Édition du 8 juin 2021

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Le Monde

Environnement : décote planétaire

Pour la première fois de l’histoire, la compagnie de notation Standard & Poor’s a abaissé la cote de solvabilité américaine de AAA à AA+. La saga récente au Congrès américain sur le budget y aura contribué largement. Mais derrière la dette publique se cache une crise planétaire plus menaçante encore : la dette écologique, coincée entre une course effrénée vers l’hyperconsommation et des ressources de plus en plus limitées !

Je vous parlais déjà, il y a un peu plus d’un an, du besoin urgent de « changer de paradigme économique ». Je vous rappelais à cette occasion que nous nous approchons dangereusement des limites écologiques de notre planète au-delà desquelles notre propre survie est menacée, que ce soit en raison des changements climatiques, des produits toxiques ou de l’effondrement de la biodiversité. Face à ce constat pessimiste, il faut tout de même reconnaitre que les solutions existent. Mais qui va les faire adopter ?

Endettement comptable

L’endettement des pays est devenu le symptôme de la crise actuelle. En Europe, la Grèce, l’Irlande, le Portugal, et sans doute bientôt l’Italie et l’Espagne, sont les premiers pays sur la corde raide. La saga du relèvement de la dette aux États-Unis nous rapproche un peu plus chaque jour de la crise. Et alors que le gouvernement Harper prépare des coupures massives dans son budget, mais sans doute aucune dans les subventions accordées aux gros pollueurs (1,4 milliards de dollars annuellement aux compagnies pétrolières), au Québec, nous payons déjà les conséquences de notre incapacité à maintenir des infrastructures conçues à une autre ère. L’effritement du béton dans les tunnels et les ponts en est le symbole le plus évocateur.

Mais il est important de rappeler que l’accroissement de la dette publique à travers le monde est avant tout le résultat direct du sauvetage du système financier réalisé pour endiguer la crise de 2008. Plus de 3000 milliards de dollars ont ainsi été ajoutés à la dette publique des pays pour sortir les banques du gouffre spéculatif. L’ironie est que ce sont ces mêmes institutions financières sauvées en 2008 qui réclament aujourd’hui une rigueur budgétaire à leur bailleur de fonds ! Bref, ce sont les programmes sociaux (éducation, santé, pension, etc.) et les investissements publics qui risquent encore de payer pour les pots cassés !

Mais passons. Après tout, une dette comptable n’est que ça : une dette... comptable, c’est-à-dire virtuelle.

Dette écologique

La véritable catastrophe dans la crise de la dette actuelle reste la réaction peu réfléchie de beaucoup de gouvernements. Se lancer tête baissée dans l’exploitation tous azimuts des ressources naturelles comme garant d’une croissance économique pour contrecarrer l’endettement, voici la solution qu’ils nous imposent ! Barack Obama autorise l’exploitation pétrolière en Alaska, Stephen Harper encourage encore plus les sables bitumineux en Alberta et planifie l’exploitation de l’Arctique, et Jean Charest fantasme, quant à lui, sur le Plan nord, le gaz de schiste et le pétrole dans le golfe du fleuve Saint-Laurent. Bref, les vieux réflexes du 19e siècle reprennent le dessus.

Mais il est impensable de croire que ces activités d’extraction auront un impact sur la dette comptable des pays concernés vu le faible niveau des redevances sur les ressources naturelles. Et, surtout, vu les subventions directes et indirectes offertes aux compagnies d’extraction, comme par exemple, cette route vers les monts Otish payée en grande partie par le gouvernement du Québec (331 millions de $) pour que la compagnie Stornoway Diamond puisse ouvrir une mine.

En revanche, ces activités minières constituent un autre prélèvement colossal dans notre capital naturel commun. Elles accélèreront un peu plus l’épuisement des écosystèmes (air, eau, sols, changements climatiques, etc.) qui constituent pourtant la base de la vie sur cette planète. En résumé, la planète est en train d’être pillée pour donner quelques instants de répits aux banques et à leur dette virtuelle.

Décote planétaire

Vu la gravité de la situation, j’ai donc décidé de créer cette semaine ma propre agence de notation, S&P pour Saccages & Pauvreté, et de donner une cote FF- à tous les gouvernements pour leur gestion irresponsable de la banque Planète.

Une autre raison pour s’indigner et surtout pour prendre le contrôle de nos affaires avant que les soi-disant leaders actuels nous mènent à notre perte.

L’auteur est directeur de Greenpeace Canada au Québec.

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