Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique québécoise

Deux poids, deux mesures

Il est aussi étonnant que décevant d’observer, par les temps qui courent, à quel point nos gouvernements fédéral et provincial mettent une énergie considérable pour détourner l’attention de ce qui intéresse vraiment la population, pour ne pas dire, de ce qui est dans le véritable intérêt de cette dernière. Alors qu’on assiste à la montée surprenante du mouvement des 99 % (Occupy Wall Street) qui en a assez de voir l’autre 1 % de la population s’accaparer de la majorité de la richesse, vers qui cherche-t-on à orienter le débat ?

Vers ceux qui, justement, défendent avec conviction les 99 %. Avouons que la diversion est fort commode. Ainsi, avons-nous vu déposer, la semaine dernière à Ottawa, le projet de loi C-317, qui vise à contraindre les organisations syndicales à publier et ventiler leurs bilans financiers. Pourtant, qu’en est-il de la ventilation des dépenses liées à la tenue du G8 ? Qu’en est-il de la transparence entourant l’achat des F18 ? Pourquoi a-t-on décidé que le nouveau pont Champlain serait construit en mode « PPP », mode par excellence de la collusion institutionnalisée ?

À Québec, alors que le gouvernement de Jean Charest souhaite démontrer qu’il s’attaque aux vrais problèmes de la corruption, notamment en mettant fin au placement syndical sur les chantiers de construction, qu’en est-il des allégations extrêmement inquiétantes du rapport Duschesneau ? Qu’en est-il de cette commission d’enquête publique dont tout le monde veut et que le gouvernement se refuse à lancer ? Qu’en est-il des allégations de corruption et de collusion qui se multiplient ?

Personne n’est contre la vertu et il va de soi que notre société ne peut que tirer avantage du fait qu’il y ait une plus grande transparence, y compris dans le milieu syndical. Mais cette transparence doit s’appliquer PARTOUT. Car pendant qu’on garde l’attention sur les jeunes qui fument du pot au CEGEP et sur les pauvres à qui on voudrait faire passer des tests d’antidopages, on évacue délibérément du débat les vrais problèmes qui sont au cœur de la crise économique mondiale et du cynisme à l’égard de la chose politique.

D’ailleurs, plusieurs voient dans la naissance du mouvement des 99 %, aux États-Unis, une suite logique au printemps arabe, et ce mouvement populaire n’en restera pas là. Déjà, plusieurs cellules ont vu le jour dans d’autres pays, dont le Canada. Il y a fort à parier qu’après les dictatures et les riches de Wall Street, c’est bientôt devant les portes de nos gouvernements que la population viendra manifester, si ces derniers ne mettent pas rapidement un terme à cette stratégie de diversion et pour enfin servir les véritables intérêts de la population.

Régine Laurent

Présidente

Porte-parole officielle de la Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec.

Responsable : Communication-Information

Parcours syndical et professionnel

Diplômée du Collège du Vieux-Montréal en soins infirmiers

Infirmière depuis 1980 à l’Hôpital Santa Cabrini

Militante syndicale depuis 1984

Secrétaire au sein du comité exécutif de la FIQ de 1991 à 2001

Militante syndicale locale à l’Hôpital Santa Cabrini de 2001 à 2005

Présidente de l’Alliance interprofessionnelle de Montréal (AIM) de 2005 à 2009

Présidente de la FIQ depuis juin 2009

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