Édition du 22 novembre 2022

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Québec

Coupures contre la biodiversité : la sauce Harper débarque en force au Québec

Après six mois de mandat, il est temps de se questionner sur ceux qui tirent les ficelles de l’agenda du ministre Lessard dont le couperet tombe contre la biodiversité québécoise de façon particulièrement éhontée.

Tiré du site de Greenpeace Canada.

Attaques contre la science, ouverture au braconnage et propagande internationale : le premier legs du nouveau ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec est pour le moins « Harperesque », à un point tel que c’est à se demander si le ministre Laurent Lessard ne s’est pas trompé de parti. Si vous pensiez qu’il n’y a que le dossier des bélugas à Cacouna qui a de quoi faire sourciller le citoyen averti, détrompez-vous !

Asphyxier l’enfant pauvre

Tout commença cet été alors que l’on apprenait que la faune, un des secteurs les moins financés de l’appareil gouvernemental, était la première victime de l’austérité libérale. Près d’une cinquantaine d’agents de la Faune responsables de limiter le braconnage et d’assurer une saine gestion des ressources naturelles ont perdu leur emploi avec quelques jours de préavis. Déjà fragilisé par des décennies de coupures et d’une influence minime au sein du ministère, ce secteur rapporte pourtant 1,6 milliard de dollars par année à la province. Comment Québec évitera-t-il le braconnage sur les 1,7 million de km2 de la province, sachant que chaque agent de la faune peine déjà à couvrir l’immense territoire qui lui est attribué ?

Dans ces coupures, plusieurs scientifiques offrant une grande expertise au ministère furent aussi remerciés de leurs services, menant du même coup à la fin de plusieurs projets de recherche sur la faune et la flore. Ainsi des études sur les impacts fauniques de l’industrie furent carrément abandonnées par le ministère.

Quand la raison fait place à l’idéologie

La tronçonneuse du ministre Lessard s’est réactivée cette semaine, cette fois en visant directement les dossiers les plus urgents à traiter dans le domaine de la biodiversité au Québec. Effectivement le ministère a décidé de canceller la tenue des rencontres des 14 comités d’experts sur les espèces menacées, une économie de 140 000$ ! Assurant le suivi de 29 espèces en péril dont le symbolique caribou forestier, ces comités sont parmi les seuls outils mis en place par le gouvernement pour garantir la survie de cette biodiversité menacée. Alors que la disparition d’espèces comme le caribou forestier est une des principales bêtes noires de l’industrie forestière, il est dur de croire que le couperet du ministre ne tombe sans que le lobby forestier n’ait fait pression.

Ce récent affront à la protection du caribou n’est pas sans rappeler la citation maintenant célèbre de Philippe Couillard durant les élections, qui annonçait d’un ton fier qu’il ne « sacrifiera pas une job dans la forêt pour les caribous forestiers ». Dans le domaine du simplisme idéologique, la barre a été placée assez haute j’en conviens.

Fait intéressant, cette décision d’annuler les rencontres des comités sur les espèces en péril est venue à peine une semaine après que le gouvernement conservateur ait cancellé les rencontres similaires au niveau fédéral. La sauce Harper semble définitivement plaire à M. Lessard.

Badigeonnez de sauce verte et le tour est joué

Si le ministère fut pratiquement muet dans les derniers six mois sauf pour annoncer des coupures, il semble qu’il fut très actif pour promouvoir l’industrie forestière et rencontrer les joueurs influents. Greenpeace montrait d’ailleurs la semaine dernière à quel point les demandes de l’industrie pour redorer son image sont maintenant à l’agenda du ministère, aux frais des contribuables. Comme quoi l’image est reine dans cette industrie aux pratiques parfois douteuses.

Si le ministère tente de redorer la réputation de l’industrie, on s’explique mal comment ces récentes coupures aideront les marchés internationaux à garder confiance en la gestion forestière québécoise.

Après la perte de certificats environnementaux par le géant forestier Résolu, la publication de rapports sur le piètre état de nos forêts, une augmentation marquée de la mobilisation autochtone pour une plus grande protection de leur territoire devant la cour, la levée de boucliers de la Nation Atikamekw qui dénonce les abus de l’industrie forestière, le manque flagrant d’aires protégées et ces coupures draconiennes contre la biodiversité, il semble que le Québec s’enligne plutôt vers un déficit de crédibilité à l’international digne de ce que le gouvernement Harper nous a légué depuis son élection.

Et si, comme solution, le ministre Lessard portait attention à la troisième fonction de son ministère des Forêts, de la Faune et des PARCS ? 

Nicolas Mainville

Greenpeace Canada

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