Édition du 16 juin 2020

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Élections fédérales 2015

Élections fédérales : pourquoi les syndicats s'impliquent pour battre Harper

Tout juste avant le déclenchement de cette (longue) campagne électorale, le gouvernement Harper a approuvé à toute vitesse le fameux projet de loi C-377, une pièce législative qui obligera les organisations syndicales (du syndicat local à la centrale syndicale), et seulement elles, à divulguer chacune des dépenses de plus de 5000 $ qu’elles effectueront, et de les rendre publiques sur un site Internet. L’objectif annoncé par les conservateurs qui constitue le cœur de cette loi : que les syndicats fournissent les sommes dépensées pour tous les motifs autres que la négociation des conventions collectives et les autres activités liées aux relations du travail.

Il y a derrière cette volonté du gouvernement Harper une attitude revancharde à l’endroit d’organisations qui n’ont eu de cesse de dénoncer ses agissements depuis presque dix ans, notamment ses décisions qui ont causé des centaines de milliers de pertes d’emplois, des réductions majeures de bénéfices de programmes sociaux essentiels, la mise à mal de l’environnement et qui ont accru les inégalités d’un océan à l’autre. Ce sont donc les dépenses des organisations syndicales considérées comme « politiques » qui sont visées. Des dépenses qui sont non seulement légitimes, puisque, indirectement, elles ont des répercussions sur les emplois et les conditions de travail, mais qui profitent à l’ensemble de la société.

Car, pour sa part, la CSN n’a jamais ménagé ses efforts pour améliorer les conditions de vie de ses membres. C’est ce qui explique d’ailleurs leur désir d’être syndiqués. Or, il y a de ces conditions qui ne peuvent être améliorées par la seule négociation avec un employeur. Le transport en commun, l’accessibilité aux services publics et à des programmes sociaux comme les services de garde, l’équité salariale, le régime d’assurance-emploi, pour ne citer que quelques exemples.

Des campagnes « politiques et sociales »

Ainsi en est-il de toute la campagne syndicale et populaire contre le saccage de l’assurance-emploi opérée par les conservateurs, saccage qui pénalise les travailleuses et les travailleurs, particulièrement celles et ceux des industries saisonnières, en plus de fragiliser l’économie de plusieurs régions québécoises. Soyons sérieux. Se trouve-t-il des syndiqués, donc des chômeurs potentiels, qui s’estiment mal représentés par leurs syndicats mobilisés contre cette réforme ? Plus fondamentalement, dénoncer ce saccage revient à remettre en cause cette vision du monde qui ne permet plus d’aspirer à faire un travail que l’on aime, pour lequel on est compétent ou dans la région où se trouve notre famille.

Autre exemple, la campagne Tous amis de Radio-Canada, un plaidoyer pour mettre fin au démantèlement de notre seul diffuseur public et pour le financer adéquatement. Les impacts des coupes à répétition - mentionnons la diminution des bulletins d’information régionaux, les milliers de pertes d’emplois, l’abandon de certaines « institutions » comme le costumier, la diminution des ressources pour l’information internationale - vont desservir l’ensemble de l’industrie culturelle, la qualité et la diversité de l’information à la population, dont l’accès est une condition essentielle pour une société minimalement démocratique.

L’acharnement des conservateurs

S’il est réélu, la prochaine étape du gouvernement conservateur sera sans nul doute d’enfoncer un autre clou dans la capacité des syndicats de jouer pleinement leur rôle auprès de leurs membres et dans la société. Il cherchera à permettre aux membres individuels des syndicats de ne plus verser les cotisations qu’ils estimeraient liées à des « activités politiques », voire de carrément abolir la formule Rand. Le Canada se retrouverait alors dans une situation comparable à la réalité de la moitié des États de nos voisins du sud, où les travailleuses et les travailleurs ont la possibilité de ne pas verser leurs cotisations syndicales, mais où le syndicat doit tout de même continuer à les défendre... jusqu’à ce qu’il ne compte plus qu’une poignée de cotisants et qu’il perde son accréditation à la suite de recours de l’employeur.

Il faut voir comment le déclin du syndicalisme aux États-Unis a été accompagné d’un accroissement des inégalités. Même des organisations de droite comme le FMI le reconnaissent ! Ne nous trompons pas, c’est bien ce type de projet de société qui inspire les conservateurs et contre lequel se lèvent les syndicats.

Des pertes à tous les niveaux

La diminution du taux de syndicalisation aux États-Unis a aussi évidemment affecté les conditions de travail. Une étude publiée par des chercheurs de l’Université McGill, tout juste avant la crise de 2008 (la situation s’est, depuis, dégradée) révèle que ce pays offre les pires conditions parmi les pays riches au regard des normes universelles de travail : aucune obligation de congé annuel payé, aucune limite d’heures ou de jours à la semaine de travail, aucun congé de maternité, de paternité et parental payé, pas de droit à des congés de maladie payés.

Oui, certains États américains prévoient de meilleures protections, certaines entreprises offrent un meilleur environnement de travail et, évidemment, les 11 % de syndiqués ont négocié de meilleures conditions de travail. Mais l’absence de protection minimale a un impact direct sur la majorité des travailleuses et des travailleurs.

On retrouve d’ailleurs des témoignages éloquents sur le site Internet du département du travail du gouvernement états-unien. On y lit par exemple l’histoire de Sarah, directrice des ventes pour une compagnie de logiciels depuis neuf ans. Elle n’a droit à aucun congé de maternité payé. Elle a pris deux jours, à ses frais, après avoir accouché de son deuxième enfant, mais devait relever ses courriels et y répondre de « façon appropriée ». Au troisième jour, elle reprenait le travail, de la maison.

Les réformes antisyndicales sont toujours présentées comme servant les intérêts des travailleuses et des travailleurs par des personnes et des groupes qui ne défendent justement pas les mêmes intérêts.

Au Québec, en prime, avec C-377, les patrons se retrouvent avec le détail des sommes engagées par le syndicat en vue de sa négociation future, par exemple. Ces derniers sauront ainsi de quels moyens disposent leurs employés regroupés dans des syndicats pour tenter d’améliorer leurs conditions de travail et de salaire. Le rapport de force s’en trouve donc nettement miné, au bénéfice des patrons, comme s’ils avaient besoin de ce coup de pouce...

Les raisons pour sortir Harper et les conservateurs d’Ottawa ne se résument pas qu’à l’adoption de C-377, loin s’en faut ! Vu la longueur de cette campagne électorale, nous aurons certainement l’occasion d’y revenir.

Ah oui, en passant, les états financiers de la CSN ont toujours été disponibles sur son site Internet.

Jacques Létourneau

Conseil central de Montréal CSN

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