Édition du 1er décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

En ce Jour de la Terre 2014 : le défi du changement

Au Québec, lorsque vous demandez à un ami ou un voisin ce qu’il fait pour protéger l’environnement, il vous répondra presque immanquablement, « Je fais mon recyclage ! ». D’autres, plus engagés, vont dire : « J’achète le plus possible local et bio ! ». D’autres enfin, mentionneront : « Je fais du compostage et je prends, aussi souvent que possible, les transports en commun ! ».

Ces gestes individuels, quoique d’une valeur éthique et écologique significative, restent d’une importance environnementale limitée car les impacts positifs qu’ils engendrent sont surtout locaux et à petite échelle. De plus, ces gestes sont relativement faciles à aborder dans une discussion ou un débat écologique, car ils n’ont pas tendance à soulever de passions.

Toutefois, plusieurs thèmes, mentionnés ci-après, ont un impact environnemental déterminant et sont beaucoup plus difficiles à discuter en privé ou à présenter en public. En effet, ils bouleversent fréquemment des éléments fondamentaux de notre mode de vie actuel, de nos valeurs et de notre conception du progrès.

Réduire la taille de sa famille en ayant moins d’enfants ;
Diminuer l’usage de l’avion pour des voyages non essentiels ;
Réduire la taille des maisons ou/et des véhicules souvent surdimensionné par rapport aux besoins ;
Manger moins fréquemment de la viande et des poissons ;
Promouvoir un meilleur partage des richesses : des dirigeants de compagnies gagnent des millions par année (par ex. : Monique Leroux, pdg des Caisses populaires Desjardins a gagné en 2013, 3,34 M $) ;
Promouvoir un meilleur partage des ressources : 1% des plus fortunés possèdent à eux seuls 46% des actifs mondiaux (Étude du Crédit Suisse, 2013) ;
Densifier les villes et ainsi réduire l’étalement urbain, ce qui est un des problèmes environnementaux structurant les plus importants ;
Réduire, de façon importante, la surconsommation de biens matériels.

L’obstacle majeur pour protéger l’environnement réside dans le fait que les importantes questions qui précèdent ne peuvent pratiquement pas être abordées en discussion de façon sereine. En effet, en soulevant ces thèmes, il y aura toujours des gens qui se sentiront coupables : l’un se reconnaîtra avec sa maison surdimensionnée, l’autre se sentira mal-à-l’aise de faire des déplacements excessifs matin et soir pour se rendre et revenir du travail, un troisième enfin aura honte d’être accro au shopping et à la consommation tout azimut, etc.

Même si le sujet abordé est bien fondé sur le plan environnemental, le sentiment de culpabilité prendra souvent le dessus et se transformera en retrait, en argumentation défensive ou carrément en attaque. Pour espérer obtenir une adhésion à la cause environnementale, le véritable défi consiste à aborder la dynamique de changement social avec méthode, respect et patience.

Colette Portelance, dans son livre « Relation d’aide et amour de soi » (1998), décrit une méthode intéressante visant le changement des individus et par extension le changement social. Cette méthode comprend 7 étapes dont les plus importantes sont : la prise de conscience, l’acceptation, la responsabilité et le passage à l’action créatrice.

Pour sa part, le respect de la personne et de ses arguments est essentiel si l’on veut qu’il y ait progrès dans la compréhension mutuelle. Encourager son vis-à-vis à exprimer ses arguments, en s’y intéressant vraiment, peut permettre de créer une ouverture.

Finalement, la patience est nécessaire car les changements individuels et sociaux prennent du temps. Personnellement, j’ai mis 40 ans avant de vivre sans auto.

Les difficultés rencontrées, lorsqu’on aborde certains thèmes environnementaux importants, constituent un véritable défi au changement, qu’il est bon de rappeler en ce Jour de la Terre 2014.

Pascal Grenier, simplicitaire.

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