Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Divertimento

On a toujours l’impression que, quand ça vient d’une langue étrangère, c’est plus précis, ça « sonne mieux », ç’a plus de charme. Les anglos emploient des mots français dans leurs textes pour faire « chic », les francos des mots italiens pour faire savant, des mots anglais pour faire cool, etc.

Ce n’est que normal, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Ce qui l’est moins,
c’est lorsqu’on est colonisé au point de croire que les expressions d’une langue sont meilleures, plus justes ou plus efficaces que l’autre. Je songe ici à ceux qui sans cesse s’exclament que c’est donc mieux et plus percutant en anglais, que les anglo-américains l’ont donc l’affaire !

Je connais pourtant nombre de cas où la traduction française de textes états-uniens est, à mon avis, fort supérieure.

La grande majorité des littéraires reconnaissent qu’Edgar Allan Poe est plus
intéressant en français qu’en anglais, parce qu’il a été traduit par Baudelaire. Pour se rapprocher de notre époque et de la culture populaire, j’ai toujours trouvé que la version française de The Sound of Music était meilleure.

En anglais do-ré-mi-fa-sol-la-si deviennent doe, ray, me, fa’, sow, la, tea et leurs illustrations « sow a needle pulling thread, la a note to follow sow » sont plutôt alambiquées alors que la seule difficulté en français était avec fa dont on a décidé que c’était « facile à chanter ».

Que dire maintenant de la devise de Star Trek : « To boldly go where no man has gone before » finalement désexisée fin des années 80 en « To boldly go where no one has gone before » traduite par un très efficace « au mépris du danger, avancer vers l’inconnu » non sexiste dès le point de départ et plus proche encore des intentions.

Cette traduction fut améliorée par la suite en « au mépris du danger, reculer
l’impossible », expression dotée d’une puissance d’évocation nettement supérieure à l’originale.

En publicité, je me rappelle d’une discussion où certains se plaignaient de la
traduction du slogan de Gillette « The best a man can get » en « la perfection au masculin ». Il y a dans l’original un jeu de mots sur « ce qu’un homme peut
obtenir/devenir de mieux », mais la traduction aussi comporte un jeu de mots qui aura peut-être échappée aux moins subtils : c’est la perfection du masculin, et c’est la perfection un mot féminin, dont on fait du masculin. Personnellement, le côté plus matérialiste du slogan anglais me rebute alors que le côté esthétique de la version française me séduit.

Et pour ne prendre qu’un exemple du passage à l’inverse, qui dira que The Tin Flute rend mieux l’esprit du roman de Gabrielle Roy que Bonheur d’occasion. Je sais, je suis de mauvaise foi et je prends les exemples qui m’arrangent, exactement ce que font les partisans de : « les traductions ne rendent pas justice à l’original ». On peut faire moins bien, aussi bien, et parfois mieux.

Décolonisons nos esprits !

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
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