Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Vague NPD

Des mouvements sociaux québécois étrangement silencieux

Enthousiasme au Canada anglais

Les résultats des récentes élections fédérales n’ont pas seulement ébranlé deux des trois vieux partis politiques à Ottawa. Il semble bien que la majorité des organisations syndicales, féministes, écologistes et populaires québécoises prennent un temps fou à réagir aux résultats du 2 mai, signe que la consigne du vote utile n’a guère aiguillonné l’humeur électorale des Québécoises et des Québécois.

La majorité des organisations sociales du Québec avaient recommandé un vote pour le Bloc ou à tout le moins, de battre le gouvernement Harper dans sa volonté de former un gouvernement majoritaire. La FTQ et les Métallos s’étaient empressés de donner comme recommandation de voter pour le Bloc Québécois. D’autres parmi lesquelles figurent la CSN, la FIQ, la FFQ et plusieurs autres ont recommandé de voter afin d’éviter un gouvernement Harper majoritaire. Plusieurs y voyaient un appui à peine caché pour le Bloc. Qui aurait en effet pu jauger l’ampleur de la vague NPD qui allait déferler sur le Québec.

Le réveil fut plutôt brutal. Non seulement Harper forme un gouvernement majoritaire mais le Bloc est quasiment disparu de la scène politique québécoise. On comprend les directions syndicales et des autres organisations des mouvements sociaux d’avoir le mal de bloc.

Toutefois, toutes ne sont pas demeurées silencieuse. Le FRAPRU croit que « les quatre prochaines années risquent d’être très longues pour les mal-logés, les sans-abri et toutes les personnes qui sont préoccupées du respect des droits, de justice sociale et de démocratie au Canada. L’organisme québécois de défense du droit au logement espère toutefois que les conservateurs prendront bien note de la volonté de changement qui s’est exprimée très fortement au Québec par l’élection de 58 députés néo-démocrates et la défaite de quatre députés conservateurs dont les ministres Lawrence Cannon, Josée Verner et Jean-Pierre Blackburn. Il souhaite que cette volonté prendra aussi forme dans la rue, dans l’opposition active aux politiques conservatrices. »

Le parti Québec Solidaire a quant à lui trouvé qu’« il y a quelque chose d’extrêmement positif et réjouissant de voir le NPD percer sur la scène fédérale même si la victoire conservatrice majoritaire et le sort du Bloc québécois sont sources de tristesse. » Québec Solidaire s’avoue triste pour le sort réservé à plusieurs ex-éluEs du Bloc mais se réjouit de la présence d’ « un parti progressiste fort au Québec et dans le rôle de l’opposition officielle à Ottawa, c’est rempli de promesses pour les combats que nous devons nous-mêmes mener au Québec pour la justice sociale, pour l’équité fiscale et pour la protection de l’environnement. » Québec Solidaire pointe en direction du « système électoral non proportionnel désuet » comme responsable du fait que le Bloc obtient près de 25% des voix tout en n’obtenant que 4 députéEs. En effet, ayant depuis de nombreuses années abandonné le combat pour un scrutin proportionnel, au Québec comme à Ottawa, la mouvance péquiste-bloquiste voit leur turpitude se retourner contre l’un des membres du duo. En sera t-il de même au prochaines élections provinciales ?

Pour les Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient, « une majorité conservatrice mènera probablement à encore plus de positions déséquilibrées sur les enjeux du Moyen-Orient. Cependant, avec le NPD remplaçant les libéraux à titre d’opposition officielle, il y aura probablement une voix parlementaire plus cohérente en faveur du droit international et des droits de l’homme au Moyen-Orient. »

En matière d’environnement, le directeur québécois de Greenpeace Canada mentionne que « un gouvernement (conservateur) majoritaire ! Ce n’est pas une bonne nouvelle spécialement pour l’environnement. » Il rappelle judicieusement que dans cette élection, « une majorité d’électeurs au Canada a voté en faveur de partis qui proposaient des mesures rigoureuses pour lutter contre les changements climatiques. Stephen Harper ferait une grave erreur s’il s’entête à ignorer la volonté de la majorité citoyenne. » Il prévoit que « l’opposition doit bien sûr faire son travail parlementaire. Cependant, on va avoir besoin, comme jamais encore, d’organisations environnementales, telles que Greenpeace pour défendre notre environnement. L’action et la mobilisation citoyenne demeurent les meilleures garanties pour l’environnement et la démocratie. »

Au Canada-anglais

Au Canada anglais, on se réjouit davantage de la victoire du NPD, parti qui recueille traditionnellement l’appui des organisations syndicales et populaires. Le Congrès du Travail du Canada déclare que « les Canadiennes et les Canadiens ont élu à titre d’opposition officielle, un parti qui accorde priorité aux familles travailleuses. C’est une occasion historique qui a vu 102 députées et députés du Nouveau Parti démocratique élus pour représenter les Canadiennes et les Canadiens d’un océan à l’autre. » Le CTC souhaite que les partis à Ottawa fassent leurs les priorités en matière de création d’emplois soulignant que 1,4 millions de canadienNEs sont sans emploi, et de bonification du régime de retraite.

Dave Coles du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier souligne qu’il y aura une véritable opposition au Parlement dorénavant avec la présence du NPD à la place des libéraux. Qualifiant l’élection de plus de 100 candidatEs du NPD « comme une immense victoire pour le mouvement progressiste et un bouleversement sismique de la dynamique politique au pays. » Il souligne l’élection de membres du syndicat comme Guy Caron dans Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les-Basques.

Les Travailleurs UniEs de l’alimentation et du Commerce (TUAC) tiennent quant à eux à rappeler que « Stephen Harper doit tenir compte du fait que 60 % des Canadiens ont voté contre son parti. Nous espérons qu’il se rendra à l’évidence qu’il a peut-être gagné une majorité de sièges mais pas la majorité du vote populaire et qu’il devrait gouverner en conséquence. » Les TUAC tiennent aussi à souligner que « l’élection de la chef du Parti Vert Elizabeth May a également contribué à rendre l’élection historique en devenant la première députée du Parti Vert élue à la Chambre des communes. Elle mérite d’être félicitée pour sa victoire car elle apportera une voix fraîche et une nouvelle perspective au parlement. »

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