’assurance maladie. Socialist Alternative irait plus loin dans la lutte pour un système de soins de santé entièrement public et contrôlé démocratiquement, en faisant passer les chaînes d’hôpitaux et l’industrie pharmaceutique dans le giron de l’État.

La mise en œuvre du programme complet de Bernie concernant les droits syndicaux, les congés de maladie et d’autres réformes constituerait un grand pas en avant dans la bonne direction. Sanders s’est également engagé à annuler la privatisation et les coupes budgétaires dans les services publics que les démocrates et les républicains ont effectuées. Alors que Trump a essayé de réduire le financement des Centers for Disease Control, une administration Sanders pourrait commencer à rassembler des ressources pour répondre non seulement aux crises sanitaires mais aussi aux catastrophes naturelles qui se produisent plus fréquemment en raison du changement climatique. Mais nous avons besoin de bien plus qu’un simple changement de gouvernement.

Pour assurer une vie durable et la stabilité économique des travailleurs, nous avons besoin d’un changement systémique profond. Le modèle économique actuel donne la priorité aux intérêts des milliardaires. Les ressources suivent aveuglément le profit et détruisent les familles de travailleuses et travailleurs. Sous le capitalisme, l’apport d’idées de la classe ouvrière reste généralement inexploité. Là où les syndicats existent, nos voix sont entendues, mais essentiellement de manière défensive. Compte tenu des énormes crises écologiques et sanitaires à venir, nous devons changer fondamentalement les priorités de ce monde.

Nous avons besoin d’un gouvernement reposant sur la classe ouvrière et que cette dernière dispose du pouvoir démocratique à tous les niveaux de la société. Le Coronavirus, en substance, est un autre avertissement sur la nécessité de nous débarrasser d’urgence du système capitaliste.

Rob Rooke, Socialist Alternative, ASI-USA, article initialement publié le 11 mars

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